SCÈNE XI
GEORGES, LESPÉRANCE, ARMAND, auquel Lespérance fait plusieurs salutations.
ahmano , sans remarquer Lespirance.
Georges , est-ce que madame de Versac n’a point encore reparu ?
GEORGES
Non , Monsieur.
ARMAND
Allons, je vais proGter de cela pour déjeuner, car j'ai tant d’ouvrage qu’il m’a encore été impossible....
lespérance , à part.
Qu’entends-je ?... il n’a pas déjeuné! c’est un homme à moi. Il n'y a que deux moyens, il faut prendre les gens par les sentimens ou par la faim ; il ne serait pas régulier de commencer par la faim, débutons par les sentimens. (// tousse pour se faire remarquer et recommence ses révérences . ) Monsieur....
ARMAND, à part
Quel est cet original?... Que me veut-il avec ses saluts? lespérance , saluant tou/'ours.
Vous devinez sans doute ce qui m’amène ; s’il vous restait la plus légère incertitude.... ( Il salue nouveau. )
ARMAND
Vous sdluez avec une grâce, une aisance....
L ESPÉRANCE
C’est la grande habitude.... il j a dis ans que j’exerce.
ARMAND
Je devine que vous sollicitez.
LBSPBRANCE.
Vous l'avez dit.... et je compte sur vous , aimable jeune homme.... 11 faut que vous me donniez un coup de main.... ou un coup d’épaule.... Préférez-vous roc donner un coup d’épaule?... ça m’est parfaitement égal, pourvu que vous me poussiez.
ARMAND
Songez donc que je ne suis rien dans l’administration.
L ESPERANCE
C’est ce qui vous trompe : vous ne recevez point de salaire , c’est fort bien; vous ne retirez aucun fruit de votre labeur, c'est à merveille; vous travaillez gratis, pro Deo, c'est encore mieux; mais on vous paie en égards, en bienveillance, et, sous ce rapport, vous jouissez d’un fort joli traitement.
Voilà pour lessenlimens, nous verrons après. ( Haut.) Parlezmoi des égards, de la bienveillance, cela tient lieu de tout.
ARMAND
Les égards, la bienveillance, tout cela ne suffit pas.
LESPERANCE.
C’est ce que je dis. ( A part.) Ob ! alors il faut lâcher le déjeuner. ( Haut.) Quand je dis que ça tient lieu de tout , c’est une façon de parler. Je conçois, par exemple, qu'on n’eugraisse pas avec de l’estime ; moi , qui vous parle , je jouis d’une considération très-distinguée , et cependant.... Et cependant si je n’avais pas déjeuné.... avez-vous déjeuné?
arhand , offensé.
Monsieur!...
lespérancb , affirmativement.
Vous n’avez pas déjeuné, vous chercheriez en vain à le dissimuler. Vous n’avez pas déjeuné.
armand , souriant.
Monsieur, je ne prends jamais rien.
LB8PRRANCE.
Je sais cela à merveille. Vous autres, vous ne prenez jamais rien , mais vous acceptez quelque chose.
ARMAND
Monsieur....
LESPERANCE.
Une bavaroise au lait.
ARMAND
Vous vous moquez.
LESPÉRANCE.
Je vois que vous êtes pour la côtelette. Eh bien ! va pour la côtelette et le earaffon. ( A part.') Ma foi , lâchons la Côtelette. asmand , avec dignité.
C’est assez plaisanter.
Air : Fils imprudent , etc.
En ces lieux je n’ai point d’empire ;
Si jamais je dois en avoir,
En vain on voudrait me séduire :
Je ferai toujours mon devoir.
Je suis Français , et je fus militaire.
L’honneur, Monsieur, jamais ne se paya :
Telle est ma loi. ( Il sort. )
L ESPERANCE
Ce garçon-là
Sera toujours surnuméraire.
Allons , c'est jouer de malheur. .. Tomber sur un surnuméraire qui ne déjeune pas.... Mais c’est égal, il faudra bien.... Quelle est cette jeune dame ?