L'HUMILITE
être, et il le serait, aujourd'hui même, si Dieu ne l'avait retiré, de vive force, de ses péchés, et s'il ne lui épargnait pas, actuellement, des tentations (1). C'est là, au fond de son cœur, que tout homme apprend à se connaître, et à reconnaître aussi que sa faiblesse le dispose à l'abîme dévorant de tous les vices (2). Le prophète Michée ne dit-il pas : « Votre humiliation est au-dedans de vous-mêmes ! » cb. 6, v. /4.
3. On fait l'éducation de l'humilité en s'exerçant, souvent, à des œuvres que personne ne remarque, qu'on méprise même. La Sainte Écriture nous enseigne que celui qui se refuse aux œuvres de l'humilité ne parviendra jamais jusqu'à cette vertu.
(1) Dieu ne violente jamais la liberté de l'homme, et celui-ci peut s'opposer à la grâce, méchamment et délibérément. Quand Dieu veut sauver une âme, malgré sa faiblesse ou sa mauvaise volonté, il réduit victorieusement toutes ses résistances et il l'amène, par une douce violence, à se rendre aux avances souverainement attrayantes de son amour. « Il te serait dur de regimber contre l'aiguillon », disait Notre-Seigneur à Saul encore persécuteur (Act., cb. 26, v. 14). On trouve, dans le Missel (4e dimanche après la Pentecôte), cette belle Secrète : « Recevez, Seigneur, nos offrandes, laissez-vous apaiser par elles, nous vous en prions; et, dans votre bonté, ramenez à vous, en les forçant (plus exactement : forcez vers vous) nos volontés même rebelles. »
(2) Nous avons toujours raison de nous défier de nous. Et si la grâce de Dieu nous a préservés jusqu'ici, la possibilité de déchoir et d'expérimenter, par nous-mêmes, cette « humiliation » du péché, suffit à nous maintenir dans rhumilité.
Ce qui favorise l'humilité, c'est de reconnaître en toute vérité que, par soi-même, on ne peut vaincre aucune tentation de la chair ou de l'esprit ; encore moins peut-on faire œuvre bonne et agréable à Dieu sans un secours spécial de Jésus-Christ.
4. Si quelqu'un s'abaisse au point de se sentir indigne de toute grâce, c'est une preuve que son humilité est vraie. De grâce, il n'ose même plus en souhaiteF"aucune(i). Dieu en laisse-t-il cependant tomber sur son âme sans qu'il le désire, c'est avec inquiétude qu'il la reçoit. Il va même jusqu'à penser qu'il vaudrait mieux être privé de cette grâce que de l'avoir, parce que, tant de fois et de diffé-
(1) Cette doctrine nous surprend, au premier abord. L'humilité, c'est la conscience d'une misère dans laquelle nous ne voulons plus rester. Et nous nous souvenons de la prière du publicain : « O Dieu, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur » (Luc, ch. 18, v. 13). Or la pitié de Dieu descend sur une âme avec la grâce et tous ses dons. Aurons-nous donc peur des dons de Dieu ? Mais non ; ce ne sont pas des pièges. Mais nous devons nous rappeler que toute grâce exige une fidélité plus grande, et « l'on demandera beaucoup à celui à. qui on a beaucoup donné » (ch. 12, v. 48). Par ailleurs, souvent, nous n'avons fait que démériter. Alors il serait plus juste que Dieu nous prive de sa grâce; nous aurions un compte moins chargé à lui rendre... Cependant, une autre parole de Jésus nous revient à la mémoire : « On donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance » (Matt., ch. 13, v. 12). Et lui-même nous invite à prier : « Votre Père céleste donnera l'Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent » {Luc, ch. 1 1 ,i\ 13). L'humilité ne nous empêche donc pas de solliciter les grâces de Dieu ; elle reconnaît, simplement, que nous ne méritons pas d'être exaucés.