‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 65 sur 205 · LIV-RK V. î4l · texte numérisé non relu

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?> Qu'entencls-je ! serait-il possil)le! Le n Solitaire du mont Sauvage ! » — (C Lui )) même. » — « Ils se sont vus !» — « Plu- )) sieurs fois. » — (( Us se sont parlé !... ))

— « Dans la galerie du monastère. » — (( Et comment pourrait-elle aimer?... »

— « Ecoutez-moi. La fille de Saint-Maur )) est dans l'âge des illusions et de l'eu- )) tliousiasme. Le Solitaire , jeune en- )) core , est , dit-on , le plus beau des )) mortels. Avant même de le connaître, )) l'orplieliue n'était occupée que de lui; » les étonnans récits de la contrée a v aient » enflammé sa jeune imagination. En- » tendant raconter sans cesse les faits )) courageux, les actions héroïques, les )) bienfaits éclatans, les traits sul)limes )) du Solitaire, Elodie, même avant de y> l'avoir vu , se l'était représenté comme )) un dieu tutélaiie descendu parmi les )) hommes. Environné de prestiges , de )) mystères et de merveilles, le génie » de la montagne lui est apparu tout à

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)) coup... La beauté de sa personne était y) une nouvelle magie; un être presque n céleste jetait sur elle un regard d'ay> mour... Comment résistera tant d'en- » chantemens ! »

— c< L'inconnu du mont Sauvage est » donc épris de Torplieline? » — « En » pourrais-jc douter! Invisible, il s'aty> tache à ses pas, et constamment s'ocs> cupe d'elle; il semble initié à tous les » secrets de la terre ; instruit de tous )) les évènemens passés, il lui révèle » jusqu'aux faits à venir. Les grands de la )) courdelNancylui sont connus. Par lui, » l'hymen projeté d'Ecbert et delaprin- )) cesse de Lorraine a été su d'Elodie; et » c'est lui dont l'héroïque valeur arracha » l'orpheline desmains de ses ravisseurs.

» Le Solitaire est sans doute un guer- » rier terrible. Seul, au pont du torrent, » il a terrassé la troupe entière du comte )) de ]Norindall. Que n'avez- vous entendu » Elodie raconter les détails de ce com-

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» bat suî"prenant! Avec quelle clialeiir » elle peint ce nouvel Achille dont le » bouclier seul , levé sur ses ennemis , » triompliait de toute une armée! Avec >j quelle admiration elle représente cet )) homme de la victoire , resplendissant )) sous ses armes guerrières, comme le » chef des archanges sous les bannières M célestes!... Ah! son enthousiasme m'a » révélé son amour. »

— « Et, quelle est son espérance?

» quels peuvent être vos projets?» — (ic L'ermite d'Underlach n'est point un )) mortel vulgaire, tout me le prouve.

)) Anselme, le croirez-vous? il a dicté )) ses ordres au comte de JXorindall!

)) L'illustre ami du duc de Lorraine est )) tombé aux pieds de l'inconnu du mont )) Sauvage : le Solitaire a e\igé d'Ecbert )) le saciilicc de sa llamme , et l'amant )) passionné d'Elodie lui a juré de fuir » ces lieux pour toujours.

» Puis-je douter maintenant et de la

>) puissance du vainqueur (.VEcbeï-t, efe ■)^ de son amour pour l'orpheline?...

» J'irai le trouver au mont Sauvage. )) — « Vous, Herstall! » — « Pourquoi (( cet effroi? Je connais les bruits po- )) pulaires qui menacent d'ime horri- )) ble catastrophe tout audacieux qui, » sans son ordre, ose gravir le mont )) Sauvage, et s'approcher de sa demeure; » mais est-ce à moi d'en être épouvanté? » Fût-il vrai qu'il ait puni quelques iny) discrets parvenus jusqu'à sa retraite )) pour en troubler la paix , ce n'est point )) au père adoptif de celle qu'il aime à )) redouter ses violences. La curiosité )) n'est point le sentiment qui dirigera y) mes pas vers sa mystérieuse habita- )) tien : le bonheur d'Elodie , peut-être » le sien même , nécessitent cette entre- )) vue. ))

— «Quoi! vous auriez conça l'idée y) bizarre d'unir votre nièce au Soli- » taire?.... » — «Je n'aiformé nul projet;

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)) je ne puis prendre encore aucune ré- )) solution ; mais je verrai le vainqueur » d'Ecbert. » — « Vous le verrez! dites^ )) vous; puisque vous le desirez, je le )) souhaite.» — «Vous doutez que je )) parvienne jusqu'à lui ! » — a Je n'at- » tends du Solitaire que l'extraordinaire^ )) le surnaturel et l'incompréliensilile. ))

— « Mais il s'at^Fra de sa propre desti- ))née! dit Herstall vivement; il faut )) qu'enfin le mystère cesse... )) — (c Le )) mystère! interrompt Anselmed'un ton )) proplièlique : malheur à vous, si vous )) touchez à ses voiles!... Herstall! qui » veut s'approcher d'ini abime court le )) risque d'être englouti. Il n'est pas un » montagnard d'Lnderlacli qui ne vous » crie avec moi : Ne graçfissez point le y) mont Sauvage. ))

— « Anselme ! que me font les su- » perstitions populaires! Je ne crois point » à la magie ; le vainqueur d'Ecbert n'est » qu'un homme : par des traits gêné-

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» reux il a prouvé <le grandes vertus; )) qu'ai-je à craindre de lui ! Les liienflnts » qu'il a répandus sont des actes con- )) statés; les actions coupables qu'onlui )) reproche ne sont que des conjectures )) vagues. Ma résolution estinébranlable; )) demain j'irai trouver le Solitaire. » — «Demain! dit Anselme se levant, il » suffit : demain je prierai pour vous. »

La fille de Saint-Maur n'ignore point la détermination qu'a prise Herstall de se rendre au mont Sauvage, et d'avoir un entretien particulier avec l'homme étrange qui se croit chargé de veiller sur elle. La viercre d'Underlach est loin de se flatter que cette entrevue puisse amener un résultat qu'elle désiie confusément, mais sur lequel elle n'ose arrêter sa pensée ; cependant une voix secrète semblelui dire qu'un grand événement se prépare,et qu'il va changer ses destinées.

PlusElodie voit approcher le moment

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OU le baron (THerstall portera ses pas vers la montagne redoutée, plus ses pi-ières montent avec ferveur vers l'arbitre suprême. LJne vague inquiétude eiTe sur ses traits jadis si calmes j ses mouvemens précipités déc* lent l'agitation de son àme. On la voit tout à coup tressaillir sans motif. Elle parle ou répond à la liàte, sans comprendre ellemême le sens de ses paroles. Le moindre bruit l'elfraie ; le moindre objet rétonne ; la moindre question la trouble. Trop sincère pour rien dissimuler , trop naïve pour se contraindre, elle semble à demi égarée. Hcrstall l'observe, il la comprend , il soupire , et liàte l'instant de son départ.

L'astre du jour est à la moitié de sa course. J^e vieillaid s'est éloigné de l'abbaye j déjà sans doute il est arrivé à l'ermitage du Solitaii'e.

Les heures s'écoulent. Assise au grand

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balcon du monastère, Eloclie tient constamment ses regards attachés sur la route du mont Sauvage, et ne les eil détourne parfois un instant que pour les élever au ciel. L'amour, dans le cœur de l'innocence, est un sentiment religieux. L'àme sensible a besoin de prier autant qu'elle a besoin d'aimer.

Le roi des- astres touche l'horizon ; et son disque d'or, à moitié voilé, n'éclaire plus que la cime des montagnes. Herstall devrait être de retour au prieuré : pourquoi ce long retard? que peut-il lui être arrivé? Au fond du coeur de l'orpheline , l'eflVoi succède à l'impatience : bientôt les ombres du soir couvriront le hameau; dans le lointain, ni sur te sentier de la foret, ni sur aucune des routes de la vallée, Herstall ne vient s'offrir à sa vue. Les derniers feux du soleil couchant ont tracé comme une ligne rougeàlre sur le sommet du mont Sauvage. La vierge d'Underlach tout à

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