‹ Le soliloque enflammé de Gerlac PetersChapitre 66 sur 161 · CHAPITRE II L'Humilité · texte numérisé non relu

CHAPITRE II L'Humilité

i . L'humilité vraie et parfaite consiste à mépriser l'honneur que l'on vous rend et à ne point souhaiter d'être glorifié. Étes-vous vraiment humble, vous redoutez toujours qu'on ne vous honore quelque peu ! Et si cela arrive, au fond, vous en avez peur et vous vous attristez. Vous savez bien qu'à Dieu seul sont dus honneur et gloire.

2. Celui qui a la véritable humilité ne se vante jamais d'aucune grâce ni d'aucun titre de gloire, à moins qu'il ne veuille, par là, donner confiance en Dieu à ceux qui l'écoutent (i). Supposez qu'on raconte de lui, quelque action d'éclat ou les grâ-

(i) Parler de soi, en bonne part, est difficile et dangereux. On risque de s'enorgueillir, et pour si peu de chose !... La charité ne nous fait pas manquer à l'humilité (la vanité n'entre plus dans une âme qu'occupe tout entière la charité, disait saint Vincent Ferrier), si nous publions à nos frères, pour exciter leur confiance en Dieu, les grâces que ce Dieu nous a libéralement accordées, et qu'il peut départir, à eux comme à nous, par pure bonté : « Venez, écoutez, et je vous raconterai, à vous tous qui craignez Dieu, ce qu'il a fait à mon âme. » (Ps. 65, v. 16.)

ces dont il est l'objet, il ne peut l'entendre sans que son cœur en souffre et il s'abaisse lui-même : il n'ignore pas que ce qu'on lui attribue est la propriété exclusive de Dieu, a qui seul aussi toute gloire doit revenir (i).

Il ne se compare non plus à personne, ni à un supérieur, ni à un inférieur, ni à un égal. Il croit plutôt qu'aucun homme n'est plus petit que lui; et lui-même, il n'a de mépris pour personne. Dans son cœur, il ne méprise que soi ; il a un désir ardent que tous le méprisent, et il se réjouit grandement d'avoir été méprisé. Un tel homme n'appréhende plus aucun outrage, parce qu'il est audessus de toute gloire. « Il en est qui s'humilient faussement et dont le cœur est rempli de fraude. » (Eccli., cb. iç>, v. 23). Mais lui, au témoignage de saint Bernard, veut qu'on le tienne pour vil, et non pas qu'on dise de lui qu'il est humble (2).

Celui qui aime l'humilité doit planter en son cœur la racine de cette vertu, qui est la connaissance de sa propre fragilité. Puisse-t-il voir, non seulement à quel point il est vil et méprisable, mais encore jusqu'à quelle extrémité il le pourrait

(1) Presque chaque jour, à la première heure, les prêtres récitent cette prière de louange, qui est un bon acte d'humilité : « Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen. » (I Tim.,ch. 1, v. /7.)

(2) Serm. i6esur les Cantiques. P. L., t. 183, col. 853.

Page 1