LOUISETTE, TONTON
LOUISETTE, attife. Sais-tu bien. Tonton, que je ne suis pas contente de toi? car enfin, Éloi est ton mari, et ta conduite. ..
tonton. Mon mari , mon mari , c’était bon quand nous étions de petites gens...
mais quand on a des richesses... un certain rang , de la gentillesse, des adorateurs, on n'a plus besoin de s'occuper de son mari.
louisette. En vérité?
tonton. C’est-à-dire qu’il me semble que c’est un rêve... J’avais beau croire à la mère Tobv... je me disais que pour nous deux elle avait battu la campagne... Eh bien!... non... ça y est., nous y v'Jà, dans notre royaume ; v’Ià Tonton la pêcheuse de coquillages qu’est devenue la suivante d’une reine, et cette reine, c'est la petite Louisette, la batelière du hameau! Hein ! niam’sclle, sommes-nous heureuses toutes les deux, et vous surtout, majesté?
LOUISETTE. Heureuse! dis-tu, heureuse, lorsqu’on échange de ces honneurs, de cette puissance, de cette cour qui m’environne, je donnerais la moitié de mon existence pour vivre seule, ignorée, dans un coin de cette Bretagne ort j'ai passé les jours de mon enfance !
tonton. La Bretagne! c’est la Bretagne que vous regrettez! la Bretagne! avec ses paysans, ses pêcheurs, ses vilaines masures, tandis que vous avez ici, des palais, des vizirs, des pachas, de l'or, des diamants, des esclaves, et que vous êtes reine de tout cela!
LOlilSETTE. Eh bien ! si je pouvais revoir mou pa;s, si mon père vivait encore, si Étienne ne s'était pas à jamais séparé de moi, quels que soient les liens qui m'y attachent, je quitterais ce royaume, ce rang, ce litre de reine , et je serais la plus heureuse des femmes, rien qu'il voir ma chaumière, mon costume villageois, mon père et mon liincé!
tonton. En voilà des idées! Votre fiancé !
un matelot ! qu’a l'air renfrogné , pas gai du tout, et qui vous a quitté parce que vous étiez trop peu de chose pour lui... mais dites nn mot, majesté, un seul mot, et c’est un ambassadeur, un ministre, nn roi, qui sera votre fiancé.
louisette. Et tu crois qu'il me ferait oublier le pécheur î Tiens ! vois, si je l’oublie.
EUe fait mouvoir un panneau a !a gauche de ■ l'acteur.
Tonton. Ah 1 mon Dieu ! qu'est-ce que je vois ï qu’est-cc que c’est que ça?
louisette. Reconnais- tu cette plage?
tonton Est- il possible? oui, voilà bien les bords de la mer. .. les rochers de la côte. . . ici la chaumière du père Maurice.... là-bas le bailliage, i côté l'église ; c'est le pays, c’est notre village; mais par quel miracle?
LOVISBTTB.
Am : Dam Vouragan.
Lorsque delà puissance Tout me fît un devoir.
Quand de revoir la France Nous perdîmes l’espoir.
Pour consoler la reine,
Ici l’on retraça L’endroit où près d'Étienne Son heureux temps passa.
Souvent je m’y promène.
Tout mon bonheur est là.
De mon beau paysage D'ici je vois l’image,
Et quand je la vois,
Souvent je me crois A mes heureux jours d’autrefois ,
D’autrefois.
L’ancienne batelière Reprenant scs habits»
Dans sa barque légère Pasic comme jadis.
Mais, hélas! quand je gagne,
L’autre bord de l’étang.
Ce n’est plus ma campagne Que je trouve à présent.
Je cherche ma Bi«-;agne,
Et cherche vainement.
Pour revoir son image
Je reviens au rivage ,
Et quand je la vois,
Souvent je me creis A mes heureux jours d’autrefois,
D’autrefois.
tonton. Tiens, c’est drôle! et à moi aussi, ça me fait de reflet... moi, qui faisais tout à l’heure l’esprit fort en parlant de notre pays... j’éprouve là, à le revoir... oh ! c’est drôle, il me semble que je ne suis plus si fière, si heureuse de mes beaux habits!
On cntfcnd du bruit. Canon et orage par iutcrvallcs. LOUISETTE. Quel est ce bruit?
tonton, regardant au fond. Ab ! mon Dieu! que de monde sur le rivage!... et comme le temps est sombre !... Bien sûr, c’est une tempête ; peut-être vient-on d’apercevoir quelque navire en mer.
louisette. En effet , ces signes de détresse... Holà! quelqu’un!...
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