‹ Le soleilChapitre 7 sur 66 · PI A · texte numérisé non relu

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celui que présente un elianip dans lequel on brùlc des herbes après la moisson [PL A,Jig. 5). C'.cs flammes sont cpieUpiefois si petites et si fines qu'elles ressemblent an <;a/.()n (jni orne nos jardins. Ces petits filets sont é\ idcinnn ni des flammes dont les dimensions réelles sont extrêmement considérables, car ils sous-tendent des angles de { on ^ de seconde, c'està-dire que leiu' largeur est de loo ou 200 kilomètres, tandis que leur hauteur est au moins trois fois plus grande. Cette apj)arence de flammes jx'tites et fines se présente très-habituellement, surtout dans le voisinage de l'équateur; la direction des flammes change d'un moment à l'autre avec une rapidité effrayante.

Les petits filets analogues à des poils se remarquent surtout dans les régions de calme; ils recouvrent quelquefois des étendues immenses, et même plus du quart de la circonférence, toujours inclinés dans le même sens; mais on les voit changer brusquement de direction : de convergents ils deviennent divergents et réciproquement. Lorsque les filets sont très-bas, leur direction est ordinairement très-variable; elle n'est sensiblement constante que quand ils acquièrent des hauteurs considérables, par exemple i5 ou 20 secondes; alors ils restent stables dans une grande étendue.

Ces variations nous avaient fait craindre ([uelque illusion ; mais tous les doutes ont été levés par des observations faites simultanément par ^L Tacchini, à Palerme, et par nous à Rome (1872, 4 février, 18 juin, etc.). En comparant les dessins faits ainsi d'une manière indépendante , nous avons reconnu plusieurs points de rebroussement situés exactement a la même place, et nous avons pu nous convaincre que la structure du contour tout entier présentait la même apparence aux deux observateurs : il n'y a donc point d'illusion à craindre; les phénomènes que nous venons d'exposer au lec-

tour nv sont pas de simples apparences , ce sont des objets bien réellenuMit existants, fulèlcmont reprt'sentés à nos yeux par les instruments que nous employons pour les observer.

Jusqu'à présent, cependant, il nous a été impossible de formuler une loi relativement à la direction des fdets lumineux; la seule chose qui nous parait certaine, c'est qu'ils présentent des tendances très-diverses, suivant qu'on les examine à ime époque de calme ou à une époque d'activité solaire. Dans le second cas, leur direction est j)lus constante et plus régulière : l'inclinaison dominante est vers les pôles. Dans les époques de calme il y a moins de régularité, ou du moins cette régularité n'est pas aussi générale : elle ne règne habituellement que dans la région comprise entre le pôle et le 40*^ degré de latitude ; sur le reste de la surface , les fdets sont plus communément inclinés vers l'équateur : il n'est cependant pas rare de les voir disposés en sens contraire sur des espaces très-étendus. Actuellement (mai-aoùt iS^S) nous passons par une époque de calme où les taches et les protubérances font presque complètement défaut : la photosphère est très-basse , à peine 4 ''^ -' secondes; elle est quelquefois formée d'une simple ligne garnie de nœuds et de franges tellement petites qu'on a peine à les distinguer.

Il arrive souvent, surtout dans la région des taches, que la chromosphère présente l'aspect d'un réseau très-vif dont la surface, inégale et raboteuse, semble composée de nuages brillants analogues à nos cumuli ; la disposition de ces nuages ressemble à celle des grains de chapelet ; quelques-uns d'entre eux se dilatent de manière à former de petites élévations diffuses sur les bords {PL A,Jig. 6).

Ces élévations diffuses prennent tous les aspects et toutes les dimensions, jusqu'à devenir des protubérances; il n'y a donc pas de limite précise et tranchée entre ces deux sortes

(le phénomènes; lorsqu'un de ces monticules s'élève nu-dessus de 'io secondes, nous le rangeons parmi les protubérances.

Dans quelques circonstances on ol)s(^rve une diffusion considérable; les régions supérieures ressemblent à un crépuscule dont les teintes, vivement accentuées, vont en s'évanouissant progressivement ( PL A, fig. 7;; il est rare qu<' la surface soit parfaitement régulière comme celle d'un liquide [PL A.fig.^ ; on y voit assez souvent des pointes trèsbrillantes et très-courtes [Pl.A,/ig.g,'-, mais alors on peut être certain qu'une éruption violente est sur le point de se produire.

I.a chromos})hère existe sur tous les points de la surface solaire, même au-dessus des taches; il est vrai qu'elle n'a pas partout la même hauteur et que, en certains endroits, elle peut être très-basse. La clarté et la netteté plus ou moins grandes avec lesquelles on l'aperçoit sont le meilleur moyen de juger si l'état de l'atmosphère est favorable aux observations. Lorsqu'on ne la distingue pas bien nettement, lorsque son éclat ne parait pas bien vif, il est inutile d'observer, car on ne verra pas les protubérances dont l'éclat est ordinairement moins vif que le sien.

Dans notre longue carrière d'observateur, nous n'avons vu qu'une seule fois la chromosphère échancrée en un point; elle faisait défaut sur une étendue très-peu considérable, à un endroit qui ne correspondait même pas à une tache, ou plutôt elle paraissait éclipsée par un corps opaque qui laissait cependant apercevoir à la base un filet mince, mais assez \[sïh\e{Pl.A, fig. 10). On a quelquefois avancé que, au-dessus des taches, la couche rose devient extrêmement mince, lorsqu'elle ne disparait pas complètement : c'est une erreur manifeste ; non-seidement on aperçoit la chromosphère au-des-

sus (l(^s larlu's ot dans los (Miviroiis, mais nous v«MTons l)iontot que ilans cos régions vWc paraîl j)lus hrillanic c\ plus élevée.

3** La hauteur do la clu'omosphère n'est pas uniforme sur tdut le routour du dis(jue solaire; il v a surtout dcnix régions (jui sont particulièrement remarquables : ce sont les pôles et la région des taches. Dans la région des taches , on aperçoit souvent de petites flammes qui convergent vers les centres d'éruption; ces flammes ont quelquefois un aspect dentelé avec des ramifications; dans d'autres moments elles ressemblent a des cumuli garnis de pointes. Aux pôles, elles sont d'ordinaire plus élevées , mais les filets sont droits , trèsminces et très-brillants. L'état de la chromosphère dépend de l'activité générale du Soleil ; mais dans les régions polaires, même aux époques de calme presque absolu, il y a toujours une activité assez grande qui se manifeste par l'éclat et les dimensions des flammes que nous venons de décrire. Actuellement (août 1875) la chromosphère est plus élevée aux pôles qu'à l'équateur.

Lorsque nous aurons mieux étudié les relations qui existent entre les protubérances et l'état de la photosphère , nous pourrons faire remarquer que les granulations de la surface dépendent des filaments chromosphériques dont nous venons de parler; bornons-nous, pour le moment, à la description des phénomènes.

§ II. — Classification des protubérances d'après leurs formes.

Les protubérances se présentent sous des aspects si bizarres et si capricieux qu'il est absolument impossible de les décrire avec quelque exactitude. Sous ce nom de protubérance nous

désignons les phônomènos les ])lns varirs, depuis les simples exagérations dans l'épaisseur de la ( liioinosplière jnsfpi'aux éruj)tions gigantesques dont la hauteur peut atteindre le cpiarl du diamètre s<>lau'(% e'est-à-dii"e einiiuaute-cpiatre lois le iMNon de la reiT(\ Malgré cette iinineiise \aii(te de loinies, on a réussi, gràee à des observations nond^reuses, à ramener les phénomènes ordinaires à un petit nondjre de t\ pes que nousallonslaire connaître; mais, dans les crises violentes, ces flammes jirésentent des volumes si extraordinaires, des mouvements si i-a])ides, des intensités si variables, que TobservateiM- est plongé dans la plus profonde admiration et, en même temps, dans le plus étrange embarras, à cause de l'extrême dilliculté, de l'impossibilité véritable où il se trouve de reproduire exactement ce qui s'offre à ses yeux.

Nous croyons, dans l'intérêt de la science, ne pas devoir éblouir le lecteur en lui présentant pêle-mêle une suite de dessins, (^vacts sans doute, mais extraordinaires, destinés à le surprendre et à satisfaire sa curiosité plutôt qu'à l'instruire : nous chercherons à mettre un certain ordre dans celte exj)osition, afui de préparer les esprits à l'explication des jdiénomènes.

Il iinj)orte de se faire tout d'abord une idée exacte de l'ensemble des piotuljérances, comme nous les verrions si la lumière éblouissante du globe solaire qui nous cache ces appendices venait à disparaître complètement. Les figures des éclipses que nous avons re()ro(luites dans le volume précédent nous paraissent insuffisantes; nous avons représenté dans Vx fig. i(i() le contour du Soleil tel qu'il fut observé le 2^ juillet 1871; il faut remarquer que cette figure correspond à une époque de grande activité, et cependant les masses les plus élevées sont loin d'atteindre le maximum, car elles n'ont (jue 2'4o", tandis que nous en avons observé qui

atteipiaiciit y'^o' . Dans les époques de calme, elles sont bien moins nombreuses; on n'en trouve quelquefois que deux ou trois d'une élévation peu eonsidérahle. C^'est ee qui arrive aetu<'llement ^aoùt iBy.)), aussi serions-nous porté à nous demander si ce que nous avons vu tant de fois n'était pas un

Fig. i66.

Dans celte Jig. i66, on voit, à droite du pôle nord, deux n innnes opj)osées (1, 2) suivies d'un arc magnifique de cliromosphére garnie de petites flammes. Plus loin (3), on voit une masse énorme de jets qui se croisent dans toutes les directions : leurs sommets se diffusent et forment une masse nuageuse. Les flammes (4, 5) sont surmontées d'un nuage isolé et suspendu dans l'atmosphère. De 6 à 7, on voit une multitude de petites flammes et un autre nuage isolé. Tout

près du pôle sud (8 vt 9 ), nous trouvons deux autres masses de flammes : la première <'st inclinée veis le pôle, la scconile est ineliné(î dans la même direction, et, j)ar consécjuent, s'éloi<:jne du pôle. Au point 10, on \oit une masse de flamme inclinée en sens contraire (l<'s précédentes. Plus loin (11), une aiih'e masse composée de deux amas ( onxer^ents. Xons vovons (Misuite (12, 13) un ensemble très-compliqué de jets; 1 un «l'entre eux présente la forme d'un arc très-allongé enveloj)pant un graïul nombre tle IJammes du même groupe. Audessus d'une tache (14), on voit des jets très-vifs et très-brillants dirigés vers le pôle nord. Au n" 15, un petit groupe de jets divergents; puis (16) une flamme très-belle dirigée vers le pôle nord. Tout près du pôle (17), on remarque une chaîne <le jets verticaux semblables à des gerbes. A l'extrémité ouest t^n voit une figure délachée qui représente la variation subie en quelques minutes par la protubérance n" 13.

Ces protubérances ne peuvent être bien comprises que si l'on en donne un grand nombre d'exemples ; aussi allonsnous donner à cette question tous les développements qu'elle comporte.

Pour c[ue le lecteur puisse se former une idée exacte des caractères ])hysiques que présentent ces phénomènes lorsqu'on les observe au spectroscope , nous avons fait dresser, d'après nos propres observations , les PL li et suivantes, où les détails sont reproduits avec une admirable fidélité. Nous avons la certitude que ces dessins sont très-exacts pour ce qui concerne les caractères généraux. Pour nous assurer de la réalité des objets que nous avions sous les veux, nous avons entrepris j)lus tard, conjointement avec M. Tacchini et M. Lorenzoni , une série d'observations qui ne nous laissent aucun tloute à cet égard.

Ces figures sont tirées de la nombreuse série de dessins

que MOUS iv( lu'illons dopiiis sojU ans. Dans les planches li ot r, nous les avons choisies de manière à donner au lecteur des échantillons de trois structures fondamentales que nous appellerons structure filamenteuse, nuhiforme , raronnce. ÎSous nous réservons de donner plus tard les explications qui sont indispensables; les figures, que nous donnons en ce moment servii'ont de tvpes poiu' faire comprendre notre langage ; elles suppléeront à la multitude de dessins qui seraient nécessaires pour bien nous faire comprendre et qu'il est impossible d'exécuter avec la même perfection.

Mais il est une chose que la peinture ne pourra jamais reproduire : c'est la vivacité des teintes que présentent ces masses énormes , et la rapidité des mouvements dont elles sont animées au moment où la force éruptive les lance de l'intérieur au-dessus de la surface du Soleil. Les meilleurs (h^ssins seront toujours des corj)s sans vie, de véritables cadavres, si on les compare aux phénomènes que nous présente la nature : ces masses incandescentes sont animées (1 un(^ activité intérieure où semble respirer la vie ; elles brillent d'un vif éclat, et ces couleurs qui les embellissent forment un caractère spécifique , movennant lequel nous pouvons reconnaître, par l'analyse spectrale, la nature chimique des substances qui les composent : on ne peut retrouver rien de semblable dans les dessins les plus parfaits.

Les formes des protubérances sont très-multiples ; pour mettre un peu d'ordre dans cette classification, nous adopterons d'abord une division qui se présente tout naturellement à l'esprit; nous parlerons successivement, dans les deux paragraphes suivants, des formes simples et des formes composées.

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