APPROBATIONS
Lu et approuvé:
Fr. Thomas Pègues, Sac. Theol. Magist. 0. P. Fr. Réginald Garrigou-Lagrange,
Nihil obstat :
Fr. Romain Bonhomme, O. P.
Sainl-Maximin, 5 janvier 1922
Imprimatur :
f Félix, ép. Foroj.
Tolone, die 9 janvier 11)22.
F-REFAOE
Sainte Catherine de Sienne
Née à Sienne le 25 mars 1347, Catherine était fille d'un teinturier, père de vingt-cinq enfants. Sa vocation dominicaine s'ajfirma dès l'enfance. Avec cette ardeur qu'elle apporta toute sa vie au service de Dieu, elle demanda de bonne heure à faire partie du Tiers-Ordre de saint Dominique ; on lui opposa beaucoup de difficultés, mais elle en triompha et à quinze ans elle était tertiaire.
Jusqu'à l'âge de vingt ans elle vécut au milieu de ses parents d'une vie presque céleste dans l'exercice de la prière continuelle et la pratique d' extraordinaires pénitences. Par une contemplation très élevée Dieu la préparait à la mission pour laquelle il l'avait prédestinée.
En 1367, Catherine reçut le privilège des divines fiançailles à la suite desquelles Notre- Seigneur l'appela à l'apostolat. Les douze années qui remplirent le reste de sa brève
v"> PRÉFACE
existence furent employées au bien des âmes et de V Eglise universelle. C'est un des faits les plus étonnants de l'histoire de l'Eglise que l'extraordinaire influence exercée par cette jeune fille. Elle commença par s'imposer à Sienne alors troublée par de terribles luttes intestines. Puis son ascendant s'étendit aux républiques voisines et on la vit successivement à Pise, à Lucques, à Florence, intervenir avec une souverain? autorité dans les affaires les plus graves. Enfin elle en vint à prendre en main les affaires générales de l'Eglise. Elle n'hésita pas à s'adresser aux papes et aux rois < au nom du Christ et en son nom. » Tous les pouvoirs, ecclésiastiques et laïques, recherchèrent son appui et lui confièrent plusieurs fois le sort des affaires publiques. Pendant dix ans ce fut la coutume en Europe de faire appel à Catherine pour pacifier les cités et réconcilier les peuples ennemis. En des circonstances extrêmement graves le Pape remit entre ses mains, comme il disait lui-même, « les intérêts et l'iwnneur de l'Eglise. »
Elle mourut à Rome lorsque venait de commencer la sombre période du Grand Schisme. Elle l'avait prévu et annoncé. Pourtant elle quitta ce monde confiante en l'avenir de l'Eglise qu'elle aimait nommer « la douce Epouse du Christ. » Ses dernières se-
moines jurent marquées par des souffrances mystérieuses et terribles, supportées pour la pacification de cette Eglise à qui elle avait consacré toutes ses forces et pour laquelle elle désirait « mourir cent fois le four et supporter toutes les tortures. » L'une de ses dernières paroles fut: «J'ai donné ma vie pour l'Eglise. »
Elle mourut le 29 avril 1380, à l'âge de 33 ans.
Le B. Raymond de Capoue
Frère Raymond, né à Capoue vers 1330, de l'illustre famille Des Vignes, fut un des hommes les plus considérables de son temps. Entré jeune dans la famille des Prêcheurs, il s'y distingua toujours par une rare vertu et particulièrement une tendre piété envers Notre Dame. D'abord directeur spirituel du célèbre monastère de Montepulciano, il vint ensuite à Sienne où Catherine, avertie par Ut Sainte Vierge Marie, le choisit comme confesseur. C'était l'époque où Catherine, ayant déjà entrepris son labeur apostolique, remplissait le monde de la renommée de ses œuvres. Désormais, le frère Raymond vécut dans son intimité. Elle le mit au courant des grâces merveilleuses qu'elle recevait et des affaires qu'elle se sentait poussée à
entreprendre. Et c'est avec le conseil et l'appui du frère Raymond qu'elle accomplit tant d'oeuvres considérables dont la bonne issue intéressait souvent au plus haut point le bien général de l'Eglise.
Lorsqu'elle mourut à Rome, une de ses dernières pensées fut pour le frère Raymond alors en ambassade pontificale: « Qu'il n'aie, dit-elle, ni découragement ni crainte, quels que soient les événements. Je serai toujours avec lui, je le délivrerai de tout péril. Et quand il ne fera pas ce qu'il doit, je saurai le reprendre pour le corriger. »
En effet, la bénédiction divine fut manifestement sur le ministère du Erère Raymond. Peu de temps après la mort de Catherine et selon sa prédiction, il fut élu Maître général de l'Ordre de Saint Dominique. Pendant dixneuf ans il gouverna avec une grande sagesse et un profond esprit surnaturel, dans le but de rétablir la discipline primitive affaiblie par toutes sortes de calamités. Il tient une grande place dans l'histoire dominicaine. Il fut un des principaux soutiens d'Urbain VI qui l'occupa à des légations fort difficiles. Son humilité lui fit constamment refuser V êpiscopat et le cardinalat. Il mourut à Nuremberg, le 5 octobre 1399. On lui rendit tout de suite après sa mort un culte qui a été ratifié par Léon XIII.
Les Lettres de sainte Catherine
Sainte Catherine de Sienne a écrit un grand nombre de lettres. La célèbre édition de Gigli en compte trois cent soixante-treize. Il y en a certainement d'autres. Récemment encore on en a découvert d'entièrement inédites. (1 )
Le but de ces lettres était tout à fait différent suivant le caractère des destinataires, lesquels appartenaient à toutes les conditions sociales. Parmi les correspondants de Catherln\& il y a des rois et des femmes du peuple, plusieurs papes, des cardinaux, des évêques, des religieux, des chefs de gouvernement, des hommes de guerre, etc. On ne pourrait désirer plus grande variété. Un bon nombre de ces lettres contiennent exclusivement des conseils de piété. Beaucoup d'autres s'occupent aussi des affaires politiques et religieuses de l'époque. Toutes sont animées d'une éloquence ardente et persuasive qui en fait un monument unique de la littérature du XIVe siècle italien.
Le mérite littéraire de ces lettres est reconnu de tous. Elles ont fait de l'humble fille 'du teinturier de Sienne un des écrivains clas-
(i) Huit ont été publiées à Londres par Gardner.
siques de la Toscane que des critiques italiens n'ont pas craint de placer au-dessus de son contemporain Pétrarque. Quoiqu'il en soit de ce jugement, il est certain que la prose de sainte Catherine est une des plus vivantes, des plus animées qui puissent être. C'est l'harmonie du parler toscan en son âge d'or avec la simplicité et la franchise d'allure d'un grand cœur, avec la lucidité d'expression d'une très haute intelligence.
Beaucoup de ces lettres, comme le Dialogue, ont été dictées en extase. Car Catherine dictait ses lettres, quelquefois en marchant dans sa chambre, les mains croisées sur sa poitrine, d'autres fois à genoux, toujours le visage tourné vers le ciel. « Elle dictait ses lettres couramment, rapporte le B. Raymond, sans la moindre hésitation de pensée, si bien qu'elle semblait lire dans un livre placé devant elle, tout ce qu'elle disait. Je l'ai vue souvent dicter à deux secrétaires à la fois des lettres différentes, adressées à diverses personnes et traitant de matières qui n'avaient rien de commun. Aucun des secrétaires n'avait à attendre le moindre instant sa dictée et aucun ne recevait de la sainte quelque parole qui fut étrangère à son sujet. Comme j' en manifestais mon étonnement, plusieurs qui l'avaient connue avant moi et l'avaient très souvent vue dicter,
PRÉFACE XIH
me répondirent qu'elle occupait quelquefois trois ou quatre secrétaires en même temps, de la façon que j'ai dit, avec la mente célérité '(et la même sûreté de mémoire. Pareil fait chez une femme dont le corps était si brisé par les veilles et l'abstinence, est pour moi le signe d'un miracle et d'une grâce infuse surnaturelle, bien plus que l'effet de n'importe quelle faculté naturelle. :>
Les trois secrétaires auxquels elle dictait ordinairement ses lettres furent Neri de Landoccio Pagliaresi, Etienne de Corrado Maconi et Barduccio de Piero Canigiani.
Neri, d'une noble famille siennoise, fut un des premiers disciples de Catherine qui l'avait converti. Il 'se mit à son service et, instruit par elle de la science des saints, il arriva à une très haute vertu. C'était une riche nature, l'un (tes plus gracieux poètes de son temps.
Etienne Maconi était aussi siennois. C'est en 1376 qu'il fit la connaissance de Catherine qui se l'attacha immédiatement. Compagnon de presque tous ses voyages, il avait pour elle une affection et une vénération sans
[l> B. Ray m. Legentl. Trad. Hugueny. Append.
XIV ['RÉFACE
bornes. En mourant, Catherine lui ordonna de se taire religieux à la Chartreuse où il mourut en odeur de sainteté.
Barduccio, florentin, le dernier venu des trois, fut le plus aimé de Catherine et vécut dans sa plus grande familiarité. Elle aimait à lui faire part de ses pensées les plus intimes. Barduccio mit à profit celte précieuse intimité pour atteindre une haute perfection spirituelle. Il est ordinairement mentionné avec le titre de Bienheureux.
Les Lettres au B. Raymond
Nous ne publions dans ce petit livre que les lettres de sainte Catherine au B. Raymond. On en a conservé dix-sept. Mais il est certain que Catherine écrivit bien plus souvent à son confesseur.
Des relations très spéciales unissaient ces deux grandes âmes. Catherine regardait le frère Raymond à ta fois comme son père et son fils. Elle l'appelait son père lorsqu'elle considérait en lui son confesseur, le dispensateur des sacrements, celui que Marie lui avait donné comme directeur de conscience. Mais quand elle considérait le disciple affectueux et tout attentif à recueillir les leçons de vie spirituelle et à développer la grâce qu'elle cultivait en son cœur, elle le nommait tendrement son fils. Le Frère Ray-
mond ne lui parlait jamais qu'en lui disant: Ma Mère. // y avait entre eux une amitié très étroite. On verra en lisant les lettres combien elle était surnaturelle: « Dépouillez' vous de toute créature, écrivait Catherine, et de moi la première. » Ils s'aidaient l'un l'autre à aller plus vite à Dieu, et à le glorifier plus parfaitement.
Cette correspondance s'étend sur une période d'environ quatre années, des débuts de 1376 à février 1380. Période profondément troublée d'abord par la révolte de Florence et d'une grande partie de l'Italie contre le Pape, ensuite par le lamentable schisme d'Occident. On trouvera des allusions quasi continuelles à ces tristes événements dans les lettres que nous publions. Afin de rendre la lecture plus facile, nous avons fait précéder chaque lettre de quelques lignes d'introduction rappelant les circonstances pour lesquelles elle fut écrite. Nous avons voulu aller plus loin en rétablissant l'ordre chronologique de ces lettrés. Ce n'était pas facile car jamais ou presque jamais Catherine ne datait ses épitres. Cependant, après avoir étudié le texte de près et nous être aidé des allusions aux événements publics, nous avons cru pouvoir proposer an ordre et fixer une date laquelle, il est vrai, n'est qu'approximative pour plusieurs lettres.
XNI PREFACE
La Politique de sainte Catherine
Si l'on veut bien comprendre les Lettres, il faut se souvenir du plan que Catherine avait j or nié pour la restauration de l'Italie et de l'Eglise, plan grandiose embrassant à la fois les intérêts de la religion et de la civilisation et dont elle poursuivit le succès avec ta ténacité des saints.
Pour restaurer la société chrétienne elle ne cessa de travailler à un triple dessein : le retour du Pape à Rome, la croisade et la Réforme des Pasteurs.
Le retour du souverain Pontije à Rome pacifierait V Italie et rendrait à la Papauté sa prépondérance universelle ; la Croisade serait d'abord un dérivatif aux passions guerrières des princes et des chefs de band?s et par là amènerait la paix, et ensuite protégerait la civilisation chrétienne contre les Jures devenus menaçants ; enfin avec la réforme des pasteurs l'Eglise produirait de nouveaux fruits de salut et reprendrait son empire sur les peuples.
Pour assurer le succès de cette politique élevée, Catherine intervint délibérément et avec décision auprès des divers souverains de l'Europe et plus particulièrement des Papes. Elle leur écrivit de nombreuses lettres qui comptent parmi les plus belles. Joer-