LIVRE XÏI
«Tes consolations quand lui-même est inconsolable.
Un projet inconnu semble absorber toutes les pensées de Cliarles. Calme comme l'insensibilité, muet comme la mort, l'oeil constamment fixé sur l'horizon , il n'a paru tourmenté que par l'impatience de voir finir le jour. I^a nuit enfin s'approche ; (Charles rompt le silence. — ^ (( Ecbert, dit-il, si tu m'aimes » encore , écoute ma dernière prière , » exauce mon dernier vœu. » — (C Parle, » répond Ecbert; eh!puis-je rienterefu- )) ser ! )) — « Pendant vingt-quatre heures, )) reprend Charles , laisse-moi seul à » l'ermitage ; ne me demande ni quel )) est mon dessein, ni quelle est mon es-
)) pérance mais au nom de mes mal-
» heurs , au nom de ton amitié , ne re- » fuse point ton frère d'armes : je te )) jure d(; ne point attenter à mes jours » et do ne point quitter cette contrée*
i222 LE SOLITAIRE,
)) Demain soir, à cette même heure, re- » viens auprès de ton ami, tu le retrou- » veras à l'ermitage. »
Le comte de INorindall ne saurait s'expliquer Tintention secrète de Charles , mais il ne peut que se rendre à sa prière. 11 va s'éloigner; il avait franchi le seuil de la cabane. — « Ecbert! s'é- » crie Charles d'une voix tendi'e etplain- » tive, un mot encore!.... Cher et géné- )) reux Ecbert , avant de me quitter pary) doinie-moi les coups atîVeux que je t'ai » portés : pardonne-moi les laimes que » je t'ai fait répandre : pardonne-moi y) tes soutFrances et tes mallieurs ! »
— (( Moi! s'écrie Ecbert, moi te par- » donner!.... As-tu pu croire que les sa- )) cj ifîces de l'amitié fussent des sup- )) plices ! que le dévouement fût le mal-
)) lieur ! O mon prince ! ô mon ami!
» n'étais-jepas ton compagnon d'armes?
y> n'avais-tu pas le droit de tout exiger, » de tout attendre de mon coeur? »