LIVRE y
fice (le sa vie. Tout ù coup un long gémissement vientfrapper son oreille : elle frissonne... Cet accent plaintif, poussé à peu de distance, lui a païai le dernier soupir de quel(jue malheureux : elle s'élance vers ini groupe d'arbres d'où le son douloureux est parti. Aux dernières clartés du jour elle aperçoit, couché siu^le gazon, un objet inanimé. Un vêtement noir le recouvre : il lui dérobe peut-être l'horrible aspect d'un cadavre abandonné par un assassin. L'orpheline rassemble ses forces, s'approche, soulève le manteau
funéraire, et reconnaît Herstall.
A cette eifrojable vue, la vierge d'Lnderlach fait retentir les airs de ses cri? déchirans. Agenouillée , courbée sur le corps livide de son père, elle cherche à le relever, et l'appelle des noms les plus tendres. Ursule est accourue près d'Elodie. — « Le monstre ! s'écrie-t-elle , il » l'a assassiné. Je l'avais prévu. Encore » une victime!» — ((Assassiné! répète
1 C) j LE SOLITAIRE.
y> l'orpheline avec horreur, où donc est :» la blessure? où donc est le sang?.. »
Et ses mains tremblantes, ses regards effarés cherchent en vain les traces d'un meurtre. — (( Mais, reprend-elle , il n'est )) peut-être qu'évanoui. La fatigue de la » route.... son grand âge... cette fatale )) tempête... et c'est pour moi qu'il a ainsi » exposé ses jours ! c'est moi qui aurais )) causé sa mort!... Ursule, courez au » hameau; Ursule, de prompts secours )) le rendront peut-être à la vie. »
Ursule obéit : elle hâte ses pas autant que son âge et ses forces le lui permettent • mais elle est loin de partager l'espérance d'Elodie. — a C'en est fait de )) lui ! se dit-elle à voix basse , il l'a bien )) mérité. ))
La fille de Saint-Maur est demeurée seule auprès du vieillard étendu sans mouvement sur la bruyère humide de la forêt. En ses mains elle cherche à réchauffer les mains glacées de son père.
MVRE V. l6J
Ses larmes brûlantes l)aignent le visage décoloré (l'Herstall. Elle lui parle , elle l'interroge , et dans son égarement s'interrompt pour attendre une réponse...
Puis , se persuadant qu'il a cessé de vivre, elle s'abandonne à l'excès de sa douleur.
Ursule est enfin de retour. Deux pâtres l'ont suivie , et Marceline les accompagne. A la vue de cette dernière, Elodie se relève, et, les yeux baignés de larmes se précipite entre ses bras.
Tandis que les pâtres du hameau préparent le brancard sui' lequel ils vont transporter Herstall à l'abbaye, jMarceline cherche à rassurer l'orphehne. — - (( Existe-t-il encore? s'écrie Elodie. » Marceline se penche vers le corps du vieillard, met la main contre son coeur, paraît écouter un instant , et prononce ces mois : — « 11 vit. y>
Elodie pousse un cri de joie. — (< Au- » rait-il donc nian([ué sa victime? a dit
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)) Ursule avec surprise.» — (( Soupçon- » neriez-vous quelque meurtre?.,., iiiy) terrompt vivement Marceline. » — « Si je soupçonne un meurtre !... répète » Ursule : Herstall revient du mont » Sauvage. »
A cette réponse, Marceline indignée
détourne la tète avec mépris Les
patres , portant le corps d'Herstall , redescendent la montagne. Soutenue par Marceline, Elodie suit cette sorte de convoi funèbre ; et , dans l'ombre de la nuit, le cortège de désolation et de mort a traversé silencieusement les cours désertes de l'abbaye.