‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 185 sur 205 · LIVRE XII. îg · texte numérisé non relu

LIVRE XII. îg

<îant quelques instans il perd la voix, le sentiment et la pensée.

Cliarles a rouvert les yeux. Le comte de Norindall le soutient dans ses bras. A la pâle clarté d'un flambeau que le vent lui-même a rallumé, le prince autour de lui cherche la vierge d'Lnderlàch; mais, transportée à l'abbaye par Anselme , elle a disparu de la chapelle. L'enceinte sacrée est déserte; l'anathème et la mort en ont chassé l'amour et l'hymen. Jusque dans les parfums de l'encens est le soufïle de la terreur. Nuls pas humains, nulle voix mortelle ne rompent l'alleux silence des toml)eaux.

Sous ces fatales voûtes tout semble atteint par la réprobation; et Charles n'entend de loin à loin que le cri rauque de l'oiseau des ruines traversant d'un vol funèbre les galeries abandonnées.

Les douleurs irréparables sont muettes comme le cercueil. Celles de Charles ont T.U.i'^ê dit. 17

comblé la mesure des soufifrances humaines. Immobile de stupeur, ainsi qu'une effigie de lui-même, il regarde fixement son ami, comme si le souvenir d'Ecbert était effacé de sa mémoire. 11 se lève et marche , comme pour s'assurer qu'il a conservé le mouvement et la vie; il se touche avec surprise, comme s'il s'examinait poiu^ la première fois ; il se parle à voix basse , comme s'il se demandait qui il est.

S'éloignant d'Ecbert, il s'enfonce sous les voûtes obscures de la chapelle. Son oeil est hagard , sa marche est rapide ; contre une colonne il s'assied , penche son front vers la terre , laisse échapper de ses lèvres quelques mots incohérens, quelques sons bizarres, et paraît mystélieusement s'entretenir avec d'invisibles pu^sances. Ecbert s'approche , il lui parle... Charles d'un geste lui prescrit Ip silence, comme s'il écoutait quelquG 4Utre voix inconnue.

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