‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 101 sur 119 · ET SON UNITE APPARENTE · texte numérisé non relu

ET SON UNITE APPARENTE

le froid les engourdit; la chaleur leur rend le mouvement.

Il y a enfin dans le rêve des rapprochements forcés. Certaines images se perpétuant ou se répétant pendant que d'autres varient, l'esprit, par habitude , se figure que les unes et les autres sont brodées sur le même canevas et forment un tout , tandis qu'il n'a devant lui qu'un assemblage plus ou moins confus de découpures.

Un provincial qui. était allé voir jouer Andromaque eiles Plaideur s, niconiSLii, dit-on, que le commencement de la pièce était assez triste , mais que la fin était bien plus gaie. L'unité de lieu lui faisait conclure l'unité d'action.

Une fille de la campagne avait pris du service en ville. Jamais elle n'avait mis le pied dans un théâtre ; elle n'avait non plus aucune idée de ce qui pouvait s'y passer. La curiosité la dévorait. Un beau dimanche, elle demanda la permission de contenter son envie. Ce jour-là le spectacle se composait d'une comédie, les Demoiselles de Saint-Cyr , et d'un drame à brigands, les Chevaliers du brouillard. Certains acteurs jouaient dans l'une et dans l'autre pièce. Elle eut le malheur de les reconnaître. Cela mit le désordre dans ses idées. Le lendemain, elle se leva avec un violent mal de tête ; et quand elle essaya de rendre compte de ses impressions, dans toutes ces allées et venues elle n'avait bien compris qu'une chose : c'est qu'il y avait là des grands seigneurs et des grandes dames qui finissaient par être réduits à la misère.

Et en effet , la logique que nous nous figurons

joindre les accidents discontinus, est le fruit de notre expérience antérieure. L'ignorant rapproche les choses les plus incompatibles , et celui qui dort est un ignorant. Gomme dans la veille, nous imaginons, dans le sommeil, un lien causal entre les faits qui se suivent ; mais — c'est tout naturel — il nous y arrive rarement de rencontrer juste.

C'en est assez sur la logique dans le rêve ; passons aux phénomènes de souvenir. Avant plus ample réflexion, il semble que les images qui s'offrent à notre esprit pendant le sommeil devraient toujours faire l'effet d'être présentes, puisque le monde réel ne peut opposer aux conceptions le contraste des perceptions. Il n'en est rien. Dans le rêve , le dormeur est le centre d'un monde qu'il se tîgure être réel ; un contraste peut donc s'établir entre ce monde soi-disant réel et un monde doublement imaginaire. Il peut , en un mot , y avoir dédoublement, ou pour mieux dire, détriplement du monde, comme il y a quelquefois dédoublement ou détriplement du moi *.

On peut distinguer plusieurs cas de souvenir dans les rêves.

Le premier cas est celui où, dans son rêve, on se souvient d'une partie de ce rêve. Mon ami V... V..., qui m'interrompt si malencontreusement dans mes occupations charitables , ne distrait pas ma pensée de mes lézards, et je reviens près d'eux. Récemment j'ai rêvé que j'allais prendre des billets de spectacle. Ayant du temps de reste avant le lever

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