DES TACHES
§ I. — Circonstances qui accompagnent leur formation.
Le temps nécessaire à la formation d'une tache est extrêmement varialjle, et il est impossible d'y découvrir aucune loi : quelques-unes se forment très-lentement par la dilatation des pores, d'autres apparaissent presque subitement. Cependant, si l'on observe le Soleil tous les jours avec beaucoup de soin, on reconnaît que cette formation n'est jamais complètement instantanée, quelque rapide qu'elle puisse être. Le phénomène est toujours annoncé quelques jours d'avance; on aperçoit dans la photosphère une grande agitation qui se manifeste souvent par des facules très-brillantes donnant naissance à lui ou plusieurs pores. Bien souvent encore on voit apparaître des groupes de petits points noirs, comme si la couche lumineuse devenait ])lus mince, de manière à disparaître peu à peu pour laisser à découvert un noyau obscur (' ;. Ces pores se déplacent d'abord avec rapidité, disparaissent pour se reproduire, puis l'un d'entre eux semble prendre le dessus et se transforme en une large ouverture. Aux premiers
(') Kous sommes obligés d'employer ici le langage le plus habituellement reçu. INous verrons plus tard comment il faut expliquer ces apparences, et quelle est la véritable nature des phénomènes physiques dont elles sont de simples manifestations.
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instants (le la formation, il n'y a j)oint de pénonil)re n(>tt('mcnl tléfinic; elle se développe pro<j;ressivenient et devient régulière à mesure f[ue la tache elle-même prend une forme arrondie, comme on le voit dans \^ fig. 26.
Cette formation tran((nille et paisible ne se réalise (|n'à des éj)oques où le calme sendjle régner dans l'atmosphènî solaire; en général, le développement est plus tumultueux et plus complexe. Donnons-en quel({ues exemples seulement,
car nous pourrions les multiplier à l'infini, et les observateurs qui voudront s'adonner à ce genre de recherches ne tarderont pas à en trouver eux-mêmes ini très-grand nombre, tous trèscapricieux et très-différents les uns des autres.
§ 11. — Exemples de formations rapides.
Nous choisirons, pour premier exemple, la taclu» qui parut le 3o juillet i8G5 'yfig. 27).
Le 28 juillet, on n'apercevait en cet endroit rien d'extraor-
(liiiaire, ni pores, ni facules. Le 29, il y avait sim])lement trois points noirs. Le 3o, à io''3o™, nous fûmes bien surpris tle trouver une tache énorme corresj)ondant à peu près au centre du disque. Le diamètre moven de la partie troublée était de 76 secondes, c'est-à-dii"e quatre fois et demie environ le diamètre de la Terre. Au centre, nous apercevions une masse de matière lumineuse qui semblait tourbillonner, et autour de laquelle s'étaient produites de nombreuses déchi-
riires. Au milieu de ce chaos, on pouvait distinguer quatre centres principaux de mouvement. A gauche, en a, se présentait une vaste ouverture ; autour d'elle des langues de feu tournoyaient en différents sens, et au milieu de ces langues on distinguait nettement des voiles à moitié lumineux qui environnaient une cavité plus nou'e.
Au-dessus, en 6, se trou\ait lui second centime, plus petit que le premier, dont le bord supérieur était nettement tranché, mais ayant à sa partie inférieure un grand nombre de petites langues de feu analogues aux précédentes. A droite, en
c, une large fonte j)reseMl;ul •;r()ssièrement la forme d'une S: elle était j)arsenu'e de langues de feu et de traits lumineux détachés. Enfui, à la partie inférieure, au ui\<'au tlu point d, (III NON ait une aiitif rente allongée et recourhée, offrant à l'ieil un desordre (jiii défie toute deseriptioii. Iliitre c< s (juatre eavités, il \ aNail un amas de faeules et de matièic lumineuse ])résentant rasj)eel ifune masse en ('O)ullition.
Tout cet ensemble était animé de mouNemeiils liiiiiiilUieii\
ri.;, .s.
et extrêmement rapides. On fit le d(>ssiu le plus prouiptement possible, mais il n'était pas encore terminé que la première partie avait déjà complètement changé de forme. Le soir, ou lit un .s(>coiid dessin, mais il ne ressemblait au précédent que par le caractère fondamental ; au centre, une matière photosphèricjue très-agitée; autoui', une couronne de gouffres béants, dont h^s (piatre princij)aux subsistaient encore, occupant sensiblement la même place.
Le lendemain, l'aspect était complètement changé. La ftg. 28 donne une idée de la nouvelle disposition. On reconnaît
encore les quatre centres principaux, mais ils sont comme alignés deux à deux, et rejoints par des crevasses sinueuses. La cavité b est déjà bien marquée, et séparée de la grande fente par un isthme composé de matière pliotosphérique à l'état normal. Les deux points inférieurs, a et cl, sont encore l'éunis, mais mieux dessinés; la masse intermédiaire est comme étirée, et son aspect rappelle celui d'une boule de coton cardé qu'on allongerait en tirant les deux cotés. Cette comj)araison est la seule qui puisse exprimer les apparences que nous avons essayé de reproduire dans le dessin. En vingtquatre heures, les dimensions s'étaient considérablement modifiées ; la longueur avait presque doublé : elle était de 147 secondes. Les jours suivants, la masse qui séparait les (piatre ouvertures se transforma à peu près en une pénombre sur laquelle étaient dispersés des grains lumineux.
Nous regrettons de ne pouvoir donner ici la série complète des dessins que nous avons exécutés chaque jour avec beaucoup de soins, mais nous reviendrons plus tard sur quelques détails intéressants et très-instructifs. Deux mots seulement pour terminer l'histoire de cette tache. ^ Les centres s'isolèrent et se prononcèrent de plus en plus; l'intervalle qui les séparait resta couvert de petites taches isolées. Le 27 août, c'est-à-dire après une rotation complète du Soleil, la grande ouverture en forme d'S subsistait encore au point c ; les centres aetb étaient encore nettement dessinés à la partie antérieiH'e. Ce jour-là, il semble qu'il y ait eu une recrudescence dans la perturbation; entre les centres a et b, et les deux autres c et d, il y avait une distance de plusieurs minutes. Le 17 septembre, après une nouvelle rotation, on voyait simplement des pores et des facules. Enfin, après une troisième rotation, il ne restait plus de trace de cette immense perturbation qui avait agité l'atmosphère du Soleil.
§ IIÏ. — Dissolution de la nuilitre hunineuse dans les lâches.
Nous venons do voir que la malirrc himiiicuso qui sépare les tarlips voisines l'une de l'autre se trouve eoniplélement déeliirée et niodiliée. L'ohservalion prouve même (ju'elle subit une dissolution eomj)lète lorscpie plusunu's eentres obseurs se sont lornies autour d'iuie masse brillante isolée, (".itons-en un exemple frappant. T.e 2() mai uSC)"), nous observions une
taebe tlont les «.limeiisions n'avaient rien d'extraordinaire : elle mesurait environ 5o secondes {^g. 29).
Illle présentait, rangés autour d'une masse centrale, un tjrand nombre d'orifices séparés les uns des autres par des filets lumineux, dont la disposition ressemblait à celle des ravons d'une roue qui, j)arLant de Taxe, se dirigent vers la circonférence. Ces noyaux étaient parsemés de voiles et de petits grains détacbés dont quelques-uns étaient disposés en sj)irale. Le soir quekjues rayons axaient dis])aru, «-t la sj)irale était dirigée en sens contraire. Le 3o [/ig. 3o), il ne restait que trois rayons. Le 3i [Jig. 3i ), il n'y avait plus au centre de matière j)liotospliéri(jue ; il en restait seulement ([uelques bandes recourbées en forme danses, ne se rejoignant pas au I. 5
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centre. T.es jours suiNants la masse se divisa, et le 3 juin il s'était (léfiniti\ement formé deux taches isolées, ayant des formes arrondies, mais peu régulières.
Ces phénomènes sont très-intéressants, mais ils ne sont
Fi(j. 3o.
[)as rares. Nous avons souvent constaté que des masses très-
brillantes qui se trouvent enfermées dans des groupes de taches disparaissent complètement en vingt-quatre heures. 11 résulte de ces dissolutions de masses lumineuses que les taches tendent à s'arrondir, et la forme ronde est, pour ainsi dire, la forme normale à laquelle parviennent toutes les taches lorsqu'elles sont complètement dévelop]:)ées.