LIVRE xr. I-l
<ic l'Helvétie. Suivi du plus brillant cortège , muni d'un sceptre et d'un diadème y je pars. Instruits de mes projets , les cantons suisses envoient plusieurs députés implorer ma justice. — « Qu'es- )) përéz-vous gagner en notre pays sté- » rile? me dirent -ils. Toutes nos riy> chesses rassemblées ne valent pas les » brides de vos coursiers , ni les éperons y> de vos clievaliers. »
» Inutiles prières ! je suis aux portes de Granson. Une vigoureuse résistance m'est opposée , je surmonte tous les obstacles : la ville se rend à discrétion. Hélas ! dans le délire de la victoire, Charles, alors surnommé le téméraire y fait pendre la moitié de ses habitans et précipiterl'autrcdanslelacdelNeuchàtel.
» Mais , loin d'épouvanter et de sou melti-e les Suisses , comme je l'avais espéré, cet acte de barbarie souleva l'Helvétie entière. — (c Les montagnards , » me dit- on, s'avancent guidés par la
)) vengeance. » — « Ils ne sont pas si a fols (i),» répondis-je. Piiis, au lieu de les attendre clans la plaine où ma cavalerie seule les eut anéantis, je continuai ma route au milieu des Alpes , et m'enfonçai dans les plus étroits défilés.
» Au fond d'une gorge profonde, resserrée par des rochers élevés presque perpendiculairement jusqu'aux nues, je m'avance avec ime confiance aveugle.
Tout à coup au sommet de ces pics menaçans apparaissent les montagnai^ls. Ils accablent leurs ennemis d'une grêle de traits , renversent sur eux des quartiers de roches, et jettent le désordre et la confusion dans les premiers rangs de l'armée. Les Bourguignons veulent à la hâte passer le défilé : une lourde chaÎDC de fer (2) placée en travers de la route,
(1) Voyez tous les historiens.
(2) Celte chaîne existe encore; les Suisses la montrent avec orgueil aux voyageurs.