LIVRE »VI1I. ï
trace d'inquiétude ni d'agitation, et près de la vierge d'Underlacli, ses soins empressés , son langage , son amour , rien en lui ne paraît changé.
Mais tout est changé pour Elodie. Sou ivresse est dissipée. Le prisme a perdu ses couleurs, et le jardin ses mei'veillcs; tout est désenchanté autour d'elle. Les projets du prince lui ont été dévoilés ; le but de sa fête et de ses prestiges est connu. Elle se plaint d'une excessive fatigue; les danses et les chants n'ont plus aucun charme pour elle. INuî tableau ne ravit ses sens. Son regard est devenu indilFérent , sa voix triste et languissante. Elle attend impatiemment la lin de ces plaisirs qui commencent à lui être insupportables : et se retire enfin , heureuse de se dérober à des hommages qui désormais ne l'enivreront plus.
Vers le milieu du jour suivant, la fille de Saint-Maur se rend au salon de V^^b-
t6 le solitaire.
baye : la comtesse Imberg désire l'y entretenir seule quelques instans. Elodie prévoit le but de lentrevue demandée ; elle pressent quelque nouvelle persécution y et rassemblant toutes les forces de son âme , elle se dispose à lutter avec fermeté contre l'orage qui la menace.
La comtesse , ainsi que de coutume , ouvre ses bras à sa nièce : et l'ayant fait asseoir auprès d'elle , de l'accent le plus teïidx'e elle lui adi^esse ces paroles :
« — Chargée pai' la Providence du soin )) de veiller siu^ l'orpheline d'Cnderlach , )) j'étais venue en ces contrées pour )) remplir la tache qui m'était imposée ; )) mais au lieu d'un devoir à remplir, ici )) les jouissances les plus pures m'étaient )) réservées. Chère Elodie ! le Ciel m'a- :» vait refusé un enfant, je sens au fond )) de mon cœur qu'eniin aujourd'hui il )) a exaucé mes prières. J'ai obtenu , je * )) possède une fille, et je veux être entiè- » rement sa mère : ma fortune est con-