‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 6 sur 205 · LIVRE I. j · texte numérisé non relu

LIVRE I. j

ILeureux destin de la nature! le printemps lui rend la vie et la gaieté : Tarbre centenaire se ranime au soufïle vivifiant de la saison des amours : la plante languissante renaît avec l'aurore; la création entière célèbre le retour des beaux jours. O homme ! roi du monde par la pensée , mais souvent victime de tes priviléges; accablé par les souffrances, ou égaré par les plaisirs ; glacé par les années , ou enivré par la jeunesse; toi seul d;uis la nature ne rennis point avec l'aïu^ore, ne revis point avec le printemps!

Plongée en de religieuses méditations, des fenêtres grillées de sa toiux'Ue l'orpbeline du monastère contemplait le riant paysage d'Underlacli. Du coté du couchant, et vers le lac Morat, une haute montagne, couverte de forets, fixe plus particuUèrement son attention : — c( Mère Ursule (dit Elodie à la vieille

t4 LE SOLITAIRE.

«concierge du couvent), que les der- » nières teintes du soleil sont brillantes , » réfléchies sur cette immense roche! » — c( Vierge sainte ! détournez-en vos » regards ; cette roche est le mont Sau- )) vage. )) — (( Au miUeu de ces bois » épais, continue l'orphehne, nos mon- )) tagnai'ds n'ont-ils point quelques chay) lets?.... » — « Des clialets sur le mont » Sauvage ! répète Ursule avec horreur ; )) et qui oserait les y construire? qui )) oserait y fixer sa demeure ? )) Elodie sourit. — (( Cette forêt est donc bien eî~ ï) frayante ! cette montagne est donc » bien redoutée!....)) — (( C'est là qu'ha- )) bite le Solitaire. »

A cette dernière réponse, épouvantée du nom qu'elle a prononcé , la mère Ursule a tressailU. La nièce d'Herstall, craignant de l'affliger, n'ose la questionner davantage; et, d'un pas léger, descendant l'escaher de la tour, elle s'enfonce dans les bosquets du monastère.

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