‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 194 sur 205 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

» lier et de délier.... un représentant du » Seigneur, Anselme lui-même. »

— « Vous, barbare!... s'écrie Charles y> en reculant avec elTroi. » — « Dieu )) puissant! poursuit Anselme, appelle à » toi l'infortuné. Que peut ma faiblesse » sans ton secours! Esprit divin, inspire- )) moi ! Que l'eau de réternelle vie dé- » coule du rocher aride! Que sur le déy) sert ténébreux, s'étendent les clartés )) célestes! Paroles de paix et de salut, » pénétrez jusqu'au cœur de Charles !

» Dernières forces de ma vie , élancez- » vous hors de moi-même '... Que je le )) sauve, et que je meure !... »

A ces mots , sid)jugué par une puissance inconnue, entraîné par un mouvement irrésislihle : — (C Dieud'Elodic!

)) interrompt Charles avec impétuosité , )) les crimes de ma vie ne sont donc )) point encore assez expiés !... Eh bien ! )) le dernier, le plus cruel elfort de Thu- » maine vertu, tu me l'arraches... Je T. II. ^'édit. 19

» tombe aux pieds de celui qui m'a tout )) enlevé sur la terre , qui m'a ravi plus )) que rexistence. J'implore mon pardon )) de l'homme qui fut pour moi le plus » barbare des hommes... Voilà le meur- )) trier d'Elodie ! et je vais le nommer )) mon père. »

Alors agenouillé devant Anselme : — - « Ministre du Seigneur! a-t-il repris, ré- » tracte donc ton anathème ! que toute )) barrière toml^e entre Elodie et moi ! )) Absous Charles-le-Téméraire , ouvre- » lui les voies immortelles !... Mon père, y> bénissez-moi. »

]Ën prononçant ces dernières paroles, sa voix expire sur ses lèvres. L'alFreux sacrifice est consommé ; ses forces l'abandonnent. Au pied de la croix qu'il emJ>rasse , Charles demem-e anéanti.

— a Arbitre des miséricordes ! s'é- » crie Anselme avec toute l'exaltation » de la foi chrélieniie , c'en est fait , tu » pardonnes ; je le sens, ton feu céleste

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y> est desceiulu sur moi, tu parles , tu )) m'inspires.... » Le pasteur des iidèles s'interrompt quelques instaiis , comme s'il entendait quelque harmonie divine, comme s'il recevait secrètement quelques paroles du Créateur; puis d'une voix presque surhumaine. — « Charles de » Bourgogne ! reprend-il , tes remords )) ont touché l'Eternel; tes souffrances )) ont expié tes forfaits : au nom du Dieu » clément , au nom du Dieu sauveur , » tous tes crimes te sont remis. »

11 dit ; ses regards étincellent ; son front est radieux. ; ses cheveux blancs l'ont environné comme d'une auréole éblouissante ; c'est Jean éclairant le désert; c'est Elie siu- le mont Carmel rendant la vie à la nature.

G puissance de la rehgion ! O merveille de la piété ! Le fameux Charles de Bourgogne, déchu de toutes ses grandeurs, dépouillé de toute sa gloire , perdu à toute espérance , mort à toute félicité , à

la VOIX d'un simple pasteur, au pied d'une croix solitaire, a senti descendre dans sonàme une paix inattendue, une ivresse divine; échappant au souvenir comme au remords, recevant des consolations inespérées, Cliarles aux premières portes du ciel a loin de lui laissé la terre.

Le comte de Norindall paraît alors à l'entrée du bosquet : il a tout appris ; il a tout entendu. — ce Ecbert ! s'écrie Any> selme , arrachez votre ami de ce fu- )) neste lieu! J'ai les derniers devoirs à )) rendre à l'orpheline du monastère. »

Ecbert craignait la résistance de Charles y quelle est sa surprise! le prince l'écoute, ne répond rien, mais se lève et le suit. Déjà tous deux, ayant gravi silencieusement la montagne, sont arrivés à l'ermitage. Hélas ! le comte de ISorindall a perdu aussi dans Elodie le seul être qui jamais ait fait battre son cœur ; et , forcé de retenir ses larmes, il lui faut, dévorant en secret ses douleurs, prodiguer

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