LIVRE VI
)) comme une émanation du Ciel, clian- )) ger l'abîme en Elisée! Semblable à » l'oiseau voyageur qui, sans asile fixe » et sans patrie adoptive , ne tient sur )) la terre qu'à sa compagne chérie, je » n'aurai dans ma solitude d'autres tré- » sors que ton amour, d'autres souve- » nirs que tes sacrifices, d'autres en- » chantemens que ta présence.
y> Seuls au milieu de nos montagnes , » loin des puissances humaines, entou- » rés d'un nuage d'amour et de volupté, )) nous passerons à travers la vie, invi- » sibles et fortunés : nos jouissances in- )) connues n'éveilleront point l'envie.
)) Hélas! j'ai connu les grandeurs, et j'ai )) appris à les haïr- j'ai possédé les l'i- )) chesses, et je les ai rejetées; j'ai été )) chéri de la gloire , et je l'ai maudite. » O vierge pure ! en notre vallon de mi- )) sères, aimer est le seul bien suprême, )) Auréole (Ui cœur ici-bas, oui Taniour )) est un rayon échappé desl'élicités ce-
ïgO LE SOLITAIRE,
y) lestes , un aperçu des délices de l'au- )) tre vie : réponds, Elodie! réponds!
y> veux-tu lui confier ta destinée ? »
En prononçant ces derniers mots , le chasseur de la montagne avait saisi la main de l'orplieline , et l'emmenait hors du bocage. Attendrie, éperdue, elle lève les yeux au ciel , semble le consulter, et ne résiste que faiMement. Mais la lune a disparu sous l'iiorizon; des om])res épaisses couvrent la nature ; et le long mugissement des vents retentit au loin dans la foret, comme une voix plaintive appelant au secours de l'innocence.
— « Arrêtez ! s'écrie soudain Elodie 5 )) de grâce , arrêtez! Oà me condiiisez- » vous? » — (C Au mont Sauvage! à )) l'amour! au bonlieur! répond le Soli- )) taire avec transport;» et plus rapidement encore il entraîne la jeune fille.
L'orplieline a retrouvé son courage :
— (c jNon, répond-elle avec énergie, je )) ne dois suivre (ju'un époux. : ce ne se-