LA TEMPERANCE
3. Ce qui doit nous conduire à la véritable tempérance, c'est l'ordonnance, toute pleine de sagesse, du Dieu « qui a tout réglé et disposé avec poids, nombre et mesure » (Sagesse, ch. 11, v. 20), et c'est d'après cette même disposition que toutes nos actions, nos mœurs et notre vie doivent être mesurées, comptées et pesées, au nom du Père auquel on attribue la mesure, par la puissance du Fils à qui c'est le nombre qui est attribué, en vertu de l'Esprit-Saint : on lui attribue la pondération.
A cette même vertu doit nous conduire l'exemple que nous' en donne l'apôtre saint Paul quand il nous dit : « Ne scandalisez personne, ni les Juifs, ni les Grecs, ni l'Église de Dieu. C'est ainsi que moi-même je m'efforce de complaire à tous, et ne cherche pas mon propre avantage, mais celui du plus grand nombre, afin que beaucoup soient sauvés » (/re aux Cor., cb. 10, v. 32, 33). N'a-t-il pas été vraiment tempérant, lui qui, sans blesser personne, s'appliquait à plaire à tout le monde?
4. Celui-là a la preuve de la véritable tempérance, qui se modère en tout : vêtement, nourriture, sommeil, bien-être physique et joies temporelles, et qui n'admet, en cela, que le strict nécessaire, sans aucune superfluité ni amour désordonné. Le vrai tempérant s'efforce de garder la mesure en toutes choses, excepté dans l'amour et la louange de Dieu et dans l'action de grâces, parce que « le Seigneur est grand, il est l'objet de toute louange »
(Ps.4j,v. 2), aussi faut-il qu'il soit aimé et loué de toute manière, sans fin et sans mesure (i).
5. C'est un signe d'intempérance d'avoir une conduite tourmentée et de troubler et d'inquiéter ceux avec qui l'on demeure. L'intempérant fait tout autrement que les autres, il ne se conforme en rien à personne, il n'approuve que ce qui lui plaît, et c'est pour l'accomplir qu'il fait tous ses efforts : intolérable à tous, il ne peut se supporter soi-même. Saint Augustin dit à ce propos : « Vous en avez décidé de la sorte, Seigneur : tout sentiment désordonné est à soi-même son propre châtiment (2) », et il est une peine bien plus grande pour les autres. Ismaël fut un de ces hommes intempérants. « Il sera sauvage, est-il dit dans la Genèse (cb. /5, v. 12); il lèvera la main contre tous, et la main de tous sera contre lui. »
(1) On connaît cette belle formule de Sévère de Milève : « La mesure d'aimer Dieu, c'est de l'aimer sans mesure. » Lettre de Sévère de Milève à saint Augustin. P. L. t. 33, col. 419.
(2) Livre 1er des Confessions, ch. 12. P. L. t. 32. col.
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