‹ Le soleil (volume 3)Chapitre 34 sur 45 · ai · texte numérisé non relu

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JSous parlerons plus tard de la nature et des formes des protubérances; qu'il nous suffise, pour le moment, de signaler une illusion d'optique qui s'est produite assez souvent, et dans laquelle l'imagination joue un grand rôle. Comme le mouvement de la Lune dévoile successivement chacune de ces flammes, plusieurs observateurs ont cru qu'elles se formaient en effet sous leurs veux. Nous savons maintenant que les protubérances existent indépendamment de l'éclipsé : l'obscurité ne fait que les rendre visibles.

Un peu avant la fin de la totalité, la couronne devient généralement plus vive dans la partie du Soleil qui est sur le point de reparaître, et l'on voit se former un arc rose, d'une étendue considérable, embrassant à peu près un sixième du contour solaire. Schumacher le vit avec une étendue de 90 degrés; le P. Cappelletti n'en vit qu'une longueur de 5o à 60 degrés. Cette étendue dépend de la différence des diamètres apparents de la Lune et du Soleil ; lorsqu'on la connaît, on peut calculer la hauteur de la couche rose, et c'est ainsi qu'on l'a évaluée à i5 ou 20 secondes. En Espagne cet arc occupait une étendue de 60 degrés. Comme j'observais sans verre coloré, il arriva un moment où la lumière devint trop vive; je retirai l'œil de la lunette, et en ce moment même le Soleil apparut; il brillait au milieu du ciel comme une lampe électrique. La couronne fut encore visible pendant ^ingt-cinq secondes, et même, en cachant avec la main la partie brillante, je pus la distinguer pendant quarante-cinq secondes (').Les ombres étaient parfaitement tranchées, mais vacillantes.

{') Ces données pourraient servir à évaluer le pouvoir éclairant de la couronne; car, au moment où elle disparaît, son intensité lumineuse est égale à celle du faisceau de rayons qui part du Soleil.

Il iiii|)()i'i(' (le i'('mar(|iit T (|ii asaiil la réapparition du Soleil rcclal (If la linnicrc inc Jorca a rclircr I iril de la limcllc ; cet éclat lie j)ro\('iiait pas du i)()i"(l du Soleil liii-nicuK', mais scii- Icnient de celte eoiielie tres-hrillaiite (jui se trouve iinniédiatenient au-dessus de la pliotos|)lK're. Ce fait et une foule d autres ol)ser\ations moiitriMil (|U a 1 i lin comme au lommencemeut on rem;ii'(jne une i^i'adalion rapide, mais sensible, de II Unniere entre la couche rose el la photosphère.

^ l\ . — Phénomènes physiques observés pendant la totalité.

L'occultation du Soleil est toujours accompagnée d'un abaissement sensible de température et d'une foule d'autres phénomènes qui sont très-intéressants à étudier.

lîeaucouj) d'observateurs ont remarqué de grandes oscillations au bord du Soleil, au moment de sa réapparition. I^e P. Cappellelti dit (pi'elles lui rappelaient les vagues de l'Océan au cap Tlorn. La cause de ce phénomène se trouve certainement dans notre atmosphère, et non dans le Soleil luimême. Le refroidissement anormal qu'elle vient de subir occasionne souvent des brouillards, des nuages, quelquefois même des halos, connne on l'a observé au Cliili {//g. 112). Ce phénomène s'est reproduit à Augusta, en Sicile, pendant l'éclipsé de 1870. Les nuages placés à une petite distance du croissant solaire et fortement illuminés donnèrent naissance à de magnifiques irisations dont la netteté allait en aus^mentant à mesure que le croissant devenait plus mince. Les nuages irisés ne sont pas rares, même en dehors d(\s éclipses; mais la i:;randeur du disque qui les éclaire est un obstacle à la netteté des teintes développées par les interférences. La surAice éclairante diminuant a mesure cpi'on s'approche de la totalité,

on se trouve dans dos conditions assez semblables à celles ([n'indique la théorie pour la production de ces phénomènes. L'arc irisé observé à Augusta avait environ G degrés de diamètre ; la couleur rouge était à l'extérieur, le bleu à l'intérieur.

Les Ijrouillards et les nuages sont à craindre, surtout dans la saison froide, où l'air est déjà dans un état voisin de la saturation ; peu de temps après l'occultation, la température

Fig. ii3.

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s'abaisse d'une manière assez sensible pour c[ue l'air soit saturé, et la vapeur d'eau se précipite sous forme de brume. C'est ainsi que se produisirent les nuages qui nous empêchèrent de mieux réussir les observations que nous avons faites à Augusta.

La disparition et l'apparition du Soleil sont accompagnées d'ombres vacillantes et de franges lumineuses qui paraissent traverser l'horizon. Cette observation a été faite dans beaucoup d'éclipsés, mais surtout en 1842 et en 1860. Tout dernièrement, le P. Faura, à Mantawalok, a cherché à représenter le phénomène par le dessin que nous reproduisons dans \^fig. II 3; mais il faut remarquer que ces lignes ser-

jx'ntaiilcs n'ont pas ivcllcnient la régularité qu'on leur a donnée dans le dessin.

Pour faire cette observation, le P. Faura avait étendu sur le sol une grande feuille de papier blanc sur laquelle s(; détachaient les lignes ondulées qu'il a essayé de reproduire. Ces bandes ont été observées aussi dans les deux dernières éclipses. Les professeurs Costa et Seguenza, près de .Alessine, les virent courir sur un mur blanc : ils ont trouvé que le dessin du P. Faura représente bien le phénomène ; d'après leur évaluation, elles j)ouvaient avoir de G à 8 centimètres de large. M. Legnazzi, à Terranova, en Sicile, vit les mêmes bandes se produire sous ses yeux, mais avec moins de régularité. Du haut du phare de Capo dell' Armi, très-près de la ligne de la totalité, -AI. ]Marchisio vit venir de l'Etna l'ombre lunaire bordée de franges ayant environ i mètre de largeur apparente. On observa le même phénomène à ^Icssine, en dehors de la zone dv. la totalité, mais très-près de ses limites ; les observateurs éprouvèrent la même impression que si l'éclipsé fût devenue totale pendant un instant, ce qui ne pouvait avoir lieu, A Reggio, en Calabre, dans la zone de la totalité, mais très-près du bord, les ondes produisirent, en passant, la même sensation que si la Terre avait éprouvé un mouvement d'oscillation : hommes et chiens en furent effrayés. jM. Escandon, à Xérès, a vu les bandes ondulées traverser le spectre qu'il observait en ce mo- UK'nt. ]\[. Oudemans les a observées dans la dernière éclipse, mais avec une forme différente de celle qui est représentée dans le dessin du P. Faura.

Quoi qu'il en soit, tous les observateurs sont d'accord sur les points suivants : i° les bandes existent réellement; 2° elles ont une grandeur apparente variable, suivant la distance de l'objet sur lequel elles sont projetées ; 3" elles sont animées d'un mouvement d'oscillation très-rapide; 4° tdles accom-

pagiuMit l'ombre et paraissent principalement sur son contour; elles s'inclinent de manière à être tangentes au point (lu croissant solaire qui disparaît le dernier.

Ces phénomènes ont été constatés par un assez grand nonil)ro d'observateurs pour qu'on ne puisse pas douter de 1(HU' existence, mais il est bien difficile d'en donner une explication satisfaisante. On a voulu les attribuer à la diffraction ; ils seraient produits par l'interférence des rayons qui rasent le bord du disque lunaire; mais cette théorie est en contradiction avec les j)rincipes de l'Optique. D'abord, pour produire des bandes d'interférence, il faut que le bord du corps opaque (la Lune dans ce cas) soit éclairé par un point lumineux placé derrière lui, tandis que le Soleil a un diamètre de 2" degré. De plus, dans la diffraction, on n'observe que trois ou quatre franges, régulièrement colorées, dont l'intensité va en décroissant depuis la première jusqu'à la dernière. Ici rien de pareil : on a compté jusqu'à dix, douze et vingt franges, et généralement elles ne sont pas toutes colorées.

Il n'est donc pas probable qu'elles proviennent d'une interférence proprement dite, mais elles peuvent bien résulter, comme la scintillation des étoiles, d'une oscillation des ravons lumineux. Le point, ou plutôt la ligne ravonnante, c'est le mince croissant du Soleil. Les changements dans la température de 1 air et les variations de densité qui en résultent produisent un déplacement alternatif des ravons, les renforçant en un point pour les affaiblir en un autre. C'est ainsi que M. Escandon, à Xérès, a vu des bandes semblables se projeter sur un mur placé devant lui, pendant qu'il tournait le dos à une montagne placée à distance et au-dessus de laquelle ap- |>araissait le Soleil levant. Nous avons vérifié en partie cette observation; mais les bandes que nous avons aperçues étaient

loin (laNoir le parallélisme i"ei;iiliei' (jiroii attriljiie à celles des éclipses. Cette irrégularité peut cepentlant tenir aux conditions atinosj)héri(|ues, et si le phénomène a été si saillant en Sicile pendant 1 éclipse de iH^o, il faut peut-être l'attrihuer à la grande agitation de l'air causée par le violent orage qui lontlit sur ll-tna. Les bandes \ues a lia\ei's le spectre solaire semblent eonllrmer cette explication, car elles étaient semblables à celles ([ui traversent les spe( li<'s stellaires auprès d(î l'horizon.

Ces Iranges sont [)lus Irappanles et plus laciles à observei' près des bords de la zone où l'éclipsé est totale, et même en dehors de ses limites. C'est que, dans ces régions, le croissant solaire conserve plus longtemps une faible épaisseur, tandis que dans les régions centrales de la totalité cet état ne dure qu'un instant.

Quoique cette explication nous paraisse exacte, nous attendrons cependant, pour nous faire une opinion définitive, (ju'on nous donne des descriptions plus précises que celles ([ui ont été faites jusqu'à présent, et c'est pour cela que nous attirons sur ce point l'attention des observateurs.

Nous avons déjà dit qu'on voit l'ombre de la Lune s'avancer à la surface de la Terre. Nous avons rapporté les observations de Forbes et de M. Marchisio. Le capitaine Pisloia, qui observait l'éclipsé de iSjo sur la citadelle d'Augusta, nous a donné la description suivante : Lorsque le Soleil s'éclipsa complètement, on aperçut dans le ciel une bande obscure dirigée du sud-ouest au nord-est; on la vit disparaître rapidement : sa teinte était sombre, mal terminée sur les bords et comme estompée isfumata)^ de sorte que, dans la direction du nord-ouest au sud-est, le ciel présentait cet aspect froid et jaunâtre qu'on observe en \\\\vv au coucher du Soleil. Cette bande s'avança rapidement au-dessus de la tète de l'ob-

servateur vers le nord-est. Avant l'apparition du Soleil, on vit à l'angle sud-ouest paraître une espèce d'aurore ; la bande sombre avait alors l'aspect représenté dans Isi Jîg. ii4 "• il

Fij. 114.

parait qu'un ciel brumeux et voilé est plus propre y faire remarquer ce phénomène

Fig. II 5.

Il est facile de se rendre compte de cet aspect crépusculaire. Pendant l'éclipsé, l'observateur est éclairé, non-seulement par la couronne, mais aussi par la lumière qui illumine au loin l'horizon. Supposons que le Soleil soit au zénith au points [fig. II 5), o étant la position de l'observateur. Me-

lions une lion/oiilalc (jiii l'ciuoiilrcra en II les limites de l'atnK)S[)licrc; le i-a\(»iio// de lOmln'c lunaire, vu du centre C de la Terre, ne sous-lend j^uere ([u un ant;le de i dcf^rc, même dans une éclipse de six minutes de durée, tandis que la longueur oll sous-tend au moins 7 degrés. Donc, au point o, l'observateur sera éclaire paila partie de 1 atmosphère située au dessus de //Il ; mais cette lumién; sera nécessairement trèsfaihle, car elle provient d'une partie assez restreinte du Soleil, et, de plus, elle tondje sur une région élevée et, par consecpient , raréfiée de Tatmosplière. De là cette coloration jaune que présente l'iiorizon : c'est qu'il est éclairé seulement par les bords tlu Soleil, dont la teinte, ainsi que nous l'avons vu précédemment, est d'un jaune fuligineux.

Le capitaine lîuffa a mis eu évidence cette teinte jaune par une expérience intéressante. U exposa en plein air une bande de papier sur laquelle étaient peintes les couleurs du spectre solaire; à mesure que le Soleil s'éclipsait, il vit disparaître progressivement les couleurs les plus réfrangibles ; quelques instants avant la totalité, le violet, l'indigo et le bleu étaient devenus invisibles, tandis que les autres couleurs étaient voilées par inie teinte sombre. Il arriva au même résultat avec des étoffes jjleues et jaunes : les premières étaient presque invisibles, tandis que les autres étaient simplement voilées. La même chose arrive au coucher du Soleil, car on voit alors le violet et le bleu disparaître avant les autres couleurs. Tous ces phénomènes s'expliquent facilement par la théorie que nous venons d'exposer.

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