CHAPITRE TRENTE-HUITIÈME
Qu'il faut embrasser tous les hommes dans la vérité et dans l'amour.
Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche'. Jésus,, notre Epoux, est d'une nature si noble et si délicate que, dès que l'âme est occupée ailleurs, alourdie, chargée de quelque fardeau, elle perd cette union de jouissance dont elle était gratifiée, car le Verbe n'a rien de commun avec les accidents. Il faut donc tout laisser derrière soi, et, de la manière la pins noble et la plus su-
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blime qu'il est possible, s'efforcer de jouir de Jésus notre Époux et de s'unir à lui dans l'amour, dans cet amour par lequel lui-même jouit de luimême, au-dessus et en dehors de tout ce que notre pensée peut concevoir.
Aussi convient-il que nous nous tenions devant le Seigneur, avec tout notre cœur, dans un grand respect et une foi très grande, que nous nous sentions vivement altérés, et que nous puisions son sang vivant et chaud qui nous fera embrasser tous les hommes dans notre amour, pour les conduire à Jésus, qui est le Verbe, afin que nous lui soyons tous unis.
Là, nous trouverons ce désir ardent de souffrir pour son nom tous les affronts et toutes les incommodités, de ne faire aucun cas des importunités que nous pourrions avoir à supporter de la part fies autres, soit de leurs infirmités corporelles, soit de leurs infirmités morales, car, dans l'éternité, nous n'aurons plus à nous souvenir de ces infirmités, de ces importunités, de ces faiblesses, de ces imperfections dont nous gémissons tous ici-bas, et que nous avons tous à combattre.
Et comme nous ne savons pas à quel point notre prochain est agréable à Dieu et glorieux à ses yeux, ou du moins peut le devenir par la perfection et la pureté de sa vie, il n'y a rien de mieux que d'embrasser fréquemment tous les hommes dans la vérité et dans l'amour; aussi,
écartant de notre pensée toute idée désavantageuse, il faut nous efforcer de jouir d'eux en Dieu, comme de futurs compagnons de la béatitude éternelle, et de les unir au cœur de Jésus, dans ces hauteurs où il réside, prenant à cœur ceux-là surtout qui, parmi nous, paraissent moins parfaits et moins dévots.
Mais, en attendant, tandis que nous vivons icibas parmi les orages et les tempêtes, que notre voix, la voix du cœur, chacun en son temps, à sa manière, du lieu qu'il occupe, résonne incessamment dans les hauteurs des cieux, en présence du trône de Dieu. Que le parfum d'une vie immaculée pleine de chastes désirs se répande comme un encens éternel et remonte à Dieu notre principe, afin que, comme les cieux firent tomber la rosée de miel sur la terre à l'avènement admirable du Verbe de Dieu, quand prit chair Jésus, notre Époux, et comme cette rosée continue de tomber chaque jour, par le don renouvelé qu'il nous fait de lui-même sur l'autel et par l'infusion de son Esprit et de. sa beauté spirituelle dans les âmes des élus : qu'ainsi les désirs de chacun montent de tous côtés vers Dieu, qu'ils correspondent à la grâce, et qu'ils s'étendent, avec l'amour dont ils sont pénétrés, sur le prochain, dans une dilatation infinie.