CHAPITRE IL
DE LA COURONiNE.
§ I. — Apparences générales.
Le phénomène qui frappe le plus, lorsqu'on observe une éclipse à l'œil nu, c'est l'auréole brillante qui entoure la Lune et qui a reçu le nom de couronne. Les anciens l'avaient remarquée, et ils en avaient conclu que l'éclipsé n'est jamais totale. Nous lisons dans Plutarque le passage suivant : « La (( Lime, encore que quelquefois elle cache tout le Soleil, elle « (Téclipse) ne dure pas tant de temps, ni n'a pas telle lar- '( geur, ains apparaît toujours autour de sa circonférence c quelque lueur, qui ne permet pas que les ténèbres soient « bien noires et profondes et parfaitement obscures (' ). »
Les observateurs la mentionnent toujours comme un phénomène extraordinaire et constatant avec certitude l'existence d'une atmosphère lunaire ; mais nous sommes certains maintenant qu'il faut en chercher la cause dans le Soleil luimême.
L'observation la plus ancienne où l'on trouve ce phénomène décrit avec quelques détails remonte à l'année 1239; elle est citée par Muratori [Ann. Re. ItaL, t. XIV, col. 1097). Le chroniqueur dit qu'on vit un cercle autour du Soleil, avec
(') Opéra mornlia. De facie in orbe Lunœ. Tratluclion d'Ainyot
un Iroii ciiflimiiiK' dans la partie inlcriciire (' \ Il s'a<:;it sans <lontc (rniic j)rolul)('raucc. (.lasiiis r()l)S('r\a aussi à C.oïinhi'c le ■> [ aoiit 1 '»()(), et il eu parle avec siii'prisc.
La première dcsc rijition laite d'une mauieic scieiihfiquc est due à Wassenius, ([ui ohserxa le .> mai 17V); il remaivjua ou même temps les llauuues rnui^es (pie uous apj)el()us maintenant N's protubéranees, et les regarda eomme des images flottant dans l'atmosplière de la T.iuie. A partir de cette époque, tous les observateurs sont d'accord dans leurs descrij)tions. C'est toujours une auréole formée de rayons divergents ; ces ravons partent d un anneau qui environne la Lune, ilnul l'éclat tivs-Nif, d'un blanc argentin ou nacré, s'étend a une distance variable avec les circonstances atmosphéritpies, mais ordinairement égale au diamètre lunaire.
On a essavé d'évaluer l'intensité lumineuse de la couronne, mais les résultats obtenus sont très-différents les uns des autres. C'est qu'en effet il est bien difficile de faire une semblable é^alllati()n , à cause des variations extraordinaires et exceptionnelles que présente la lumière dans une éclipse. Ce qui est certain, comme nous l'îivons déjà noté, c'est qu'en 1 8G0 nous avons pu distinguer la couronne quarante secondes après la réapparition du Soleil. On peut même, sinon lavoir, au moins constater son existence pendant un temps beaucoup plus ( onsidérable, six ou sept minutes en\iron avant et après la totalité. Kn effet, si l'on j)rojette sur un écran l'image du Soleil, on voit qu'en dehors du disfjue solaire on distingue encore nettement la silhouette de la Lune jusqu'à une distance considérable. Cela tient à ce que le disque lunaire tranche par son obscurité complète sur la région voisine du vSoleil où se développe l'auréole,
(') Qnoddam foranion erat ijiiitum iii rirculo Solis ex parte inlVrioii.
D'après notre évaluation , le pouvoir éclairant de la couronne ne doit pas être inférieur à celui que possède la pleine Lune dans les circonstances les plus favorables, par exemple en hiver, lorsqu'elle est pleine et très-près du zénith. En effet, l'éclat de la Lune permet de voir les étoiles de première et même de seconde grandeur, tandis que pendant les éclipses on distingue à peine les plus brillantes. Ce qui fait alors paraître les ténèbres si affreuses, c'est la rapidité avec laquelle elles se produisent.
Il ne faut cependant pas oublier que, pendant la totalité, l'observateur est éclairé , non-seulement par la couronne, mais par la lumière qui provient des parties lointaines de l'air a tmosphérique .
L'éclat de la couronne dépend beaucoup de l'état de l'atmosphère. Sous le beau ciel des Indes, pendant l'éclipsé de 1868, sa lumière était très-belle, et à sa clarté on pouvait facilement lire des caractères de moyenne grandeur. En 1842, pendant que Baily observait à Paris une couronne très-brillante, M. Airy la voyait très-paie à Turin, où le ciel était brumeux. En i85i , à Gottembourg, en Suède, elle était très-belle, tandis qu'à Lilla-Edet, en Suède également, elle était faible et peu étendue.
Plusieurs savants, entre autres M. Janssen dans son expédition de 18'ji aux Indes, ont été si frappés du brillant éclat de la couronne, qu'ils ont cru devoir en conclure que la cause de ce phénomène est certainement dans le Soleil. Il n'y a là rien qui doive surprendre les personnes qui ont été comme nous témoins de ce spectacle sous le beau ciel de l'Espagne.
A part ces différences, dues à la transparence de l'air, on peut toujours distinguer dans la couronne trois régions bien définies, quoique les lignes de séparation ne soient pas nettement tranchées. La première est une zone très-vive ayant 3 ou 4 minutes de largeur, possédant la couleur et l'éclat de
l'argoiil. \iitniir (1(> celle ^wenùvvc zoiu^ s'en trouve imo seconde dont la luiiiirrc pi'ésciite une gradation tics rajjidc, et dont le l)ord ovtciicur se confond avec le ciel. Enfin de la
première partent un certain nombre d'aigrettes lumineuses, composées de lignes brillantes entrelacées, et dont la longueur, variable suivant les circonstances, atteint quelquefois le double du diamètre de la Lune.
Jj-\/ig. I iG montre l'aspect de la couronne telle que nous
l'avons observée au Desierto de las Palmas, en 18G0 ; mais cet aspect est loin d'être constant dans une même éclipse, et il varie encore beaucoup plus d'une éclipse à l'autre. Il suffit, pour s'en convaincre, de comparer ce dessin à celui de Baily {fig- loG; et à celui du P. Cappelleti [Jig. 112). Nous en verrons d'ailleurs d'autres exemples.
Fig. 117.
Dans les éclipses postérieures, on a fait une attention particulière à ces apparences, afin d'en découvrir la cause. Dans les observations faites, en 1869, aux Etats-Unis, la plupart des dessins donnés par les différents astronomes peuvent se ramener à un tvpe commun, dont ils s'écartent fort peu : c'est une espèce de carré grossièrement ébauché, ayant des aigrettes aux angles. ha.Jig. 1 1 7 présente la forme observée par ]M. Eastman, à Des Moines. ]M. Gould, à Burlington, observa d'abord une forme semblable; mais, deux minutes plus tard, il la trouva singulièrement modifiée.
Dans les fipjiires prérédcntcs, la zone brillante qui cntouro inniic'diatcnioiit le discuic de la Liiiic possède une largeur assez considérable. Il n'en fut pas de même en Sicile, en i.S-o : cette partie ainiulaii-e était très-étroile, de sorte (pie les ra\ons send)laieiil partir chi Iiord même de la Lune. La fig. \ iS re-
Fiff. II 8.
produit le dessin exécuté par M. Taccbini, d'après l'observation qu'il fit à Terranova. Ce dessin est assez d'accord avec la description donnée par le P. Serpieri. Les rayons sont nombreux, nettement détaches les uns des autres, situés sur le j)rolongement du diamètre de la Lune; ils vont en se rétrécissant, à leur extrémité, en forme de pointe. jNIais il y eut, pour cette éclipse, une grande variété de dessins, et les différences furent si grandes, qu'on fut conduit à se demander si
les apparences décrites et représentées par les différents observateurs ne dépendaient pas de la structure et de la disposition particulières de leurs yeux. Rappelons cependant que le ciel était très-troublé et le Soleil assez peu élevé au-dessus de l'horizon ; par conséquent, si les apparences n'étaient pas les mêmes, il faut en chercher la cause dans notre atmosphère. Dans l'éclipsé observée aux Indes en 1 8 j i , il y a plus de ressemblance entre les différents résultats, et les principaux rayons, situés sur le prolongement du diamètre, ont été ^als ])ar plusieurs observateurs dans les mêmes positions avec les mêmes formes.
Lorsqu'on fait ces observations à la hâte et à l'œil nu, il est difficile qu'elles soient parfaites. Si l'on se sert de lunettes, les résultats obtenus par plusieurs observateurs pourront être très-différents les uns des autres. Si l'on emploie un fort grossissement, la couronne paraîtra beaucoup moins large, composée d'un simple anneau étroit, diffus et sans rayons (Maclear). Pour avoir une idée exacte de ce phénomène, on doit l'observer avec une lunette ayant un champ considérable et un faible pouvoir amj^lifiant.
Nous ne pouvons reproduire ici tous les dessins que possède la science ; mais nous ne pouvons laisser de côté celui que M. Liais a fait au Brésil. Il nous a paru très-bizarre au premier abord, mais très-intéressant, comme nous le verrons bientôt. On v remarque [fig- 1 1 9) quatre feuilles principales, presque normales au bord du disque lunaire. Quelques autres, moins importantes, sont inclinées et accompagnées de nuages suspendus entre les rayons. Le P. Serpieri parle de quatre coupes renversées, observées dans l'éclipsé de i8yo, et dont la forme rappelle celle de ces feuilles. Le dessin de M. Liais présente au premier abord un aspect étrange, mais nous verrons bientôt qu'il a un mérite singulier.
3 ÏI. — Difjèrenlds rci^ions (li)n( se compose la couronne.
La prciuirrc et la plus vive de ces i-(''j4i()iis, c'est raniicaii brillant ([ui se troiixc iinincdialciiiciil en ( onlact am'v la pliotosplicrc, <'t la malicrc rose paiail rire en Misixiisioii dans
cette couche elle-même. Son éclat est tellement viF, qu'il peut occasionner des doutes sur le moment précis de la totalité I Cappelletli, Stéphan, Tisserand, etc.). Lorsque les circonstances atmosphériques sont favorables, cet anneau, quoique très-affaibli, possède encore im éclat remarquable. On peut évahier sa largeur à i5 ou 20 secondes.
Autour (le cette première couehe, et eu contaet immédiat avec elle, se trouve uue autre régiou oii la lumière est encore assez vive, dans laquelle se produisent les protubérances, et (|ui s'étend jusqu'à une distance de [\ ou 5 minutes. Elle est (l'un blanc d'argent, et tellement brillante, qu'elle présente un aspect nacré. Quelques observateurs parlent de couches de lumière; mais cette expression n'est pas exacte, car l'intensité lumineuse varie par gradation insensible, sans qu'on puisse assigner de limite précise entre les différentes couches.
La couronne est parfaitement concentrique au Soleil; les r.pparences cpi'elle présente pendant l'éclipsé ne permettent pas d'en douter, car elle est beaucoup plus brillante dans la partie où le Soleil est plus voisin du bord lunaire. On ne peut donc plus l'attribuer à l'atmosphère de la Lune, et il faut nécessairement la regarder comme appartenant au Soleil.
Au-dessus de cette région commence l'auréole proprement dite; elle est souvent irrégulière, et son contour, loin d'être uniforme, comme on l'avait supposé (^l'abord, présente souvent des inégalités et quelquefois même des cavités très- profondes . Plusieurs observateurs avaient déjà fait cette remarque , et surtout Gillis en Amérique, où il étudia l'éclipsé de i858. Les parties les plus brillantes correspondent en général au voisinage des protubérances et à la base des aigrettes. En iS'yo et en 1871, on a observé dans certains endroits des cavités très -profondes, des espèces d'interruptions qui arrivaient presque jusqu'au Ijord du disque lunaire ; c'est ce que les Anglais appellent rifts : leiu- position a été déterminée avec assez d'exactitude par les observations optiques et surtout par les photographies. On les trouvera représentées dans les dessins que nous reproduisons un peu plus loin.
On ne peut pas beaucoup compter sur les observations opti(|ues pour apprécier exactement ces particularités. D'abord
- 33fl -
il est toujours (liffic ilc d'cNiilucr l'iulciisilc duiic lumici'c dans CCS circoiistaiiccs, siiiloiit l()is(|iril u \ a p.is de contour ucttcinciit tranclic. Eu second lieu, ces ol)ser\ati()Us sont laites à la liàtc, les savants étant ociupcsa des clioscs bien plus iin- |)orlantes. Souvent même les dessins sont laits grossièrement, de mémoire, ioiscjne ICclipse est terminée. J.e seul moven d a\()n" des mesures exactes, c'est la plioto^i'apliie, et nous allons exposer les rcsidtals obtenus j)ar ce procède.
^ 111 . — Photographies des éclipses. Etendue de la couronne.
En 18G0, deux expéditions s'occupèrent, pour la picmière fois, de photographier l'éclipsé : j\L \\ arren de la Rue à Rivabellosa, et nous au Desierto de las P aimas, en compagnie de l'expédition espagnole qui était dirigée par j\L Aguilar.
Les photographies de ->E W. de la Rue, obtenues en grossissant l'image du Soleil avec l'oculaire, reproduisirent admirablement les protubérances et leurs accessoir<\s; mais la couronne n'v est visible que dans sa partie la plus brillante et la moins élevée. Nous avons, an contraire, photographié l'image directe donnée par robjectif, ce qui donne luie plus grande quantité de huniere et un chamj) plus étendu. Tous les observateurs ont depuis emj)loyé c<' procédé, car il j)resente de grands avantages, sans aucun inc <!n\enient, puisqu'on peut toujours obtenir ensuitedt^s épreuves agrandies. Les photographies que nous avons exécutées reproduisent la couronne dans tout son éclat; nous les conservons toujoui's, et, dernièrement encore, nous les avons étudiées en détail.
Nous reproduisons dans \\\jig. 120 une éjucuNC que nous avons obtenue en quarante second(\s. La ligne XY représente la position d'un {A tendu dans la lunL'tte et destiné à donner
l'orientation de la figure. L'axe polaire du Soleil est dirigé suivant PP'.
Une étude, même superficielle, de cette épreuve montre que la couronne n'a pas la même étendue dans toute sa circonférence. Dans les régions polaires, elle est plus étroite, et
Tiç;. 150.
sa hauteur atteint à peine la moitié de celle qui correspond aux régions équatoriales. La différence de niveau qui existe entre ces régions ne se produit pas par une gradation continue et insensible, mais, à une distance d'environ 3o degrés des jiôles, on remarque une variation qui est incompatible avec toute loi de continuité. Il y a en ces points des dépressions considérables, puis le contour se relève d'une manière irrégulière et rapide jusqu'à environ !\5 degrés de l'équateur. Le
maximum absolu correspontl à cette dernit'^re position, et non à l'équateur proprement dit, rjuoifpi'il v ait là aussi de grandes variations ; mais iei les irréj;ularités du contour ne présentent ni symétrie ni règle précise.
T.es taches blanches représeiilciil les protubérances; elles sont diffuses et semblent pénétrer dans l'intérieur du disque lunaire : c'est le résultat d'une longue exposition, d'abord à cause du déplaccMuent de la T.une, el siu'tout à cause de la diffusion de l'action chimique. Quant à l'intensité de la lumière, on peut aussi remarquer qu'elle n'est pas la même dans foutes les régions, et qu'elle n'est pas toujours plus grande dans les parties où la eouroime est plus étendue. La comparaison de nos différentes épreuves nous donne le moyen d'ap- ])récier comment varie cette intensité .suivant la distance au bord du Soleil. Ainsi une exposition de six secondes nous donna à peine une trace de la couronne; une exposition de <louze secondes )ious donna ime étendue plus considérable ; en quarante secondes nous avons obtenu l'image de l'auréole dans toute son étendue.
Tous ces résultats furent confirmés, en i8(')8, par les photographies obtenues dans les Indes par le major Tennant; mais une des plus belles épreuves est due à M. Whipple, qui observait récli|)se du y août iSGrj à Shelbvville, au Rentucky. C'est cette photographie que nous reproduisons dans \^Jig. 12 r. Elle est d'une netteté extraordinaire; outre les différences de hauteur, qui v sont aussi bien accusées que dans nos observations du Desierto, on y remarque des courbures très-prononcées, qui correspondent à de véritables jets lumineux, dont l'importance est très-grande. Dans la région polaire, sur ini rayon de i5 à 3o degrés, la couronne a une élévation peu considérable; puis elle se soulève brusquement en formant des panaches curvilignes, dont la convexité est
tournée vers les pôles. Il y a partout des irrégularités frappantes; mais, eu quatre régions, situées à environ 45 degrés de l'équateur, on remarque des maxima Lien prononcés.
hajig. 122 représente la couronne, telle qu'elle a été photographiée à Cadix, le 22 décembre 1870, par les astronomes américains Un léger brouillard a enlevé à l'image la netteté
qu'elle aurait dû avoir, et, de pkis, la petitesse du diaphragme a limité l'étendue de l'auréole dans les régions équatoriales, I^e bord nettement tranché qui la termine dans ces parties montre avec évidence qu'elle n'v est pas représentée tout entière, tandis qu'au pôle elle est bien complète, puisqu'il reste un intervalle entre elle et le diaphragme. Vers l'ouest, il y a une cavité très-prononcée, qui fait ressortir la courbure des rayons émanant de la couronne. Dans tous les autres points
où il V a dos solutions de continuité, l'effet du brouillard a été troj) considérable j)our qu'on puisse reconnaître ces détails. A Syracuse, iNI. lîrotliers a obtenu une épreuve dans laquelle on observe des cavités ass(v. semblables à celles de h^Jig. 122; mais, conune elle a été prise vers la fin de la totalité, l'image de la couronne est très-excentrique; et d'ailleurs le brouill.u'd
Fi{j. 122.
qui régnait au moment de l'observation ne permet pas d'attacher une grande importance aux détails.
La couronne est donc moins élevée dans les régions polaires, sur ime étendue de 5o ou 60 degrés; mais est-ce un fait accidentel ou une loi constante? Cette question présente un grand intérêt, et, à ce point de vue comme à beaucoup d'autres, nous attachons le plus grand ])rix aux épreuves photographiques de INI. Davis, que loril Lindsay avait envoyé
à ses frais dans les Indes pour y observer l'éclipsé du 12 décembre 1871. Lord Lindsay a fait reproduire sur verre les photographies agrandies de IM. Davis; puis, ces cjireuves sur verre étant mises dans un stéréoscope , il en a fait exécuter un dessin qu'il a publié et que nous mettons sous les yeux
Fiff. 123.
du lecteur [^fig. ii"^). Nous reviendrons plus tard sur ce dessin pour discuter les détails qu'il représente avec tant de netteté.
Les figures originales sont un peu ovales. Ce résultat est dû au mouvement de la Lune qui, en se déplaçant, découvre à l'est une partie nouvelle de la couroime, tandis qu'à l'ouest elle en recouvre une partie égale, mais qui a déjà produit une
impression suffisante sur le cliché. La puissance actinique tic la lumière est si grande auprès du bord, cpi'il lui suffit d'un temj)s très-court pour produire une impression complète : la Lune peut bien recouvrir cette réf|;ion, mais elle ne peut pas effacer l'image qui existe déjà. Il en résulte (pie son disque parait moins large dans la direction de son mouvement, ce qui tlonne une figure ovale.
M. Davis a pu faire cinq éjn-euves successives pendant la totalité ; mais, dans la j)rennère et dans la cinquième, la distribution des aigrettes est un peu excentrique. La courbure des l'ayons est facile à constater dans toutes ces images , mais on voit que les arcs des pôles sont inégaux : celui du sud est beaucoup plus large que celui du nord. Ces photographies, comme toutes les précédentes, nous montrent que la plus grande hauteur de la couronne correspond, non à l'équateur, mais à une latitude élevée.
Les épreuves de lord Lindsay offrent une particularité trèscurieuse : la première et la cinquième, mises ensemble dans un stéréoscope , produisent un reUef très-surprenant. Dans chacune des deux images , la Lune est ovale , et elle paraît parfaitement ronde dans le stéréoscope. Les rayons se détachent derrière la Lune et, les deuv figures se complétant l'une l'autre, on distingue parfaitement leur structure saillante et compliquée. Le grossissement de l'appareil, combiné avec la transparence délicate des épreuves, fait ressortir les moindres détails. C'(\st d'après ce relief stéréoscopique que lord Lindsay a fait exécuter le dessin que nous reproduisons dans la Jig. 123. ^Malgré tous les efforts que nous avons faits pour rendre ce dessin aussi exact que possible, nous devons avertir le lecteur qu'il est loin de reproduire l'effet optique des photographies sur verre. Nous y attachons une si grande imj)ortance que nous croyons de\oir l'analyser en détail.
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Ce qui frappe d'abord l'attention , ce sont les ouvertures arq et Ml quc^ laissent entre eux les rayons qui tournent leur convexité vers les pôles. Cette courbure est nettement prononcée, et on la retrouve sur chacune des cinq photographies : ce n'est donc pas le résultat de la vision stéréoscopique. Nous voyons dans le cadran nord -est (^) trois rayons «, h, c. Il est évident qu'au point c il y a deux rayons superposés, ou du moins il y a une branche qui se tourne vers le point b, formant ainsi une feuille dans l'intérieur de laquelle on aperçoit le rayon h en forme de fer de lance. Au milieu de tous ces rayons sont suspendus de petit nuages, d^ trop légers pour que le dessin puisse bien les représenter.
\ers l'est, dans la région équatoriale, nous voyons une branche ramifiée e; sa forme nous rappelle des observations faites pendant les éclij^ses précédentes. On avait aperçu des rayons semblables, mais on les attriljuait à une illusion d'optique : tels sont, par exemple, le bois de cerfwx au Desierto par M. Cepeda, les crochets observés par Struve, etc.
Nous voyons ensuite une branche droite y, avec deux ramifications dirigées vers le sud, l'une plus grande et sensiblement recourbée, l'autre plus petite et presque droite.
Les rayons suivants, g et h, dans le cadran sud-est, forment une courbe dont les concavités sont dirigées l'une vers l'autre; il en résulte une espèce de feuille semblable à celles qui ont été observées au Brésil par M. Liais.
Dans la direction du pôle sud, on remarque la grande ouverture i qui fait le pendant de celle du nord; ces deux cavités nous avaient fait deviner la direction de l'axe polaire avant de connaître l'orientation de la figure.
C) Le lecteur rcmarquora que, sur la /ig. 133, l'ouest se trouve placé à droite et l'est à gauche.
Dans le cadi-.iii snd-oiicst imiis \n\()iis les i"a\niis curvilignes /et /, (|iii (Miihi'assciit (litre eux deiiv masses trèsl)rill;mles et loi'meiit par leur eiiseinhle une autre <»s])èc(' de feuille. Du c-ùté d»' l'ouest il \ ;i d(nix faisceaux de rayons, //?, //, Irès-lei^èfenieul recoiulies et |)i*es(jue |)er|)eiidi(ulaices à re(|uateur, iudi<|naiit une antre leudle : ini image lég(^r est suspendu enti-e eux.
Knfln, dans le cadran nord-ouest, nous trouvons les ravons (), p, {] foi'uiant une leuilli^ très-bien circonscrite, cpii com- ])lète le contour iusipi a la i;i"ande ou\erture /•. Si l'on \('Ut examinei" sans parti [iris le dessin de]\I. Liais et le comparer à celui (pie nous \eiions d'examiner, on reconnaîtra fju'il v a entre les (hnix des points de ressemMaiice bien frappants. ( )n doit comprendi'e qne, dans mi examen rapide (pii n'a pu durer (jue cpielques instants, M. Liais n'a pu faire une cLudo j)arfaite connue celle que nous faisons à tète reposée sur une photographie.
On commettrait donc une i;i"ande (MTCur si l'on admettait encore, après tous les détails cpie nous venons de donner, que la couronne se compose d un anneau peu épais et parfaitement uniforme, connue on la voit dans les lunettes puissantes. Ces instruments, vu leur pouvoir amplifiant, sont incapables de faire voir un objet peu lumineux; ils anéantissent, pour ainsi dire, la paifie de la couronne la plus extérieure (jui est moins lumineuse, et qui contient les détails irréguliers que nous venons de décrire; ils ne laissent voir que l'anneau brillant qui entoure immédiatement le Soleil, dont la conqiosition est à peu près homogène, comme l'indi(pieiit les photographies ell(\s-mèmes. La couronne ne se voit donc bien (pi'à \\v\\ nu, ona\ecuii faible grossissement ; et, même alors, il est bien dilfîcile d'en étudier les détails, car l'œil, passant brusquement de la \\\v lumière du jour à une
obscurité assez grande , n'est pas capable de distinguer des nuances aussi délicates : on ne peut les étudier à coup sûr qu'en les fixant par la photographie.
]M. Maclear a déjà fait cette remarque, car, ayant observé successivement avec deux lunettes, il trouva qu'avec la plus faible la couronne présentait la même forme qu'à l'œil nu , tandis qu'avec l'autre, qui avait un pouvoir considérable, elle se réduisait à un anneau mince et vmiforme ('). Du reste, au témoignage de tous les observateurs, l'iiomogénéité cesse à une distance du Soleil égale à 5 ou 6 minutes, et, en réalité, la plupart des ramifications que nous venons de décrire ne sont nettement sensibles qu'à une distance encore plus fijrande.
§ R . — Des aigrettes.
Nous appelons aigrettes ces longs panaches rectilignes qui se détachent de l'auréole, semblables aux rayons de lumière qui sortent entre les nuages lorsque le Soleil est près de 1 horizon.
Si les observateurs sont peu d'accord pour fixer les limites de l'auréole , ils le sont bien encore moins par rapport à ces aigrettes qui s'en échappent et se prolongent souvent à des distances considérables. Les descriptions diffèrent d'une éclipse à l'autre, et pour une même éclipse il semble que le phénomène ait été différent suivant la station d'où il a été observé. Comme cette question est intéressante, nous l'examinerons avec soin, afin d'engager les astronomes à l'étudier attentivement dans les prochaines éclipses.
(') Voir Revue scientifique, et Month. Not. R. Astr. Society.
Dans les obscM'vatlons anciennes, on s'est l)orné à nous indiquer l'existence des ravons divergents, en évaluant grossièrement leur étendue. En 1842, les descrij)tions furent détaillées, mais encore assez, défectueuses. A Turin et à Pavie, Airy et Bailv ne font aucune mention de ce phénomène. A Milan, Picozzi et ]Magrini aperçurent deux faisceaux d<' ravons. Dans la France occidentale, on signala également deux faisceaux opposés. Arago vit près du point culminant de la Lune une large tache lumineuse formée de jets entre-croisés qu'il comparait à ini écheveau de fils entrelacés; Peytal les comparait à un paquet de chanvre. D'autres observateurs remarquèrent (|ue le prolongement de cesraNons ne passait point par le centre du .Soleil, ni par celui de la Lune, et ([lie plusieurs étaient recoiu'bés. A Toulon, on distingua trois faisceaux; les deux principaux étaient sur la ligne d'entrée et de sortie de la Lune. Petit en vit également trois, ainsi que Struve, qui leur assigna une longueur de i'',5.
On le voit, ces relations sont confuses et contradictoires. Il est impossible de reconnaître d'inie manière précise s'il s'agit des franges de l'auréole ou de véritables aigrettes. Nous retrouvons la même incertitude pour Péclipse de i85i et poiu' les suivantes. En i8Gonous n'observâmes ce phénomène que très-raj)idement, vers le milieu de l'éclipsé. Les aigrettes, dont nous avons donné le dessin , nous parurent tranquilles comme les ravons qu'on voit entre les nuages au couclier du Soleil. M. Cepeda, qui observait près de nous, vit un rayon l'amifié comme* un bois de cerf; mais peut-être cette observation se rapporte-t-elle, ainsi que les suivantes, à la région de l'auréole. M. Fielitzch, à Castellon de la Plana, non loin du Desicrto , vit deux jets lumineux qu'il comparait aux branches d'une lyre. M. Struve, à Pobes, vit cinq rayons bien tranchés : l'un d'eux était recourbé en forme de crochet.
Le 29 août 18G7, M. Groscli vit deux grandes masses de rayons dans la direction de l'équateur solaire, et une double aigrette renversée près du pôle.
Fig. 124'
En 1868, on vit aux Indes de grandes irrégularités dans la couronne, mais nous manquons de détails précis. Ijijig. 124 a été dessinée par le capitaine Bullock, qui conduisit à Mantawalok les professeurs du collège de Manille. On y remarque surtout un rayon transversal , qui parut seulement deux mi-