LIVRE xr
river jusqu'à mon oreille le cri de joie (le l'Europe entière. Je voyais déjà les lâches adorateurs de la fortune se réunir pour accabler le triomphateur tombé. Me roulant avec frénésie au pied d'un rocher solitaire, demandant à grands cris la mort, j'exlialai ma rage en blasphèmes. Tout à coup un voile épais couvre la nature ; le ciel s'obscurcit ; ma pensée s'égare 5 l'eau du torrent me paraît sanglante j les rameaux de la forêt me semblent autant de poignards suspendus sur ma tête; à la place des rochers je vois des monceaux de cadavres ; les ga/onset les roseaux me représentent N des flammes élevées de l'abîme; et comme Prométhée au Caucase j'attends le vautour dévorateur.
» Lne vapeur bleuâtre s'amasse et se condense au bord du torrent ; le vent nocturne l'agite, il étend le nuage informe, il l'exhausse; et, sculpteur invisible, il en tire un squelette gigantesque. T. II. 4'édlt. i3
l/\6 LE solitaire;
A cet ëpouvantaLle aspect, de la forêt part un cri d'iiorreur. L'onde sanglante bouillonne , et l'éclair brille dans les cieux. — (( Charles! s'écrie le spectre, » ton règne est passé. De revers en re- » vers, de supplices en supplices, d'a- )) bîmes en alDimes , tu rouleras jusqu'au ï) tombeau. »
)i 11 dit : la foucbe éclate , la nuée se déchire , et l'effrayante vision a disparu.
» Cependant, à la nouvelle de ma défaite, Louis s abandonne aux transports d'une joie immodérée. Le jeune duc de Lorraine était à sa cour ; il lui fournit quel- (pics troupes , et René part pour Nancy. Des émissaires français déguisés en religieux se rendent en Suisse^ de toutes pails ils prêchent une croisade contre les Bourguignons ; et la population entière de l'Helvétie s'anne aux cris de vengeance et de liberté.
» Pensais- je alors à me défendre ? m'oc-