‹ Le soleil de ma Bretagne dramevaudeville en trois actesChapitre 19 sur 39 · LOUISETTE, TONTON, ÉLOI · texte numérisé non relu

LOUISETTE, TONTON, ÉLOI

Tonton, avec un costume du genre de celui de I» Heine, mais tournant un peu au comique. Éloi, habillé très -grotesquement.

ÉLOI. Coquette ! perfide ! volage ! ,

tonton. A c’te cuisine, qu'on vous dit 1 Éloi. N’abusez pas de ma douceur I tonton. A c’te cuisine !

éloi. Ne me forcez pas à descendre...

TONTON. A c’te cuisine!

éloi. Tonton, vous dites toujours la même chose, vous n’aurez qu’un liard!

LOUISETTE. Eh quoi! toujours en querelles, Éloi! il faut être plus gentil pour sa femme; cl toi, Tonton ,*il faut te montrer plus aimable, plus tendre pour ton mari.

éloi. Ah! bien oui, tendre... figurezvous, reine, que pendant que je me desséche à votre cuisine, mon épouse fait de l’œil j tous les turbans de votre royaume, depuis les purs cachemires jusqu’aux simples bourres de soie. Voilà ce qui m’exaspère.

louisette. Comment peux-tu te plaindre? rappelle-toi notre arrivée dans ce pays, les dangers que tu as courus. . . vendus comme des esclaves, nous appartenions tous au maître, et si mes prières n'avaient touché

son cœur, ta femme elle-même

éloi. Ne m’en parlez pas, rien que d’y penser... et c’est qu’il avait voulu me faire gardien du séraiL.. à des conditions inacceptables... Mc voyez-vous, ainsi, obligé de garder ma femme, à laquelle on aurait jeté le mouchoir?...

tonton. De quoi vous mêlez-vous, je vous le demande?

éloi. Eh bien! reine, vous l'entendez...

pouvez-vous Cire surprise à présent de mes projets séditieux? Oui, je m'insurrectionnc... il me faut une vengeance, et je vais seconder mes marmitons, qui tous regrettent la cuisine orientale... j’en ai goûté, je la trouve atroce, mais j’éprouve le désir de m’y livrer avec ardeur ; j'éprouve le besoin d’en faire manger à ma femme... je mettrai tout au safran, du safran partout... du safran! c’est encore trop bon pour elle !

louisette. Pauvre Eloi ! retourne h tes fourneaux, mon ami, et songe qu’il ne serait pas juste de punir toute ma cour des torts de ton épouse... laissc-uous; je vais lui parler, et je te promets de plaider ta cause.

éloi. Plaidez, reine, plaidez, je m’en rapporte à votre éloquence, et je vais vous confectionner quelque chose de délicieux, un fricot mirobolant.

Ata : C et 1 tur l'herbage (Margot).

Votre cuisine Sera divine ,

Mais en retour, prenez mes intérêts.

Rendcz-ia bonne,

Et je vous donne

Tous les trésors du cuisinier français.

Il faut tûcher de parler à son âme.

De l'attendrir, de l’effrajer surtout.

J’ vous laisse ici, tâchez d’ fair’ un’ bonn' femme, J’aurai moins d’ peine à faire un bon ragoût.

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