PROLOGUE
de faux deniers, ce n'est pas non plus avec de fausses vertus qu'on gagne le royaume des cieux.
11 y a aussi des vertus naturelles, inhérentes, pour ainsi dire, à notre nature : ainsi, l'humilité, la douceur, la modestie, la générosité, la pitié, la patience. Ces vertus-là et leurs semblables ne méritent pas la récompense éternelle ou le royaume de Dieu, mais seulement les vertus surnaturelles, que Dieu nous donne gratuitement.
Parmi ces dernières, il en est que les insensés regardent comme des vices. Ainsi jugent-ils que la justice est sévérité; la gravité s'appelle chez eux dureté de cœur, la prévoyance est dite avarice, la constance s'appelle opiniâtreté, et ainsi des autres vertus dont on a parlé plus haut. Pareillement, ce qu'on fait par humilité, ils disent que c'est fait par vaine gloire ; ce qui est fait saintement, ils y voient hypocrisie ou ostentation; ce qu'inspire le zèle de
apparent. Au début du chapitre, l'auteur affirme, de la façon la plus simple et la plus directe, en quoi consiste telle vertu, ce qu'elle exige précisément dans sa vérité et sa perfection. C'est une description brève plutôt qu'une définition.
Mais encore, une description demeure toujours théorique ; voici un exemple qui illustrera la doctrine et la rendra vivante. Et l'auteur, d'une manière presque uniforme, après avoir indiqué l'essentiel d'une vertu, la montre réalisée dans le portrait du vertueux.
Puis viennent les paragraphes où l'auteur nous parle des motifs de pratiquer la vertu, et des signes auxquels on peut reconnaître que l'on possède telle vertu (pour
la justice, ils le disent inspiré par souci de vengeance. Ce que fait la charité procède, d'après eux, de la haine ou de la rancune ; ce qui est un acte de dilection spirituelle, ils l'attribuent à un amour charnel ; ce qu'on fait dans une intention pure, ils le disent accompli en vue d'avantages temporels ; et ainsi du reste.
Il est donc difficile de distinguer entre le vice et la vertu. D'autre part, il y a des degrés en chacune de ces vertus : elles sont d'abord données à l'âme par la pure libéralité de Dieu ; une fois infuses, elles s'enracinent et s'accroissent, et en grandissant elles se perfectionnent. Aussi importe-t-il d'examiner, avec le plus grand soin, quelles sont les vertus de l'àme, véritables et parfaites, qui, seules, rendent l'homme agréable à Dieu.
Commençons par la charité, mère et joyau de toutes les vertus.
certaines vertus, leur fonction ou leur office tiennent lieu de signe distinctif ou s'y rattachent). .
Presque toujours, l'auteuT réserve, pour la fin de chaque chapitre, les signes ou les preuves de ce qu'il appelle souvent la fausse vertu : il rapproche ainsi le signe de telle vertu et la preuve du vice qui lui est opposé. Le contraste est frappant et instructif.
On jugera de la valeur du livre en le lisant. Chacun de ses chapitres fournit ample matière à réflexion.
Les paragraphes sont numérotés : i . Description abstraite de la vertu. 2. Portrait du vertueux. 3. Motif d'aimer la vertu. 4. Preuves ou signes de la vertu. 5. Le vice qui lui est opposé.