LIVRE xr. 1C
tout à coup en songe le spectre du torrent m'apparaît : son front porte une couronne sanglante; des lambeaux de pourpre déchires couvrent son corps livide; etdesserpens rongent son cœur.
— (c Charles, me dit le spectre, le ciel )) est apaisé, tes remords ont désarmé y> sa justice; mais, pour être entière- » ment absous par l'Eternel, il te faut y) oliéir à l'ordre que de sa part je viens » t'imposer. C'est sous l'ossuaire de » Morat , c'est environné de tous les )) souvenirs de ta vie, c'est au monu- )) ment du crime et de la mort que tu y> révéleras ton nom à l'orpheline d'Ln- » derlach : tonDieu te l'ordonne ; obéis.» » A cette épouvantable sentence , je jette des cris douloureux, j'implore la pitié du spectre ; il me repousse , et disparaît. Je me réveille, l'esprit égaré, le corps inondé d'une froide sueur, et les cheveux hérissés d'horreur. Trois fois le sommeil malgré moi referme ma pau- T. H. f édlt. i5
pière , trois fois le songe se répète. Je ne piiis douter des volontés du Ciel. Au jour démon premier revers, le spectre du torrent ne m'avait point trompé en m' annonçant une suite de calamités.
Maintenant il me promettait le pardon du Ciel si j'exécutais l'ordre prescrit.... Ah ! la clémence éternelle ne pouvait être achetée par de trop cruels sacrifices : je me résignai, j'obéis.
» Je m'arrête : j'ai tenniné mes cruels aveux. Ai-je épuisé la coupe du malheur? Fille de Saint-Maur , j'attends votre arrêt. Quel qu'il soit, prononcez-le sans crainte; je le jure, aucune plainte, aucun reproche ne vous seront adressés par l'infortuné du mont Sauvage. Si Chai les est par vous condamné, vous ne le reverrez plus : s'il est absous. . . Oh, Elodie ! je n'ose m'arrêter à cette pensée. Est-ce à moi de croire au bonheur!... Que le Ciel m'accorde un par^