II. i
III. Mais, dira-t-on, dans cette prétendue fusion, comment pouvons-nous comprendre la constitution de ces langues isolées, parfaitement définies?
1*^ Pour s'en rendre compte, il suffit de se rappeler quelques
ces mots d'encouragement : Quel disegno di Langley ha illuminato moite menti prima restie, sehbe/ie non l'i sia niente che V. S. non abbia gia descritto moite volte.. . Mi congratiilo che questa giustizia le sia alfine resa, in verità molto tardi! (Milan, 21 avril 1875).
Cependant M. Langley et d'autres ont prétendu que ce dessin présentait des phénomènes incompatibles avec notre théorie des taches. M. Langley ayant trouvé, par des procédés optiques (dont il a gardé le secret) que non-seulement la pénombre est rayée, mais encore l'ombre ou le noyau, croit cette structure inconciliable avec la supposition que, selon lui, nous aurions faite, que le noyau est une espèce de cuvette pleine de vapeurs stagnantes (a stagnant pool) et absorbantes, car les fdels y accusent un mélange et un mouvement de couches superposées et agitées qui contrastent avec notre théorie.
Nous sommes vraiment étonnés de voir qu'après avoir tant de fois insisté sur les éruptions comme la véritable origine des taches, on vienne nous attribuer l'étrange idée du « marais stagnant'». Mais nous comprenons très-bien ce qui a donné lieu à cette inadmissible supposition. Kous avons dit que dans certains cas (p. 187) et dans la période de CALME et de clôture des taches, les masses des vapeurs s'accumulent dans ces cavités on s'y enfonçant, et (ju'elles sont envahies par les courants de la photosphère environnante. Cette condition de choses, toute particulière à une phase déterminée de la tache, a été étendue par M. Langley et d'autres à toutes les phases possibles, et c'est là sans doute l'origine de cette erreur. Du reste nous avons bien souvent remarqué ces filets plus clairs, contournés et tourmentés dans l'intérieur même des taches {voir t. I, p. 96 et suiv., et fig. !\!\, /^5, etc.).
Or il arrive réellement que la tache examinée par M. Langley est dans une période tout à fait différente du calme; au contraire, elle se trouve au maximum de son paroxysme d'éruption, et peut être comparée à la tache de \^Jig- 27 et 28 (t. I, p. 62). Pour en convaincre le lecteur, il suffira de rapporter ici l'histoire de cette tache, que M. Langley n'a pu observer complètement à causedu mauvais temps, maisquenousavons suivie, favoriséparunciel clair. La tache fut observée par nous la première fois le 20 décembre , assez près du bord oriental; elle était formée de deux groupes séparés , l'un composé de trois petits points, l'autre de trois petites taches encore légèrement séparées : la superficie apparente était de 29 unités. On lui assigna le numéro d'ordre 192. Le jour suivant, il n'y eut pas d'observation. Le 22, le premier groupe s'était transformé en une tache ronde à trois noyaux séparés, disposés en triangle, et l'autre groupe dans une tache ronde il noyau simple; les deux parties étaient jointes par une chaîne de pores et de points. La superficie fut évaluée à 4' unités. Le 23, le changement était énorme ; la superficie était doublée (79 unités). La première partie avait un grand noyau, divisé par un pont très-large; la seconde (orientale) paraissait une grande fente, comme une bouche béante ayant les lèvres rapprochées au milieu ; une pénombre très-tourmentée et irrégulière la contournait, dont le bord boréal présente une grande similitude avec le dessin de M. Langley. La chaîne des pores était élargie; alors les changements se succédaient h. vue. Le i'.\, tout
J.r Soleil
^a^u/Ar// t/r/
phénomènes analogues de la Physique terrestre. D'abord les filets et les courants n'ont pas des dimensions infinitésimales ; ils ont une largeur de | ou 2 seconde et souvent de quelques secondes, c'est-à-dire de plusieurs kilomètres. Leur limite
était si changé de nouveau, surtout dans la partie orientale, qu'on n'y reconnaissait presque rien des apparences de la vciili'. L'axe de la grande fente s'était incliné; il n'y avait plus de stabilité; deux dessins faits par projection, à moins d'une heure d'intervalle, par le P. Ferrari et par moi, ne se ressemblaient point dans la forme de l'ombre, tant les changements étaient considérables ; la superficie atteignait lo/î unités. En regardant dans un miroir le dessrn de M. Langley, il n'est pas difîicile d'y reconnaître le contour général de notre dessin, mais la différence des temps est trop grande pour prétendre à une ressemblance.
Le 25, le tout était plus différent encore. La chaine de petites taches qui réunissait les deux principales s'était dilatée, et la seconde partie de la tache était divisée par des ponts et représentait à peu près et grossièrement un masque; la première avait quatre noyaux alignés et parallèles à l'équateur solaire. La superficie dépassait 125 unités. La fragmentation et les divisions continuèrent encore le 26, et la seconde partie présentait des noyaux serpentants; la superfice était de io5 unités.
Ainsi continua l'agitation et la subdivision jusqu'au 27, où les deux parties étaient tellement réunies ensemble par les petites taches innombrables que la surface présentait une seule masse de taches de l'étendue de I25 unités. 11 est remarquable que dans la première partie la ligne joignant les quatre noyaux avait tourné de 90°. Cette complication, impossible à décrire sans figures, dura jusqu'au coucher de la tache, qui eut lieu le 3o et le 3i, jours où le bord présenta un grand nombre de petites éruptions s'étendant sur un arc de 29 degrés du bord solaire.
Nous avons voulu rapporter l'histoire de cette tache, afin de prouver que les observations de M. Langley tombent précisément dans une période de crise la plus violentes où nous savons que les éruptions bouleversent tout, où nous avons les tourbillons de toute espèce {fig- 27), et à propos de laquelle il serait sans doute absurde de parler de « marais stagnant ». Dans ces occasions, les noyaux sont formés par les amas éruptifsdes vapeurs métalliques absorbantes plus denses, et l'on conçoit sans difficulté que ces vapeurs soient agitées et contournées en spirales, en filets minces, et jnêlées même de parties brillantes qui échappent à l'absorption. La supposition que tout ce bouleversement puisse avoir lieu dans un plan unique ne peut même pas se présenter à l'esprit. Ainsi nul doute que les courants mêlés et agités se superposent de toutes les manières, et que le « marais stagnant » est une absurdité; mais c'est bien à tort qu'on nous l'a attribuée.
Ce n'est donc pas sans raison que nous invitions, et nous invitons encore I\I. Langley à exercer sa rare habileté pour nous donner les détails des taches dans leur période de calme, calme cependant toujours relatif, car il ne faut pas s'attendre à trouver une stabilité quelconque là où il y a des mélanges de matières de diflérentes températures et densités qui produisent toujours des courants; cependant elles sont tranquilles en comparaison des paroxysmes que Jious venons de signaler.
Pour ne pas allonger cette note outre mesure, je renvoie le lecteur à ce que j'ai dit dans les IMcmorie délia Società spettroscopica, année 1875, p. 7 et suiv.
nous parait tranchée ; mais si, au contact des filets lumineux avec les masses oljscures, il y avait une transition diffuse de 3 ou [\ kilomètres, elle ne nous serait pas sensible. Dans notre atmosphère même, nous voyons des filets de gaz trèsminces se propager en se diffusant très-lentement. Doit-on être surpris que ces masses nous paraissent stables pendant les quelques minutes que dure une observation ? On sait du reste combien, lorsqu'on les surveille, elles changent d'un moment à l'autre : cela arrive dans les nuages , et même dans les liquides qui ont inie certaine différence de densité (eau et alcool, eau et sirop). Nous savons qu'un mélange parfait ne s'opère jamais qu'au bout d'un certain temps, qu'on peut seulement abréger par une agitation artificielle. Andrews a constaté la structure filamenteuse de l'acide carbonique à la limite de son passage de l'état gazeux à l'état liquide.
2.° Etant donnée une masse gazeuse de nature déterminée et de pression à peu près constante, il v a ime limite de température à partir de laquelle elle cesse brusquement d'être brillante. Au-dessus de cette température, les veines gazeuses sont parfaitement terminées et nettement séparées de la matière moins lumineuse qui les entoure. C'est ainsi, par exemple, que la flamme d'une bougie est nettement terminée sur son contour, quoiqu'elle soit composée d'un fluide élastique. Ainsi donc, même en supposant que la matière absorbante qui constitue les ombres soit à l'état gazeux, elle pourra être séparée de la photosphère par une ligne bien tranchée ; l'explication sera plus facile encore si l'on suppose que la photosphère est composée de la même manière que les nuages et les brouillards.
?i° Nous avons dit qu'on pouvait désigner sous le nom de nuage la matière qui forme le noyau obscur en arrêtant les
— VJl —
rayons lumineux, mais cette expression nous parait mal choisie. Un nuage est une masse opaque, composée quelquefois de gouttelettes liquides, quelquefois de petits cristaux ou de poussière solide. Or la matière éruptive qui forme le noyau d'une tache est transparente; elle est seulement douce d'une absorption élective qui dépend de sa nature chimique et produit dans le spectre des raies noires bien déterminées. Elle est donc gazeuse dans le sens véritable de ce mot; elle est même lumineuse, car les novaux ne sont pas absolument obscurs, seulement elle est moins brillante que la substance qui l'environne ; elle peut donc être pénétrée et envahie par des courants de matière photosphérique. Au contraire la matière de la photosphère est opaque, comme nous l'avons prouvé (t. I, p. 92.)
4" Ces courants photosphériques, étant plus chauds et plus légers, jKJurront recouvrir en partie la matière absorbante, flotter au-dessus d'elle et former un bourrelet sur son contour; ils [)énétreront à l'inlérieur avec un mouvement assQz lent, à cause de la résistance du milieu. Ainsi s'explique l'aspect que présentent les pénombres composées de courants et de rayons semblables à des langues qui se répandent sur la région sombre et la recouvrent progressivement.
C'est précisément cette série de phénomènes qui a suggéré à W. Tïerschel sa théorie des taches : il supposait une couche lumineuse percée d'un trou à travers lequel nous voyons une seconde couche obscure placée sous la couche brillante; la matière lumineuse se précipitait sous forme de courants pour aller remplii- l'espace vide. Celte théorie représente les faits matériels, et les choses se passent connue si cette couche existait réellement; l'erreur d'IIerschel consistait à donner aux faits observés une généralité qu'ils ne possédaient pas : il supposait dans toute l'étendue du globe solaire une couche
noire située au-dessous de la couche brillante, tandis qu'elle n'existe que dansl'espace borné où se produisent ces éruptions.
Tant que dure cette masse adventice qui produit le noyau de la tache, les courants de matière lumineuse qui pénètrent dans son intérieur [voir Jig. 211, 212) peuvent v nager à la surface ou s'y dissoudre en se refroidissant; ils peuvent même prendre un état différent de cehii qui constitue la photosphère et cesser d'être visibles. Ce phénomène peut s'expliquer de deux manières : la nappe absorbante peut être plus froide, et alors les courants cesseraient d'être lumineux, parce que leur température s'abaisserait au-dessous de celle qui les rend incandescents ; elle peut, au contraire, être plus chaude par l'action des gaz qui sortent de l'intérieur du corps solaire ; alors les courants composés de particules solides s'échaufferont, redeviendront transparents et cesseront d'être lumineux par eux-mêmes. Cette dernière explication correspond à la théorie d'Herschel et de Wilson, qui regardaient la photosphère comme un brouillard incandescent : la première sera admise par ceux qui pensent, avec M. Frankland, que la photosphère est à l'état gazeux proprement dit, et que sa vive lumière est due à l'action combinée d'une haute température et d'une forte pression sous laquelle tous les gaz donnent un spectre continu.
IV. Mais enfin cette théorie, qui regarde les taches comme formées simplement par les produits des éruptions, réduit l'explication de la tache à un effet de nuage. Elle amoindrit le grand phénomène solaire et le ravale aux conceptions mesquines de Galilée, Scheiner et Kircher. Est-ce là un progrès de laScience ? N'est-ce pas au contraire la ramener à son berceau ? Nous répondrons que, si ces faits sont exacts et si la vérité se rencontre au berceau, il faut bien y ramener la Science égarée, et que la grandeur des phénomènes de la nature ne doit
pas être mesurée selon nos idées préconçues. Mais nos adversaires confondent en réalité des choses bien différentes. Nous avons plusieurs fois insisté sur ce point, que toute tache suppose une éruption, que cette éruption a pour cause certaines actions intérieures du Soleil qui nous sont inconnues; que ces actions troublent l'équilibre solaire dans une vaste région, et qu'une portion seulement de cette région, qui est occupée par des vapeurs absorbantes, constitue la partie sombre, celle qui est appelée tache. Or énumérer ces faits, dont Fensemble est désigné par le nom de tache ( nom dérivé seulement de la partie du phénomène qui frappe les yeux du vidgaire), ce n'est pas ramener la Science à son point de départ. Si les Galilée, les Scheiner, les Rircher ont deviné le phénomène dans ses causes et dans toute sa grandeur, ils étaient loin de pouvoir appuver leur assertion sur des faits ; et, si la Science moderne a comblé cette lacune, si d'une hvpothèse elle a fait un phénomène positif, démontré par le spectroscope, est-ce que cela ne constitue pas un progrés, un grand progrès (').-^
V. Mais, dit-on encore, comment se fait-il que la nappe absorbante provenant de l'éruption reste si longtemps sans se dissoudre et sans se mélanger avec la matière photosphérique? Car l'observation nous apprend que certaines taches persistent pendant un temps très-considérable, trois et même quatre rotations. Nous avons déjà en partie répondu à cette objection; mais, comme elle est importante , nous n'hésitons pas à rappeler et à compléter notre réponse.
(') M, Capello a fait reproduire par la photographie une ancienne gravure trouvée à Lisbonne, où le Soleil est représenté comme un corps enflammé, avec des éruptions, des taches sombres formées par ces éiuptions, etc. Cette figure est due au P. Kircher, et on la trouve dans son Mundiis subterraneus, t. I, p. G^. H est inutile de s'arrêter à discuter une telle figure, qui n'est évidemment qu'un produit de l'imagination, accidentellement heureuse dans certains cas et absurde dans d'autres.
Ces taches si persistantes ne sont pas, comme on pourrait le croire au premier abord, à l'état de repos et d'équilibre ; la cause qui les a produites agit d'une manière continue, et quelquefois avec un i^edoublement d'intensité considérable ; de nouvelles quantités de matière, venant constamment de l'intérieur, empêchent la tache de disparaître, la modifient et la transforment lorsque l'éruption devient plus active, tandis qu'elles lui conservent pendant longtemps le même aspect lorsque la matière éruptive s'écoule régulièrement de l'intérieur à l'extérieur. Nous avons déjà parlé de ces redoublements d'activité, lorsque, à propos des mouvements propres des taches, nous avons signalé les sauts en avant qui se produisent d'ordinaire au moment où une tache prête à se fermer prend un nouveau développement [voir t. 1, p. \[\i . Si nous pouvions observer les éruptions sur la surface du disque solaire, nous verrions que ces j)liases et ces mouvements brusques en avant sont toujours accompagnés d'une émission abondante de matière éruptive. Il est impossible de faire directement ces observations; mais le fait n'en est pas moins certain, et nous en avons la preuve dans les changements de forme que les taches éprouvent constamment dans ces circonstances. La couronne de facules qui environne les taches cratériformes montre que, même dans ces taches qui paraissent si tranquilles, il y a un mouvement continuel de l'intérieur à l'extérieur. Lorsqu'on voit disparaître ces facules, lorsque le bourrelet qui entoure la pénombre s'abaisse, c'est que la tache est sur le point de disparaître, et l'on peut avoir la certitude que, au bout d'un jour ou deux, elle sera complètement fermée. Ces explications sont encore confirmées par une remarque déjà ancienne, à savoir que les taches durent plus longtemps lorsqu'elles sont peu nombreuses, aux époques de minima et de calme.
De tout ce que nous venons de dire, nous pouvons évidemment conclure que la réoion noire qui constitue le noyau d'une tache est un phénomène tout à fait secondaire : le principal c'est l'éruption. C'est, si on le veut, une espèce de nuage, une fumée provenant de l'intérieur du globe solaire, par une ou plusieurs ouvertures, et se réunissant en une seule masse, comme les jets de vapeur d'une solfatare qui, issus de plusieurs points, se réunissent pour former un seul nuage.
Nous avons cherché à répondre aux objections qui nous ont été faites par des savants illustres, mais nous ne nous flattons pas de les avoir persuadés. Chacun a sa manière de voir, et les opinions personnelles sont les plus chères, surtout lorqu'on se les est formées a priori, sans y être suffisamment préparé par l'observation. Nous ne prétendons pas que le dernier mot ait été dit par nous, car il reste encore à lever plus d'une difficulté. Ainsi, par exemple, nous ne connaissons pas encore bien la constitution de la photosphère, et deux opinions sont toujours en présence. Nous nous sommes fondé sur le principe de Kirchhoff ; mais nous savons que ce principe n'a pas la généralité qu'on lui a attribuée. Il y a par exemple la raie D3 dont le renversement n'est pas prouvé ; le renversement de quelques autres raies est encore douteux. L'hydrogène flotte au-dessus de la couche renversante, et il a un mode d'action particulier sous certains rapports. Les recherches ne sont donc pas encore terminées, mais nous sommes persuadé que le plus gros est fait, et qu'il n'y a plus qu'à continuer dans la même voie pour arriver à une solution définitive du problème.
Nous finirons ce long Chapitre par deux mots sur l'explication des facules. L'explication la plus simple est celle qui résulte du fait, déjà plusieurs fois constaté, que les facules sont
des élévations de la photosphère (twr t. I, p. 1 12). Par suite de cet exhaussement, la photosphère se soulève au-dessus de la couche absorbante, qui est assez mince, et les crêtes de ses vagues, échappant à l'extinction de la lumière, paraissent plus lumineuses. Cette élévation est souvent mesurable ; mais la couche, fortement absorbante, est si mince qu'une élévavation qui échappe à nos mesures, toujours difficiles prés du bord, est suffisante pour produire cet effet. Cela explique pourquoi les facules forment souvent autour des taches un bourrelet bien sensible; elles peuvent résulter de la force éruptive qui, agissant au centre pour y accumuler des quantités croissantes de matière, repousse et relève sur les bords la matière photosphérique ; elles peuvent provenir aussi de l'agitation qui accompagne nécessairement le mélange de deux masses de température différente. Lorsqu'une portion est ainsi soulevée, on y observe de longues traînées de vapeurs de fer et de magnésium, ainsi que l'a constaté M. Tacchini, Ces soulèvements ne constituent pas une éruption proprement dite, mais c'est une phase des phénomènes dus à l'activité solaire, et, autour des régions qui paraissent ainsi plus lumineuses, on remarque constamment une plus grande vivacité dans l'éclat de la chromosphère.
Mais il y a une autre manière de concevoir la production d'une facule. Une simple éruption d'hvdrogène doit creuser en dessous la couche métallique absorbante et mettre à la place une couche hydrogénée : celle-ci étant transparente pour la plus grande partie des rayons (car elle n'absorbe que ses quatre raies) doit laisser voir la photosphère plus brillante qu'auparavant. Il est très-difficile de constater avec exactitude les relations locales qui existent entre les deux phénomènes, lorsqu'on les observe à une époque de grande activité, à cause de la complication que présentent alors les protubérances.
mais il n'en est pas de même aux époques de calme. En observant alors avec beaucoup de soin et de précision, nous avons souvent remarqué de petites éruptions hydrogéniques non métalliques sur le bord oriental; le lendemain, au point correspondant du disque, nous constations la présence d'une facule très-vive qui, le jour suivant, présentait souvent un point noir en son centre. Il est impossible après cela de révoquer en doute la relation qui existe entre ces phénomènes.
Evidemment les facules ne sont dues qu'aux éruptions d'hydrogène, et en sont une conséquence soit directe, soit indirecte.
§ m. — Discussion de quelques autres théories des taches.
Nous ne nous arrêterons pas longtemps à cette discussion ; car déjà, dans la première Partie, nous avons suffisamment examiné plusieurs de ces théories. Il faut donc d'abord écarter toutes celles qui expliquent les taches par des scories solides nageant sur une surface liquide, à moins qu'on n'admette, comme l'a proposé quelqu'un, des scories gazeuses, car alors ce ne serait qu'une question de mots. Mais nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots de la théorie tourbillonnaire. Nous avons déjà formulé nos doutes à cet égard, et exposé les raisons qui nous portent à penser que les mouvements cycloniques, s'ils existent, sont très-rares et purement accidentels. Contentons-nous d'ajouter ici quelques remarque" bien simples, mais qui ne sont pas sans importance.
Dans le système tourbillonnaire, il faut admettre : i° l'existence de trombes ou d'ouragans tournants dans la photosphère solaire ; 2° en assigner la cause ; 3° expliquer les phénomènes des éruptions ; 4° expliquer les phénomènes spectraux.
i*' Que, dans la masse solaire, puissent exister des tourbillons, nous n'en doutons point : nous en avons dessiné et publié plusieurs [voir t. I, p. 88, etc. ) ; mais ces faits ne suffisent pas à établir une loi générale, qui seule est ici en question. Il faut prouver que ces mouvements existent dans toutes les taches, et que celles-ci suivent les lois mécaniques des cyclones. Or le nombre des taches tournantes est très-borné : on en compte au plus 5 ou G pour loo; et, pour qu'il fût possible d'appuyer la théorie sur ces cas isolés, il faudrait que ces taches satisfissent aux lois des cyclones, au lieu de n'offrir que des rotations accidentelles dues aux forces combinées excentriques des éruptions. Or cela est précisément le cas ordmaire.
D'abord, si nous examinons attentivement une tache circulaire dans la période où elle va disparaître, nous trouverons qu'elle se comporte alors tout autrement que nos cyclones; car nous savons que les cvclones s'élargissent progressivement, de manière à répartir la force vive dont ils sont animés sur une plus grande quantité de matière, ce qui diminue leur vitesse et finit par la rendre nulle; les taches font tout le contraire : elles se rétrécissent et finissent par disparaître en se fermant complètement. Quant aux lois de rotation, nous dirons qu'ayant soigneusement suivi plusieurs de ces prétendus cyclones, nous avons trouvé qu'après avoir présenté toutes les apparences d'une rotation déterminée, ils s'arrêtent pour commencer parfois ensuite à tourner en sens contraire, ce qui est absolument inexplicable dans un mouvement de rotation systématique. Donc, dans la plupart des cas, nous pouvons affirmer, d'après nos observations personnelles, que la force tourbillonnaire est un simple effet du hasard et non une réalité constante ayant une loi définie. De plus on devrait voir ces cyclones monter vers les pôles dans des arcs paraboliques,
comme dans notre planète, ou suivre une autre ligne théorique; mais jusqu'à présent on ne les a vu décrire que des arcs elliptiques très-courts et très-irréguliers. Il faudrait encore attribuer aux cyclones solaires une durée extrêmement grande et une stabilité prodigieuse, car ils persisteraient pendant plusieurs rotations.
Nous i^arlons ici de riivpotlièse tourbillonnaire telle qu'elle est présentée par ses auteurs : car, si l'on admet que ces tourbillons ne se forment pas seulement dans la couche brillante, mais qu'ils se font sentir jusque dans l'atmosphère gazeuse qui surmonte la chromosphère, nous sommes complètement d accord. Parmi les faits qui tendent à prouver l'existence des tourbillons solaires, le plus important à nos yeux, c'est la forme que présente d'ailleurs quelquefois la matière éruptive et la double courbure des protubérances [PI G^Jig. 4); mais ce fait ne prouve rien en faveur de la théorie tourbillonnaire, car la masse tournante est bornée à la chromosphère, et, tandis que dans notre observation la matière monterait, dans l'autre théorie elle doit s'engouffrer.
Sans doute, ces courbures sont des hélices vues par projection ; mais remarquons que ces hélices n'ont pas toujours leur axe disposé verticalement : il v en a qui sont fortement inclinées, quelques-unes même se trouvent dans la position horizontale (roïVp. ÇyS^fig. 171). Comment expliquer tout cela par une simple comparaison des tourbillons solaires avec nos cyclones? Il est bien naturel au contraire que, dans une éruption de matière gazeuse, il se produise des collisions, des changements de direction et finalement des mouvements tournants dans des directions quelconques, et souvent même bien définies; mais il y a loin de ces rotations accidentelles et peu durables aux mouvements systématiques dont on veut faire le fondement de toute la phvsique solaire. Enfin la rotation
des cyclones devrait être iiid/finif- <■{ durer autant que la tache elle-même : or ce^ rotatious ue eoutiriueiit presque jamais plus de deux jours; au troisième, elles cessent parle frotternr-jjt qii cJU-s r<'n((>siUcii\ . ou )<-hroussf'iit cticuiin [)ar \ (-ili-l <\ une inijjiikioii (ojih'aire.
2" Il fiiif assignj^r les causes de cette prétendue rotation svs!/'')ii.ifirjuc. I ri^ f|fs composantes est vite trouvée : c'est la rofr'itioji sol.iif c. fjiij fi/tr-rnuije nécessairement un mouvement rof;itoiff' (l-'ifjs l(-s ni;iss<'s f|ui se transportenf dniie région à I ;iutr'- |);ir- iiii'- ;i(tion ( onsïTgenfr' : Jii.iis il est éviflent que cette <u[is<- seul»; jje suffit ])as, car elle subsiste toujours, et nous n';i\r>n-. p.'is toujours des taclies. Pourtant on n'en a j>as iikIi'jn'- 'r;iMltcs. \fjus n en fV-rons jî.'is un rr'j>rocli<î a la tliéoue, eai , en j(-aljté, nous ne connaissons p;is <l;i\antage la vraie source des éruptions; mais enfin (<H(s-ri jiourraicnt J;i'ij foiitnl)M( (• ,1 f;iifc n;iiti(- l*-s toiu'lii lions, et ,'ilors pourquoi 1'-^ l'c|rt(;r/
')'' <)u:uit ;i I f\plir;itif)ii (]c\ j)]if'noinf'nes eruptifs, les p.ii lis.iii-. (l's louihilions s en d^'b;irTass<'nt assez facilement: il^ nu lit * .nifincni I existence d'éruj)tions véritables, ils déplorent nieiMc rintiodiu hou de ce mot. Mais, comme repousser tout r( l:i (I MU' minière absolue serait aller li'oj) loin, ("e ser.'iit eiifiii iini I e\i'|enee. \fj)ei |c nio\(;n ternie fju'ils ont ini;i;'ine. Selon eux. le Innihillon (;st la seule chose possible, ei (je plus il <loil exeiecf une aJjsorptiou à son centre. D.ins ce ( r-nli e donc s engouffrerait riivdrogene de la chromosj>liérc, comme les corps légers s'engouffrent dans les tourbillons 'I une ii\i(te; niiis ce gaz, à cause d(; sa légèreté, ne pouvant pas reste)- ,111 (ond.il sej;iil fejel(': ;j (lisl;incede Taxe du toiirfjillon. ou il reinontej';iii j siiniil.uit ;iinsi une éruj)tiori. Si cette tlir-f)nc II est p;is \r;iie. )| (;iiit hien duc fju'elle est ingCiJK^use ; mais ( oinineiil prouver tout cela.'
— :2llT —
Voici la réponse : im obsorvatour célèbre a, ilit-on. trouve que sur le no\ au des taclio. Kusqu elles sont au bord ilu Soleil, la chromosplière manque absolument; elle est ilone absorbée par l'axe ».lu tourbillon, ^'oilà la preuve demandée. IVs éruptions métalliques, on ne s'en occupe point; car, diton, ce ne sont que de faibles na[>pes soulevées de cette enveloppe ijui reuNcrse les raies spectrales : ce sont des masses réellement insiiïnitiantes.
Il N a une pi^litt^ ilitVuulte dans ttnit cehi ; c'est que l'i^bservation sur laquelle on s'appuie est /(n/>>r. l.n ettet. dans notre longue expérience, nous n avons jamais U\ni\c la chromosphère manquant sur les laehes; au contraire, elle n est toujours plus cle\ce : si elle [nnit jtaraitre plus basse ce ipn est très-rare \ c'est que l'indrouène e>^t remplace par des vapeurs métalliques, l ne >eule teis nous a\ons nu la cluomosphère manquer au bord sur un are d en\ nvn un dci^re i.\o longueur, loin île tmite tai^he, et elle paraissait cachée par un l'orps opaque. 3IvU>< la prétendue i.>bser\ation n est [nis seulement tausse, elle est impossible, car les tlvUnmes d Indroiïène qui couronnent le ^tuiltce doi\(M\t ètri" IraNcrsees au biM'd par leravmi Nisuel de lobservateni". et par la même elles doivent sinnder la présence de la couche chromos[>lK'rique. IV plus au centre des taches on ne voit jamais llivilrogène s'engimiUrer. mais bien plutôt sorlu'. Il ne n^ste ilonc rien des pi'etendnes preuves dt^ cette llunnae tirci^s des observations.
Si nos laâtiques avaient ■^euleiueiit vu qnelquetois les choses avec leurs veux, ils n'auraient lamats eti^ induits cai erreur par une assertion inexacte ou ambii;uê d un obser\atenr de mérite, mais qui n'avait peut-être pas d uistrnmenls appropries à ce i;enre particulier d observations.
Y Quant à l'explicatiim îles pluaiomèncs spectraux, la iheorii' lourbillonnaire n'en lient p.is compte; ainsi ipie nous
venons de le dire, elle ne les considère que comme des accessoires insignifiants. L'obscurité des taches est expliquée par la diminution de la température à l'intérieur du tourbillon, et les découvertes spectrales sont comme non avenues. En effet, on ne donne pas la raison pourquoi les raies noires renforcées appartiennent aux mêmes substances qiion voit briller au bord dans les protubérances, on ne se charge pas davantaoje d'expliquer les raies brillantes qu'on voit sur les noyaux des taches dans les grands changements qu'elles subissent, et qu'on ne peut expliquer que par des éruptions. Il ne serait pas difficile de faire rentrer dans la vraie théorie plusieurs des phénomènes qu'on invoque à l'appui de la théorie tourbillonnaire, mais nous devons la prendre telle qu'elle est présentée par ses défenseurs. Tl nous sera surtout bien difficile de l'admettre tant que nous verrons les gaz être lancés en haut, à la place même où leur théorie demande qu'ils soient engouffrés. On a cité à l'appui de ce fait l'observation de Lockver qui assure avoir \ u la chute de la matière dans l'intérieur des taches, qu'il appelle doivn rush. Cette chute est bien possible, puisque dans la tache il y a une température plus basse et un afflux de la photosphère tout autour produit par l'appel de la colonne sortante ; mais cela n'empêche pas que, de temps en temps, il n'y ait des jets vigoureux qui soulèvent la matière et produisent les phénomènes que nous appelons éruption; de sorte que, pour quelques cas de doiun rush, nous en avons de bien plus nombreux en sens contraire. La statistique de nos observations nous a prouvé que, pour loo taches bien observées, soit à leur entrée, soit à leur sortie, nous en avons 85 accompagnées d'éruptions.
Nous ne nous flattons pas que la théorie exposée dans le })aragraphe précédent soit absolument complète ; mais, si elle n'explique pas tous les détails, cela tient peut-être à ce que ces
détails sont encore mal connus. Dans tous les cas, ollc a sur les autres l'immense avantage de relier ensemble le plus grand noml)re des phénomènes observés. De plus, elle concilie entre elles plusieurs opinions cpn paraissaient comj)létement opposées : ainsi, elle admet les éruptions et les cratères comme le voulaient Cassini et Chacornac, les trous et les cavités comme Wilsou et Ilerscliel, les nuages comme Galilée et Kirchlioft. Une théorie ne saurait être vraie si l'on n'y retrouve pas l'explication des idées émises par les grands savants qui ont étudié attentivernent le Soleil, car ces hommes éminents ne se sont pas laissé guider par le caprice : ils ont cherché à exprimer à l'aide de leurs hvpothèses les phénomènes qu'ils avaient observés. Leurs oljservations étaient seulement incomplètes, mais elles n'étaient pas fausses; les nouveaux moyens de recherches que nous avons à notre disposition nous permettent de voir des détails qui leur ont échappé et de rectifier leurs vues dans ce qu'elles avaient de hasardé ; ces théories ont cependant un fond vrai, et la véritable explication doit donner la raison de tous les phénomènes observés par eux.
§ IV. — Des variations du diamètre solaire.
Tout ce qui vient d'être dit nous prouve que le corps solaire n'est pas solide et invariable à sa surface, mais qu'il est enveloppé d'une couche gazeuse incandescente dont l'épaisseur nous est inconnue. Peut-être que toute la masse est dans cet état; mais, laissant de côté cette question, il est certain que la couche gazeuse n'est point aussi mince qu'on l'a cru autrefois. L'étude des protubérances et des taches nous a montré que la surface entière de l'astre est parcourue comme par des vagues gigantesques qui, partant des régions équato- II. «4
riales, vont se concentrer aux pôles en y transportant les éruptions hydrogénées, et en entraînant les taches aux latitudes supérieures. Si la période de ces changements est bien constatée pour les taches, il n'en est pas de même pour les protubérances, à cause du petit nombre d'années d'observations que nous possédons ; mais, outre ces grandes oscillations, il y en a plusieurs autres à intervalles très-courts. En présence de ces faits, serait-il absurde de se demander si les dimensions de cet astre sont absolument invariables avec le temps, si sa forme est rigoureusement sphérique, et si son axe de rotation coïncide avec l'axe de figure et le centre de gravité? Nous ne le croyons pas.
D'un autre cùté, il v a assez longtemps que des astronomes distingués ont trouvé entre les valeurs du diamètre solaire résultant de leurs observations méridiennes des différences considérables, dépassant de beaucoup les erreurs admissibles dans des observations soignées, et cette question a été discutée à fond au commencement de ce siècle, surtout pour Lindenau et Carlini.
Encore à présent, malgré la perfection des instruments modernes et l'introduction des clironographes, il n'est pas rare de rencontrer des différences de 3 ou 5 et même de -y secondes en arc, et jusqu'à une demi-seconde en temps, dans les observations complètes des différents jours. Ces différences sont trop fréquentes, et présentent quelquefois une marche trop régulière, pour pouvoir être interprétées comme erreurs accidentelles des observations.
Ce qui frappe encore davantage, c'est de voir que, malgré la variété des méthodes et la perfection des instruments, la mesure du diamètre solaire a fait bien peu de progrès. Nous réunissons ici quelques-unes des valeurs adoptées à différentes époques dans les travaux astronomiques les plus importants.
Époques.
Auteurs.
ni:iiT