CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
Que le souverain bonheur pour l'homme juste est d'être uni à Dieu et le malheur suprême d'en être séparé.
Les angoisses me serrent de toutes parts1, j'ai des luttes à soutenir et des tribulations à porter, si je ne me mets pas fréquemment et avec le plus grand soin en présence de Dieu, pour vivre toujours sous son regard ; car c'est là qu'est pour moi le souverain bien : hors de là c'est l'extrême misère.
i. Dan., xiii, 22.
Puissé-je persévérer dans cet exercice, afin qu'au moins je puisse contempler un jour la lumière dans cette lumière même1. Que la Sagesse se montre à moi et qu'en elle je puisse regarder toutes choses comme elles sont en elles-mêmes. Que je voie enfin cette pure et suprême Vérité, pour qu'elle me donne par elle-même la vérité sur toutes choses. Qu'elle m'éclaire sur moimême et me montre que je ne suis qu'un pur néant et qu'en moi il n'est rien de moi-même, si non ce qui, selon la vérité, doit être méprisé et foulé aux pieds par toutes les créatures.
Alors établi comme totalement en dehors de moi-même, me regardant de loin et me méprisant, et comme perdu dans cette pure Vérité qui est la Vérité de toutes choses, je n'aurai d'autre regard que le sien, elle qui pénètre tout, hauteur, profondeur, longueur, largeur; je contemplerai toutes choses comme elle, avec une souveraine sérénité, regardant avec égalité d'âme tout ce qui peut me paraître contraire et gardant la paix au milieu même de l'agitation.
i. Ps. xxxv. io, in lamine lao videbimus lumen.