Busch, Chronicon Windeshemense, cap. liv
lui répondit le prieur, rapportez-vous-en à moi, je ferai pour le mieux. » C'est le bon Seutken, dont nous avons parlé plus haut, l'ami et le conseiller de Gerlac, qui, après la mort du saint religieux, fut chargé de réunir ces pensées éparses. Il les recueillit et les divisa en chapitres auxquels il donna des titres. Le tout s'agence si parfaitement que l'on soupçonnerait difficilement que le livre n'a pas été écrit sur un plan déterminé d'avance. Jean Seutken divisa le tout en trente-neuf chapitres, et lui donna le titre très bien justifié de Soliloquium '.
Le Soliloquium fut imprimé à Cologne, en 161(5, sous ce titre : Alter Thomas de Kempis,
1. Mur Puyol, dans son ouvrage L'auteur du livre de Imitatiorte Christi, p. 474, dit à ce sujet : « Vos de Heusden remit les notes au confesseur de Gerlac, Jean Seutken, qui en fit un recueil et les publia... Les notes de Gerlac étaient écrites en langue vulgaire, Seutken les a traduites en latin et les a mises en ordre. »
Seutken n'était ni prêtre ni le confesseur de Gerlac. Ce dernier n'a pas composé son ouvrage en hollandais, mais en latin; de sorte que Seutken n'a pas eu à le traduire en cette langue. Au contraire, on sait que Seutken a traduit plusieurs œuvres du latin en hollandais, et il est à peu près certain que c'est lui qui est l'auteur de la vieille traduction hollandaise du Soliloque, conservée dans un manuscrit de Deventer.
Lneairtre traduction dans la même langue, plusieurs fois réimprimée, est due à saint Nicaise* de Heese (f 1572), un des martyrs de Gorcum.
sive ignitum cum Deo colloquiiim, Rev. Dom. Gerlaci Pétri Daventriensis, Canonici Regularis, cosetanei quondam Thomse de Kempis etiam Canonici Regularis, solidas et lucidas docens semitas totiusvitse spiritualis ' . — Il fut réimprimé dans la même ville en 1849, par les soins de J. Strange, qui a suivi, dit-il, le texte de la première édition, en y introduisant cependant une modification : il a transporté après le chapitre ive le chapitre xxxvie de cette première édition. Nous n'avons pas trouvé que ce changement fût justifié, et nous avons repris l'ordre des chapitres tel qu'il était dans l'édition de 1616; celle-ci concorde d'ailleurs sur ce point avec le manuscrit (du quinzième siècle, n° 301) de la Bibliothèque de l'Université d'Utrecht, avec lequel nous avons collationné le texte imprimé, que nous avons pu ainsi réformer en quelques endroits.
Nous avons cru bon d'éclairer parfois le texte de notes explicatives et surtout de comparaisons avec des textes de Ruysbroeck, dont l'influence se fait manifestement sentir
1 . Le second Thomas A Kempis, ou Soliloque enflammé avec Dieu, du R. P. Gerlac Peters, de Deventer, chanoine régulier, contemporain de Thomas a Kempis, lui-même chanoine régulier, pour enseigner les voies sûres et lumineuses de toute la vie spirituelle.
sur Gerlac. Nous aurions pu pareillement rapprocher le Soliloque de l'Imitation. MgrPuyol, dans son ouvrage : L'auteur de limitation (p. 475) dit que « en regard de tous les fragments de Gerlac, on pourrait mettre un texte de limitation ». C'est une exagération, mais c'est un aveu dont il est bon de prendre note. Gerlac Peters et Thomas a Kempis ont reçu la même éducation, la même formation, ont vécu dans la même atmosphère spirituelle; ils portent des traits de ressemblance, comme tous les membres de ces premiers temps de Windesheim, dont les écrits nous sont parvenus. Chacun d'eux, cependant, sur le fond commun, a marqué l'empreinte de son originalité; mais ces traits de ressemblance nous dénoncent déjà le milieu d'où est sortie Ylmitation. Nous nous sommes abstenus pourtant de faire ces rapprochements entre Y Imitation et le Soliloque, pour ne pas charger de notes le bas des pages, et parce que ce parallélisme n'aurait vraiment un grand intérêt que dans la comparaison des textes latins, et qu'alors il solliciterait comme de lui-même une étude et une polémique qui ne seraient pas ici à leur place.
Le Soliloque a été traduit en diverses langues, en hollandais, en allemand, en italien, en espagnol, en français. En Allemagne, il
eut au moins sept éditions de 1730 à 1849.
La traduction française parut en 1667. Elle est faite sur une édition latine du Soliloquiiim donnée en 1659 à Paris. Cette traduction est maintenant à peu près introuvable. L'auteur n'a pas voulu se nommer; mais dans sa Préface et la Vie de Gerlac qui précède le texte du Soliloque, il donne clairement à entendre qu'il appartenait à l'Ordre des chanoines réguliers. La traduction est très élégante. Nous ne saurions prétendre à cette qualité. Si nous avons un mérite ce sera d'avoir serré le texte d'assez près et d'avoir rendu aussi fidèlement que possible la pensée de l'auteur.
En terminant, nous tenons à mettre sous les yeux du lecteur l'Approbation qui figure en tête de la traduction française dont nous venons de parler. Les docteurs de la Sorbonne, chargés de l'examen du livre, s'y expriment en ces termes :
« Les Soliloques du pieux Gerlac, chanoine régulier de l'Ordre de Saint-Augustin, sont si pleins de l'esprit de Dieu, que portant par ce caractère toute leur Approbation, ils n'ont pas besoin de la nostre. Nous les avons lus avec toute l'étude et toute l'application que nous avons pu, en ayant esté si pleinement édifiez que nous pouvons rendre ce témoi-
gnage public, ny avoir rien veu de contraire à la foy ou aux bonnes mœurs : Nous avons mesme reconnu une si parfaite conformité de ce petit Traité avec ce divin chef-d'œuvre limitation de Jésus-Christ, qui passe communément sous le nom de Thomas à Kempis, que c'estavec beaucoup de justice que l'auteur de ces divins Soliloques est surnommé un autre Thomas a Kempis, ces deux écrivains et ces deux ouvrages ayant l'un et l'autre la mesmeté de style, d'esprit, de maxime et de sentimens pour la perfection de l'homme, et pour son établissement dans la vie spirituelle : ce qui nous fait espérer que ce dernier traité qui va paroistre en noslre langue par la version qui en a esté faite de l'original latin, ne sera pas moins bien receu, et n'aura pas moins de fruit, que cet autre qui a paru le premier, que l'on sçait s'estre acquis une estime universelle en toute l'Eglise, etavoir chaque jour encore un effet singulier en toutes les âmes religieuses. C'est nostre sentiment. »
Puisse ce vœu se réaliser pour la gloire de Dieu et le plus grand bien des âmes.