‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 64 sur 205 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

sa nièce à suivre Ecbert à l'autel. Que l'àmedece guerrier lui semble nol)le et généreuse! Elodie trouvera-t-elle jamais un époux plus illustre, un cœur plus tendre, un héros plus magnanime!

Herstall avait jadis connu l'amour; il avait étudié les hommes : il ne peut s'expliquer l'indiirérence d'Elodie pour Ecbert, que par cette seule pensée : un autre a charmé son coeur. Le jeune , le brillant , l'intrépide comte de JNorindall réunit tout ce qui plaît à la beauté; tout ce qui charme la jeunesse; tout ce qui séduit le coeur des femmes ; et cependant le prestige de son rang, ses traits maies et fiers, sa gloire, ses richesses, son nom, ses vertus, rien n'a pu toucher l'orpheline en sa faveur. Elevée dans la retraite, accoutumée à ne voir que des patres sauvages, Elodie a pu contemplei' sans en être éblouie réchiL environnant l'ami de lléné, le premier T.l^'édit. i3

l46 LE SOl.TTAmE.'

grand de la terre ofiert à ses regards! Le beau comte de iSoiindall l'adore :

il lui peint ses sentimens avec le feu de la jeunesse et de l'amour; il met à ses pieds sa fortune et ses titres; il l'élève aux grandes dignités, ou les lui sacrifie; et la pauvre orplicUne d'un vallon isolé refuse les offres les plus brillantes , dédaigne le guerrier Je pins séduisant, et reste insensible à l'amour le plus passionné! — « Oui, se répète Herstall af- » lligé, un autre a charmé son cœur. »

Confident cliéri du baron, Anselme habite auprès du monastère : il consacre à son ami toutes les heures de loisir que lui laissent ses devoirs. S'intéressant vivement au destin d'tlodie, Anselme a blâmé la conduite d'Herstall. Absolu dans ses volontés lorsqu'il les croit sages, le pasteur d'Underlach, en certaines ciix'onstances , ne voit dims la douceur qu'une faiblesse, et dans la bonté qu'une

T.tVRE V. If 4 7

erreur. — ccEtait-ceà vous, dit Anselme, )) à céder aux caprices d'iui enfant? En y> ce monde, un père, image de l'Elernel » qui commande et ne consulte point, )) un ptre (et vous l'êtes pour Elodic) )) doit seul régler le sort de ses enfans. » Juge suprême! qu'il médite long-temps » ses arrêts! mais lorsqu'il est ccrt:iin )) de leur justice, qu'il ks prononce!

» son devoir le lui prescrit. Le comte » deJNorindall eut fait le bonheur de la » fille di^ Saint-jMaur : vous en étiez con- » vaincu : vous deviez aussitôt faire al- » lumer les flamlieaux de l'Iiymen.

» Ln jour viendra peut-être qu'Elodie, » mais trop tard , se repentira de ses re- )) fus ; elle aura le droit de vous dire : — « Vous étiez mou père, pourquoi )) n'avez- vous pas ordonné l'hymen qui )) m'eût rendue heureuse ! J'étais jeune, )) sans raison , sans expérience , pour- )) quoi m'avez-vous écoulée!... L'astre )) des cieux, au retour du printemps,

l48 LE SOLITAIRE.

):. consilltc-t-il les plantes de la vallée )) pour verser sur elles ses rayons , ses » feux €l la vie ! »

Herstall, accablé par les reproches (l'Anselme, s'abandonne à de tardifs regrets. Cependant les dernières volontés de sa soeur servent d'excuse à sa con- » duite : il confie au vénérable pasteur son inquiétude relative aux secrets sentimens de sa nièce; il ne lui cache aucune de ses craintes ; il lui communique toutes ses pensées.

— (( Mais en ces vallons écartés, s'é- )) crie Anselme, qui donc a pu charmer » le coeur d'Elodie ?» — « Qui ! répond )) Herstall : celui qu'admire et redoute )) toute la contrée : celui dont l'existence » est im problème et la puissance une )) merveille ; celui dont le nom est sur )) toutes les lèvres , et les bienfaits dans » tous les souvenirs ; l'homme enfin des ^) mystèrec et des enchantemens. » —

Page 1