‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 6 sur 161 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Celui qui veut éviter la dispersion du cœur et se recueillir doit sans cesse considérer la fin de toutes choses et renoncer à toute consolation en dehors de Dieu.

Dans tous les événements qui surviennent et me troublent ou peuvent me troubler, toujours j'aurai présente la pensée de ma fin, toujours je me dirai : « Si en cet instant je devais paraître devant Dieu, comment me comporteraisje? » Et partout où je sentirai un empêchement, un obstacle, un voile entre Dieu et moi, partout il sera expédient de me dire à moi-même, si je suis moi-même cet obstacle, ou à tout ce qui en tiendrait lieu : « Retire-toi, Satan, car tu m'es à scandale devant le Seigneur1 » ; car je veux régler mon intérieur et mon extérieur, comme si ma manière d'être, ma conduite et chacun de mes actes fussent l'attestation éclatante que mon royaume n'est pas de ce monde*, et que je ne cherche pas sur la terre ma consolation et ma joie.

C'est ainsi que je veux me comporter en tout,

i. Matt., xvi, a3. — a. Joan., xvin, 36.

jusqu'au dernier jour de ma vie, me considérant comme un vase que l'on a rejeté*, comme mort au siècle, comme le rebut du monde*, comme renié et abandonné par lui, comme indigne du moindre don de Dieu pour le corps et pour l'âme, indigne même de baiser la poussière des pieds des élus de Dieu. Et ainsi rejeté et délaissé du monde, je veux moi-même lui demeurer étranger, afin que dans ce dénuement et clans ce vide intérieur que j'aurai fait en moi, je puisse sans aucun détriment me passer de tout ce que le cœur peut désirer en dehors de Dieu.

Que si toutes choses arrivent au gré de la nature et de ces tendances, mon âme refusera d'y chercher sa consolation3. Je désire passer ainsi inaperçu tous les jours de mon pèlerinage ici-bas me considérant comme un pèlerin, comme un voyageur qui ne porte rien sur soi, afin de pouvoir attendre en toute sécurité le jour du Seigneur, très riche et très pauvre tout à la fois, riche parce que je n'aurai rien à désirer, pauvre parce que je ne posséderai rien.

Je ne m'appuierai sur rien ni sur personne, mais je m'efforcerai en tout de rester intimement uni au Seigneur, puisque tout est appelé à s'évanouir et à disparaître. Si je m'attache à ce qui croule, je serai entraîné dans la même ruine.

i. Ps. xxx, i3. — 2. I., Cor iv, i3. — 3. Ps.

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