LA PAIX
« Ayez la paix, et le Dieu de paix et d'amour sera avec vous >s (// Cor., cb. 1 3, v. //).
Nous conserverons la paix véritable, comme le dit saint Jérôme sur l'épître aux Ephésiens(i), si les uns et les autres nous aimons actuellement ce que nous possédons en propre ; si nous supportons jusqu'à la moisson — elle aura lieu au dernier jour — l'ivraie, les pèches, que nous ne pourrions pas extirper sans dommage pour le bon grain ou avec l'espoir de sauver ceux qu'il faudrait corriger ; si nous avons l'intention d'omettre même des œuvres de perfection — celles qu'on peut indifféremment faire ou ne pas faire — , et cela pour ne pas scandaliser les faibles.
4. C'est une preuve de la véritable paix que d'éviter tout lieu, toute personne et action qui causeraient peut-être du trouble (2). Une autre marque certaine de la paix véritable, c'est de garder ses vœux et les commandements de Dieu, toujours et partout ; le psalmiste ne l'affirme-t-il pas : « Il y a une grande paix pour ceux qui aiment votre loi »
(1) Le texte porte : Ce que dit saint Jérôme sur l'épître aux Éphésiens, conserve la vraie paix, si, etc. On n'a pas retrouvé cette citation dans les 3 livres de Commentaires de saint Jérôme sur l'épître aux Ephésiens, P. L. t. 26, col. 439 et suiv., mais bien dans la Glose de Pierre Lombard, P. L. t. 192, col. 196.
(2) Cela n'est pas toujours facile, et parfois, on ne peut éviter certaines causes de trouble. Dans ce cas, la prudence surnaturelle indique la conduite à tenir.
(Ps. u8,v. i6y). Enfin, un dernier signe d'une paix solide, c'est la soumission en toutes choses de la raison à l'esprit (i).
5. Au contraire, il n'a, manifestement, qu'une paix simulée, celui qui ne détruit pas toutes les causes^de trouble, et ces causes habituellement, foisonnent toujours, à savoir : la volonté propre, l'indépendance de l'esprit, une conduite qui se fait remarquer, la recherche de ce qui plaît ; il en est traité ailleurs (2). De même, elle n'est pas véritable, la paix que l'on a, grâce à autrui, et non par vertu
personnelle? Ainsi, certains hommes gardent la paix, aussi longtemps qu'ils ne sentent aucune 1 contradiction : tout ce qui leur va, ils le trouvent partout. Mais arrive-t-il quelque chose dont , ils n'aient pas l'initiative, ou qui leur plaise moins, voilà aussitôt perdue la paix de leur cœur. En vérité, la vertu de paix n'était pas en eux, mais bien plutôt chez les autres qui peuvent enlever, quand ils le veulent, une paix semblable (3). Aussi,
(1) L'esprit, ce met peut désigner soit l'Esprit-Saint lui-même, soie ses dons qu'il communique à notre âme, à notre esprit. Que la raison se soumette à l'esprit, cela revient à dire qu'elle agit en esprit de foi, sous l'influence de la charité.
(2) L'auteur renvoie peut-être à un autre de ses ouvrages.
(3) La vertu est un principe intérieur d'action. Les difficultés d'ordre extérieur ne la créent pas; elles manifestent sa réalité ou son absence. Il serait trop aisé de garder la paix, tant que rien ne vient la contrarier du