CHAPITRE XVIII La Vérité
i. II y a exacte vérité, lorsque tout vraiment concorde en l'homme, sa pensée, sa parole et son action, de telle sorte que ses sentiments intimes, il les profère de bouche et les réalise dans ses œuvres, suivant en cela l'exemple de l'apôtre saint Paul qui invitait les Philippiens à faire comme lui : « Frères, soyez mes imitateurs et remarquez aussi, pour les imiter, ceux qui se conduisent selon le modèle que vous avez en moi », c'est-à-dire, d'après la Glose : comme moi-même je crois, j'enseigne et je vis, faites de la même manière, vous aussi (i).
2. Il est véridique, celui qui garde, sans y rien changer, toutes ses promesses à Dieu et aux hommes, et qui tient sa parole une fois donnée, à moins qu'un changement ne s'impose par prudence
(i) C'est la glose interlinéaire qui commente ainsi le verset 17 du 3e chapitre de la Lettre aux Pbilippiens. L'auteur s'arrête après « je vis ». J'ai complété la citation. On peut la trouver au tome 6 de la Bible de Douai, col. 598.
salutaire : « Si vous avez promis ce qui est mal, manquez à votre parole, dit saint Isidore (i) ; et si votre vœu n'est pas honnête, changez de décision. » Dieu lui-même semble avoir changé d'avis quelquefois, par exemple dans le cas d'Ezéchias et pour les habitants de Ninive. De sa part, Isaïe avait annoncé à Ezéchias qu'il mourrait, et cependant le Seigneur lui accorda encore quinze années de vie, à cause de ses larmes {haïe, cb. 38, v. 5). A Ninive, Dieu fit prêcher par Jonas qu'elle serait détruite dans quarante jours, mais il la laissa subsister, parce que le roi et son peuple s'humilièrent dans la pénitence (jonas, cb. ?, v. 4 et 10) (2).
3. Le Christ est Vérité, et la vérité, en soi, est toujours aimable : cela doit nous encourager à l'aimer. Si, parfois, la vérité est pesante et insupportable à certains, cela ne provient pas de la vérité elle-même, mais de leur mauvaise volonté : ils en accompliraient volontiers les intentions perverses, s'ils n'avaient pas, contre eux, la vérité. Ainsi, la
(1) 2e Livre des Synonymes, chap. du Mensonge. P. L. t. 85, col. 858.
(2) Dieu ne change pas de volonté, il n'a aucune raison de changer. Le changement n'est pas en lui, il fut dans la volonté d'Ezéchias et des Ninivites. La prophétie de Jonas était conditionnelle. Dire que Dieu a changé d'avis, parce qu'il n'a point réalisé ses menaces, c'est parler de lui à la manière humaine, comme s'il s'agissait d'un juge qui revient sur sa décision. Les véritables décrets de Dieu sont immuables.