LIVRE XI
proteste de son innocence; en vain il jure que loin d'avoir armé les Liégeois , il est prêt aies aller combattre lui-même ; lien ne peut modérer la violence de mes emportemens. Je retiens le monar({ue captif, et je l'abandonne à ses remords.
» Quelques jours se sont écoulés. Des fenêtres de sa prison Louis XI voyait la terrible tour où le comte Herbert de Vermandois avait en 928 enfermé Cliarles-le-Simple , qui y perdit la couronne et la vie ; la honte , l'effroi , le désespoir tour à tour déchiraient son âme. 11 ne tenait qu'à moi de Le renverser du trône, de couronner lui de ses frères , ou de me ceindre moi-même le front de son diadème. Mes triomphes passés, mon empire et mon nom me permettaient toute entreprise , et me garantissaient tout succès. Alors un mol de moi pouvait changer la face de l'Europe. Engagé dans la carrière du crime , devais-je reculer! . . .
Il m'était facile , en m'emparant des états de mon captif, de justifier le châtiment de Louis XI par ses perfidies, et l'usurpation par la gloire. La France eut admiré l'audacieux conquérant; et les taclies de la trahison auraient disparu sous les palmes de la victoire.
» Violemment combattu, j'osai lutter encore contre les puissances de l'iniquité, qui par degrés s'emparaient de mon âme. Pour la dernière fois le Ciel laissa tomber sur Cliarles un rayon protecteur ; je me précipite dans l'appartement où , Uvré à la terreur , le monarque attendait sa sentence. — « Vos remords )) sont-ils sincères? m'écnai-je. Est-il » vrai que vous n'ayez point armé les j) Liégeois ? est-il vrai cpie, disposé à me y) suivre , vous soyez prêt à les combaty) tre? » Ma voix était sinistre , mon regard furieux , mes gestes menaçans ; la clémence était dans mon cœur, et la rage était sur mon front.