‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 68 sur 205 · LIVRE V. l6l · texte numérisé non relu

LIVRE V. l6l

l)attLie parla tempête, à la sinistre lueur des éclairs , immobile et silencieuse , semble, au milieu des ténèbres de l'enfer, une blanche apparition de l'Elysée; Cependant la bourrasque impétueuse a passé ; un rayon de lumière a brillé du côté du couciiant : la foudre ne tonne plus au-dessus de la montagne. La grande voix de l'ouragan ne mugit plus que dans le lointain : à l'borizon, vers l'orient, s'entassent les nuées; l'azur des jours sereins a reparu. La plante abattue relève sa tige humide; l'oiseau rassuré retrouve ses doux chants ; la nature, comme une jeune nymphe épouvantée qu'ont poursuivie de noirs satyres, semJjle, échappée à <Vafrreux dangers , faire une pause et reprendre haleine.

Ah ! vainement le ciel s'est purifié , l'orage est encore au fond du coeur d'Elodie. Ses membres sont glacés, sa tète est bri: lante , et le feu de ses regards est celui du délire. Les chemins sont inondés : non T. L4«^c//7. i4

loin le torrent roule avec fracas ses nouvelles oncles sablonneuses. De nouveaux ravins , creusés par l'orage , se précipitent des hauteurs , et traversent les sentiers de la foret- des arbres renversés ferment tous les passages. Mais pour l'orpheline il n'est plus d'obstacles, il n'est plus de terreur : ce n'est plus la tremblante colombe du monastère ; sous ses formes délicates et timides, Elodie recelait une grande âme qui n'attendait qu'une grande occasion pour développer son énergie.

La mère Ursule a repris ses sens : son regard suppliant interroge sa jeune maîtresse sur la résolution qu'elle va prendre. Elodie a compris sa muette prière : elle garde le silence, mais de la main elle lui montre la route du monastère, et reprend le sentier du mont Sauvage.

Un long espace de terrain déjà la sépare d'Ursule qui de loin cherche à la suivre , et paraît s'être décidée au sacri-

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