‹ Le sommeil de Montcalm [microforme]Chapitre 3 sur 3 · SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA

Puis il lui montre enfin, d’un geste d’épouvante, Se dressant dans la nuit la hideuse charper te Comme un dernier affront fait à l'humanité,

Car il faut des martyrs à toute liberté,

Car tout peuple jaloux de ses nobles franchises Doit sceller de son sang les libertés conquises, Car le droit d'exister coûte cher, car il faut

Que ce droit-là se paie au prix de l’échafaud.

Le grand mort sanglottait, mais l'ange vint lui dire: “ Attends des jours meilleurs : je puis te les prédire. Le Franc ne mourra point ; son baptême sanglant Le rend maître à jamais des bords du Saint-Laurent. C’est une ère nouvelle aujourd'hui qui commence, Et tout ce sang versé c’est la noble semence

D'où l’on verra surgir, superbe éclosion,

Une jeune, une forte et grande nation.

Sur les aîles du Temps le siècle avance encore, Et pour faire oublier ton orageuse aurore,

Le sang d’un peuple libre a cessé de couler ;

Puis de nobles tribuns ayant leur franc-parler Pour champ clos désormais choisissant la tribune, Sans crainte du pouvoir, sans haîne ni rancune, Tout en restant loyaux au maître impérieux,

Se font les défenseurs d’un passé glorieux,

Elgin enfin parut, le gouverneur modèle,

Un homme au large cœur qui, sara être infidèle A la Couronne et sans manquer ‘ .on mandat, Sut gouverner en père et on point en soldrt.

Puis vint cette journée à jamais mémorable

Où, prenant pour emblême une feuille d’érable, Les provinces. mêlant leurs divers écussons,

Un grand pays surgit de ces frêles tronçons.

Mais la Nouvelle-France est restée autonome,

Et quelque soit le nom par lequel on la nomme, Elle su depuis lors, luttant avec succès, Conserver dans Québec son gouverneur français. Cin lustres sont passés depuis ; toujours fidèle, L'ange encore une fois l’effleura de son aîle

Et lui dit: “0 Montcalm, ouvre plus grands les yeux Pour contempler un fait unique et merveilleux. Vois Québec célébrer son triple centenaire, Entends des vieux canons le paisible tonnerre

Maisssiscaue

{roisson]

Saluer dans nos murs le fils du souverain, intends vibrer dans l'air toutes les voix d’airain Po” - ensemble acc'amer le passé qui défile

Avec sa pompe antique et son ardeur virile.

Mais parmi les grauds noms par la foule acclamés, Parmi les plus connus, parmi les plus aimés,

Ton nom, .oble vaincu, sur les lèvres voltige,

Et Carillon se dresse avec tcut son prestige ;

Car depuis que la paix et la concorde ont lui,

Le: -nnemis d'hier, les amis d’aujourd’hui

Que la voix du passé dans ces grands jour ras. mble, Tu les vois désormais fraterniser ensemb..

De ton dernier échec ne prends plus de souci,

Car ta langue, O Montcalm, se parle encore ici. Non, tu n’as point perdu ce pays, c’est la France Qui par son inertie et son indifférence,

Oubliant que pour elle tu te battais là-bas,

Te laissa sans secours au milieu des combats. Aussi ne pleure plus sur ta noble défaite,

Car la Nouvelle-France aujourd’hui s’est refaite Sans demander l'appui du pays des aïeux,

Que nous aimons toujours comme des fils pieux. Non, ne regrettons rien, ne blämons pas la France, Ayons toujours pour e :: une même espérance Malgré son long oubl .::n cruel abar don;

Mais autant qu’elle ai .à8 l’incomparable don Que notre peuple doit au drapeau d'Angleterre, Emblême glorieux de liberté sur terre.

Repose en paix, Montcalm, l’ange encor reviendra Et, fier de notre histoire, il te la contera.

Nous écrirons encor de brillantes journées, Maintenant que l’entente unit les destinées

De deux peuples amis et désormais rivaux

Pour les œuvres de paix et les nobles travaux.

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