COMME OBJET DU SOUVENIR
faite sincérité de ses réponses. Elle se rappelle assez bien une partie des idées ou des gestes bizarres auxquels elle se livrait. Elle y mettait, dit-elle, une certaine complaisance : une force inconnue la poussait; mais, même dans ces accès, elle sentait qu'elle aurait pu y résister ; c'est la volonté seule qui lui faisait défaut * . Elle m'a décrit fidèlement certaines scènes dont j'avais été témoin, et certains rôles qu'elle avait soutenus pendant des jours et des semaines. Ainsi, elle posait pour n'avoir pas besoin de nourriture, et elle m'a avoué qu'elle mangeait en cachette.
Qu'à côté de ces points , il y en ait d'autres dont elle n'a gardé aucun souvenir ; que la plupart des hystériques et des somnambules ne puissent, dans leur vie normale, se rappeler absolument rien de leur vie anormale ; que , une fois guéris , certains malades n'aient nulle souvenance de ce qui s'est passé en eux pendant leur maladie ; je n'y contredis point. Mais tous ces faits prouvent uniquement que, pour eux, les occasions de se souvenir sont rares ou introuvables. N'ai-je pas, pendant seize ans, cherché rénigme de mon aspleniiim? Et, si je ne m'étais souvenu de mon rêve, me douterais-je seulement que j'aurais ce nom gravé d'une manière indélébile dans ma mémoire ?
1 Aveu caractéristique. J'ai toujours pensé que l'aberration de la volonté était pour beaucoup dans la conduite des hystériques.