‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 118 sur 161 · LA TRISTESSE · texte numérisé non relu

LA TRISTESSE

heureux les affligés : s< Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés y (Matt., cb. 5, v. 5). C'est seulement par la tristesse qu'on peut trouver la joie, dit une glose sur l'épitre de saint Jacques (1).

Ce qui doit encore nous pousser à la tristesse, c'est son utilité. La vraie tristesse est plus utile que la vraie joie : « Il vaut mieux aller à la maison de deuil qu'à la maison de festin » (Ecclé., cb. 7, v. 2). Souvent, en effet, la tristesse nous humilie, tandis que la joie nous exalte. Et, conséquence plus malheureuse, il arrive parfois, après la joie et la dévotion spirituelles, que nous sommes, ce jour-là, moins retenus et moins circonspects dans nos actions que si ces joies nous avaient été refusées. Autre avantage de la tristesse : « Alors que les prières et le reste des bonnes œuvres agissent sur Dieu à la manière d'une onction caressante, les larmes, fruit de la tristesse, lui font violence et sont comme une piqûre, d'après saint Bernard (2). »

(Marc, cb. 3, v. 5) et de leur incrédulité, quand ils demandent un signe du ciel (cb. 8, v. 12) ; il pleure sur Jérusalem (Luc, cb. iç, v. 41). mais il se réjouit aussi dans sa prière d'action de grâces, acte de charité parfaite et de joie divine : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre » (Matt., cb. 11, v. 25).

(i) C'est la première fois que l'auteur cite « une certaine glose » (quaedam glossa).

(2) Le P. Berthier (p. 144) indique en note, comme référence, la Vigne Mystique, ch. )} (cet opuscule n'est pas de S. Bernard, mais probablement de S. Bonaventure, — voir p. 41, note 1). A ce chapitre, P. L. t. 184,

4. C'est une preuve que la tristesse est véritable, si la douleur allège l'âme au lieu de l'abattre, et si, bien loin de vouloir en être débarrassée, l'âme désire toujours une plus grande tristesse. Au contraire, c'est une tristesse inique, celle qui décourage l'âme et celle dont on s'efforce de se libérer aussitôt. Il est écrit à son sujet : « Un esprit accablé dessèche la moelle des vertus » (Prov., cb. /7, v. 22). « La colère de l'homme (elle provient de la tristesse) ne fait pas la tristesse selon Dieu » {Jacq., cb. 1, v. 20) (1).

Il prouve qu'il a la vraie tristesse, celui qui refuse à ses sens tout ce qui est délicat et recherché, et qui n'entend, ne voit, ne touche rien de ce qui peut apporter à sa tristesse un adoucissement. Il évite de même les lieux et les personnes capables de diminuer sa peine intérieure. Il n'ignore pas, en effet, que c'est une voie sûre de finir sa vie dans la vraie tristesse, selon cette parole de Y Ecdêsiaste , cb. 8, v. 5 : « Le cœur du sage se trouve là où il y a de la tristesse, et le cœur des insensés, là où règne la joie. »

col. 708-700, on parle bien des larmes, mais des larmes du Christ : Jésus a pleuré à cause de nous, et nous n'en serions pas émus jusqu'aux larmes ! On n'y trouve pas la pensée reproduite par l'auteur, et qui est aussi attribuée (note de l'édition du P. Jammy, Lyon, 1651) à saint Jérôme et à saint Augustin.

(1) D'après la Vulgate : « la colère de l'homme n'opère pas la justice de Dieu ».

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