ETIENNE, LE COMTE DE FLORAC
florac, au fond. Ah ! ah ! le fiancé me fait demander à l'instant même.
Étienne, à part. Le recruteur... mais je l’ai fait appeler pour me battre, avec lui; et maintenant, maintenant j’ai bien d’autres idées en tête... Trois cents livres.
FLORAC. Que veut-il donc? un duel... et pourquoi pas?... si le cœur lui en dit.
Étienne. Mais j’y songe; peut-être... oui, l’offre qu’il a fait ce matin?... Mais ce n’était que cent cinquante livres qu’il proposait ?
florac, le regardant parler teul, et marchant avec agitation. Qu’a-t-il donc ? est-ce qu’il est fou? [Haut.) Eh! l’ami, c’est vous qui m’avez fait appeler... à quel propos? * Étienne. Oui... je voulais... je pensais vous demander raison de... Mais ce n’est plus ça maintenant., je ne sais quelle révolution s’est opérée en moi.
florac. Je vais vous le dire, camarade !
En mon absence, vous vous êtes monté la tête... Il .vous fallait ma vie, et maintenant que le danger approche, que je suis devant vous... le cœur vous manque.
Étienne, avec mépris. Monsieur...
florac. Me suis-je trompé? c’est possible; mais alors que me voulez-vous?
Étienne. Ce que je veux ? Vous êtes recruteur, n'est-ce pas?
florac. Sans doute.
étif.nne. Et vous êtes chargé de donner cent cinquante livres à ceux que vous enrôlez dans la marine royale ?
florac. Mais les hojnmes sont hors de prix... j’ai cil beau faire; je n’ai décidé personne.
Étienne. Je connais un habitant de ce hatneau qui s’enrôlerait volontiers.
florac. Son nom? •
Étienne. La marine n'aurait pas un sujet plus dévoué, plus disposé à donner sa vie pour l'honneur de son pavillon.
florac. De tels hommes sont rares!
Étienne. Aussi l'homme dont je vous Parle ne se contenterait-il pas d’une somme de cent cinquante livres.
florac, à part. S'agirait-il de lui ? bravo ! J aime encore mieux ça pour m’en débarrasser... (/faut.) Mais encorequ’elles seraient se» prétentions?
• * Le Comte, Etienne
Étienne. Le double!... trois cents livres.
florac. Peste ! la somme est considérable, et je ne pourrais sans voir cet homme , qui s’estime le double de tous les autres.
Étienne. Cet homme est devant vous !
florac, à part. J'en étais sûr. [Haut.) En vérité?
Étienne. Et prêt à signer son engagement.
florac. Vous partiriez à l’instant même?
Étienne. A l'instant même !
florac. Et votre fiancée?
Étienne. Oh! ne me parlez [tas d’elle...
ne réveijlcz aucuf! souvenir dans mon cœur;
, répondez par un seul moL . . voulez-vous de ' moi pour trois cents livres? *
florac, tirant un papier et une bourse.
. Signez, et jé paye comptant...
I Ktiçnnc s'empare de l'Engagement et de 11 plume . que lui présente le Comte, et il signe sur un tonneau.
florac, à part. Bravo! je suis un peu plus que sergeut; j’ai le rang de capitaine dans la marine. . . et le roi me remerciera du brave soldat que je lui donne.
F.NSEMBLP..
I A i r de la Savonnette impériale.
ÉTIINNI.
(I fallait bien me vendre Pour avoir eei argent.
Mais il ne peut comprendre Quel est mon dévouement.
PLORAC.
Consentir à se vendre,
Et partir à l’instant !
Je ne puis rien comprendre * A cet enrôlement. •
florac, à part.
Pour mon amour quelle excellente affaire!
Étienne, a pan.
Il faut la quitter à l’instant, • *
Mon départ va lui rendre sou père.
Remettant l'engagement au Comte.
Voilé l’écrit...
plorac, lui donnant ta bourse .
. Et voilà votre argent.