CHAPITRE VINGT-SIXIÈME
Avec quelle exigence Dieu veut notre réforme et notre progrès tant intérieur qu'extérieur.
Je m'efforcerai sans cesse de me renouveler intérieurement devant la face du Seigneur qui voit, comme à découvert, jusqu'au plus intime de moi-même et de mes intentions et dont je ne puis éviter le jugement souverainement équitable : qui connaît jusqu'à mes moindres impulsions, et voit si quelque chose n'est pas pour moi ce qu'elle est pour lui; qui requiert strictement la conformité de tout mon intérieur à son image et des actes extérieurs de ma vie à la vie qu'il a menée dans la chair: de sorte qu'il ne revendique pas seulement quelque partie de moi-même, mais qu'il me veut tout entier et sans partage, lui qui m'a fait tout entier et qui m'a refait tout entier; qui, de plus, ue veut pas que le troue de sa gloire soit troublé ou inquiété par rien, ne jugeant pas qu'il y ait rien d'assez grand et d'assez fort dans le monde pour ébranler ou altérer le temple de la vérité.
Il veut que nous soyons détachés de toute chose pour être à lui et que nous soyons en fête
solennelle avec lui', exerçant sur nous-mêmes et sur loul ce qui pourrait nous troubler une autorité souveraine. Il veut que nous lui soyons unis et que nous jouissions de lui, comme si nous étions totalement établis en dehors de nous, faisant peu de cas de nous-mêmes et nous oubliant pour nous perdre en lui, ne nous souciant en rien de ce qui peut nous arriver soit au dehors, soit au dedans.
Il veut par là que toute notre liberté et toute notre sécurité lie viennent 'que de notre profonde bassesse, de l'abnégation de nous-mêmes et de notre conformité à l'éternelle et immuable vérité, à l'éternelle et immuable sagesse, laquelle doit posséder totalement toutes nos puissances spirituelles et sensibles, afin qu'elles soient, entre les mains de cette sagesse, des instruments dociles et vivants.
Il veut qu'à travers tous les événements, et qu'en toutes choses, notre regard s'arrête fréquemment sur la face de la sagesse, de la vérité éternellement immuable, de la justice et de la paix de Dieu, autant que le peut notre infirmité, et que nous ne nous laissions embarrasser par rien, de quelque importunité que nous soyons pressés.
i . Valt ut vacemus ei el solemniter cum eo Jeriemur. Vacare et Jeriari. C'est le sabbatizare des auteurs mystiques : idée de repos, de journée consacrée au
Seigneur.
Que les empêchements et les épreuves abondent, toujours nous devons sentir sous nos pieds la voie glorieuse, bien large et bien droite qui passe au milieu de toutes les tribulations. C'est là que nous apprenons à passer par-dessus tous les obstacles, non en les fuyant et en nous dérobant, mais en les regardant de ce regard assuré, paisible et surnaturel que donne la possession de l'immuable vérité.
>«ous y apprenons aussi à considérer d'un esprit plein de douceur ces mouvements si vains et ces transports de joie ou de douleur où les hommes se laissent aller, et, si tout en gardant la tranquillité de notre âme, nous ne pouvons porter remède à ces défauts, du moins à tout supporter, de ce lieu sûr et sous cette mystérieuse protection, où nul de ces maux ne peut arriver jusqu'à nous.