‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 164 sur 205 · LIVRE XI, l · texte numérisé non relu

LIVRE XI, l

cupiùs-je à rallier mes soldats? reprenais-je ma vaillante énergie? non. Laterrible apparition du torrent avait entièrement changé mon être. Livide, l'oeil hagard, déchiré de remords, marqué du sceau de la réprobation divine , je ne formais plus de projets, je n'avais plus de pensée, je restais des heures entières sans mouvement, sans parole, sans souvenii' j et tout à coup, tel qu'une montagne embrasée, je sortais du plus profond repos pour vomir un torrent d'imprécations , brûlantes laves du délire.

» Dans un de ces accès d'égarement, repoussiuit le conseil de tous mes chevahers, malgré les positions avantageuses des troupes suisses et l'immense supériorité de leur nombre, je voulus combattre ; et le reste de mon armée périt au bord du lac Morat. Là, des ossemens de mes malheureux. Bourguignons , fut élevé l'épouvantable monument qui doit attester au.v siècles

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à venir, et mes ftireurs et ma démence.

M De même que les victoires suivent mie première victoire , les désastres suivent un premier désastre. Je pouvais facilement encore sauver les restes de ma puissance , et conserver une partie de mes conquêtes. Ma présence, ma valeur , mon nom , suffisaient pour imposer encore à la terre. L'Europe connaissant mon audace, s'attendait aux vigoureux efforts du génie ; inactif, je demeurai plongé dans la stupeur de l'anéantissement. On eût dit que j'attachais une sorte de gloire à me montrer aussi inconcevable dans les revers que dans les succès. On eût pu croire que j'étais fier ^le mes calamités , comme je l'avais été de mes triomplies; et que dans l'exagération plaçant le sublime, j'ambitionnais le comble de l'humiliation , comme j'avais désiié le faîte de la puissance.

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