LA LIBERTE
3. Pour nous exciter à l'ainour de la liberté véritable, considérons la providence de Dieu qui veut que nous soyons libres. Dieu adonné à l'homme le libre arbitre ; par là surtout, il le faisait semblable à lui-même, puisque rien ne peut forcer la liberté de l'homme, pas plus que Dieu ne peut être contraint par personne. Ainsi donc, Dieu a donné à l'homme la liberté : « Au commencement, il a créé l'homme et il l'a laissé dans la main de son conseil... il a mis devant vous l'eau et le feu ; du côté que vous voudrez, vous pouvez étendre la main. L'homme a devant lui la vie et la mort, le bien et le mal, on lui donnera ce qu'il aura choisi » (Eccli., cb. /5, v. /4, 16 et ij).
Celui-là, sans aucun doute, s'achemine vers la vraie liberté, qui s'oblige à observer inviolablement, avec ses vœux, les commandements de Dieu et les conseils, et qui préserve des plaisirs ses sens et son esprit ; de même, celui qui ne s'accorde aucune satisfaction défendue, et qui aime de tout cœur le joug de l'obéissance et fait tous ses efforts pour plaire à son Dieu. Et plus on s'applique à tout cela, plus rapidement on acquiert la véritable liberté et on s'y enracine plus fortement. Au contraire, à suivre en ce monde sa volonté, sans contrainte, en tout et autant qu'on le peut, on est enlacé dans les nombreux filets du diable, et alors qu'on est plus libre, semble-t-il, on est plus fortement et plus sûrement retenu captif et esclave du démon.
i5o LE PARADIS DE L'AME
4. Une preuve de la vraie liberté, c'est de ne pas désirer ce qui rend l'àme moins bien disposée à la i familiarité avec Dieu ou ce qui l'en éloigne, ainsi : la charge de supérieur, trop de préoccupations visà-vis de l'extérieur, trop de soucis du bien-être physique, la dissipation de l'esprit et l'occupation à différentes affaires qui dispersent l'àme, l'examen téméraire de la vie des autres et de leur conscience, le fait d'excuser ou de diminuer ses propres défauts, et de manifester ou d'aggraver les fautes du prochain.
Un autre signe de la liberté, c'est l'assurance intime que la faute et la peine du péché sont entièrement remises (i}. Cette assurance vient de la ferveur du cœur. Il arrive, parfois, que cette ardeur brûle intérieurement — comme un feu dans une fournaise, — et l'homme, tout à l'heure froid et languissant, elle le rend tout enflammé dans la prière. Une telle ferveur consume entièrement la j tache et la peine du péché, de même que le feu ] brûle la rouille du fer.
5. Il a la preuve qu'il est captif et esclave, celui qui n'aime pas le joug de l'obéissance, ni les corrections charitables et fraternelles; celui qui ne .
(1) Il ne faut pas exagérer la valeur de cette assurance intime; elle ne nous conduit pas à une certitude. Le té moignage d'une conscience qui ne nous reproche rien de grave est un des signes d'après lesquels nous pouvons seulement conjecturer que nous sommes en état de grâce.