CHAPITRE XII La Compassion
i et 2. Compatir vraiment et parfaitement à l'égard de Dieu c'est être blessé au cœur d'une tristesse continuelle pour toutes les injures qu'il a reçues ou qu'on lui infligera dans sa personne ou dans ses amis (i). Toucher à ses amis, c'est comme si on le touchait lui-même à la prunelle de l'œil (Zacbarie, cb. 2, v. 8). Tous les éléments ont souffert avec le Christ qui mourait sur la croix (Matt., cb. 28,
On compatit véritablement à l'égard du prochain quand on partage sa souffrance, du fond de l'âme,
(i)La compassion s'inspire de la charité. Parce que nous aimons Dieu, nous souffrons, nous, des offenses qu'il reçoit; lui-même n'en peut souffrir. Dieu n'a pas besoin de nos consolations ; et Notre-Seigneur lui-même ne souffre plus : il a assez souffert durant sa vie mortelle. Nous prêtons, trop souvent, à l'Homme-Dieu, des sentiments qu'il n'a plus. Souffrir avec Dieu, c'est trop dire : c'est une manière humaine de parler; tandis que la compassion vraie se réalise totalement à l'égard du prochain, elle fait que nous nous affligeons réellement avec celui qui souffre réellement aussi.
pour ses afflictions spirituelles et corporelles, suivant l'exemple de saint Paul qui s'écriait : « Qui donc est faible sans que moi aussi je sois faible avec lui? Qui vient à tomber sans qu'un feu me dévore? » (IIe aux Cor., cb. u, v. 29). La Glose commente ainsi ces paroles : « Qui est faible dans la foi ou dans une vertu quelconque sans que je sois faible aussi? c'est-à-dire : est-ce que je ne m'en afflige pas comme pour moi-même? Qui est scandalisé, à cause de quelque chagrin, sans que je brûle du feu de la compassion ? » ( i )
Et à l'endroit de nos proches qui sont en purgatoire, la véritable compassion consiste à nous affliger grandement de ce qu'ils y endurent des peines rigoureuses, et principalement de ce qu'ils sont privés de la vision de Dieu et du bonheur qu'on en ressent; et pendant tout le temps qu'ils y restent, ils ne peuvent louer Dieu parfaitement. Cette affliction et cette compassion nous poussent
(i) Glose interlinéaire d'Anselme de Laon (voir ire note sur le chap. 4e, p. 37). Ce qui rend difficile la traduction de ces commentaires, c'est que l'auteur ne les rapporte qu'incomplètement, probablement de mémoire, et il y ajoute un peu son explication à lui. Voici le passage tel qu'il est dans la sainte Bible (éditée à Douai, en 1617, tome 6, col. 443, 444) : « Qui est faible, dans la foi ou dans une vertu, sans que je sois faible moi aussi? c'est comme s'il disait : J'en souffre pour lui autant que pour moi-même. Qui se scandalise du mal des tribulations, sans que je brûle du feu de la charité par laquelle j'y compatis ? »