‹ Le solitaire. 4. éd., rev., cor., augm., et ornée de vignettes dessinéesChapitre 8 sur 205 · LIVRE r · texte numérisé non relu

LIVRE r

réclio repète : (c Fuyez le mont du Solitaire. )) Le chant villageois continue.

« Amans par le sort poursuivis !

» Ali! si quelque- Dieu tutclaire » A l'autel vous a réunis,

V Tombez aux pieds du Solitaire'.

» Mciis vous qui soupçonnant les cœurs,

V Dans les puissances du mystère

V Ne voyez que crime et qu'horreurs, « Vieillards..,, fuyez le Solitaire'. ^>

ce P'ieillards, fuyez le Solitaire^) , a repris la foule enjouée. Les danses continuent; mais le ciel s'est rembruni ; les derniers rayons de l'astre du jour sont voilés par un nuage orageux ; et la vierge d'Underlacli remarque, étonnée, que l'air joyeux chanté par le pâtre, et les paroles demi-sinisties de ses couplets ; les accords bruyans du montagnard, et le murmure plaintif du torrent; la gaieté de la pelouse , et la tristesse de l'horizon ; tout est contrsate dans la vallée.

T. I. 4« édit. 3

i LE SOLITAIRE.

n O vous qu'un pouvoir inconnu 5) Protégea sous J'Jjumble chaumière , » Malade H la santii rendu, i> Tombez aux pieds du Solitaire !

» Mais si le voile bienfaiteur w Couvrait un monstre sanguinaire.'...

j) Si le serpent est sous la fleur.'.... » Vierges, fuyez le Solitaire ! »

« Vierges , fuyez le Solitaire )) , a repris le chœur villageois. Les ombres du soir commençaient à s'étendre sur la foret : se tenant entrelacés , les jeunes habitans du hameau s'éloignent en continuant leurs danses légères. Déjà l'orpheline de l'abbaye ne distingue plus qu'à peine au fond de la prairie , et à travers les arbres, le vêtement des montagnards. Les groupes de jeunes filles se dispersent et s'évanouissent non loin du torrent, comme les naïades de l'Etolie sur les bords de l'Acliélous : leurs voix se perdent dans le vague des airs coaime les souvenirs dans le cœur de l'homme.

Elodie n'entend plus (pie quelques

iJvnK T. \c)

sons lointains, quelques accords fugitifs; mais son imagination fi-appée a retenu le refrain pastoral; et les zépliirs nocturnes semblent porter sans cesse à son oreille ces derniers mots du chant montagnard, f^ierges , fuyez leSolitah'e!

Le baron d'Herslall s'avance vers sa nièce, il est suivi du père Anselme, prêtre révéré, digne ministre des autels, vieux pasteur du hameau d'Lnderlach. Retirée de sa profonde rêverie par l'approche de son père adoptif, l'orpheline a reporté ses pas au monastère. — ccVéné- )) rahle AnseliiK; , dit-elle, après f[uelques )) momens de silence, avez-vous vu ja- )) mais le Solitaire du mont Sauvage? )) — (( Une seule fois , répond le prêtre » étonné de hi question. )) — (( list-ce un y\ vieillard? reprend la jeune lille. » — « Ses traits me sont encore inconnus.

ce Un soir je revenais d'Avanches , y) poursuit Anselme , et je côtovais le

20 LE SOLITAlFiE.

» lac Morat : un yent glacé du nord -)) souillait sur la rive déserte; de som- )) bres nuées voilaient les astres de la )) nuit; et la neige, couvrant de ses )) nappes blanclies la plaine et les ro- )) chers , semblait seule éclairer la na- » ture. Soudain J'aperçois une barque » qui cherchait à traverser le lac agité )) par les vents, et couvert de glaçons. » Un pêcheur, une jeune femme, un )) faillie enfant, remplissaient la trem- )) blante nacelle. A force de rames, déjà )) la petite embarcation toucliait au ri- 5) vage.... lorsque, poussée par un coup )) de vent contre un rocher, la barque )) brisée s'enfonce sous les glaces. Je )) jette un cri d'elFroi.... Bientôt le pê- )) clieur reparaît à la surface des eaux, )) soulevant la jeune femme qu'il a sau- )) vée. Ils atteignent le rivage. Le pêcheur y) accablé y perd l'usage de ses sens ; )> mais sa compagne tombe à genoux , )) et ce cii déchirant s'échappe de ses

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