‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 105 sur 119 · COMME OBJET DU SOU^'ENIR · texte numérisé non relu

COMME OBJET DU SOU^'ENIR

repassé pour le retrouver à son réveil. En pareil cas, pour fixer un rêve dans votre esprit, il vous faut prendre la précaution de l'associer à quelque mouvement musculaire, comme de l'écrire avec le doigt sur la paume de la main, ou de remuer un objet quelconque et de le mettre ailleurs qu'à sa place habituelle.

Ces faits, et d'autres semblables, viennent à l'appui de l'affirmation, toute théorique, suivant laquelle il n'y a pas de sommeil sans rêves. H s'agit seulement de bien s'entendre. Si l'on ne qualifie de rêves que des conceptions imagées, il y a lieu de la repousser au nom de la théorie du sens adventice développée précédemment. Si l'on admet, au contraire, que le dormeur peut, par exemple, rêver chaleur sans songer en même temps ii des brasiers , h des volcans, à des fournaises, à tout autre objet d'une forme déterminée à laquelle il rapporterait la cause de sa sensation , l'opinion énoncée plus haut me paraît légitime. D'ailleurs , se rendrait -on bien compte de l'existence d'un être sensible qui serait tout à fait soustrait aux influences extérieures et dont les habitudes seraient toutes endormies? Cet état ne serait-il pas la mort? Enfin, du moment que la vie et la sensibilité subsistent, peut-on leur refuser une certaine puissance de réaction?

L'oubli total au réveil ne prouve rien contre l'absence du rêve. C'est un simple indice de la ténuité des liens qui rattachent les deux états périphériques du sommeil et du réveil. Les somnambules non plus , les hystériques , les extatiques ne gardent généralement 'Jans leur état normal aucune

trace des actes ou des discours de leur état anormal. Cela prouve-t-il que ces actes n'ont pas été faits, que ces discours n'ont pas été tenus? Peut-on en tirer d'autre conclusion que celle-ci : en rentrant dans leur état normal , ils revêtent — qu'où me pardonne la familiarité de l'expression — une autre peau n'ayant que de rares lambeaux de communs avec l'ancienne ? On a d'ailleurs des preuves directes de la conservation de ces traces. La plupart de ces sortes de malades se souviennent dans chaque accès de ce qu'ils ont fait ou dit pendant les accès précédents. L'ivresse présente des phénomènes analogues. J'ai lu quelque part l'histoire d'un domestique qui, ivre, avait porté un paquet à une fausse adresse et qui dut s'enivrer pour retrouver le chemin qu'il avait pris par erreur.

L'oubli n'est donc pas une preuve de l'effacement des traces. Mais il y a mieux. On a des exemples de ces malades qui gardent dans leur vie normale mi certain souvenir de ce qui se passe en eux pendant leur vie anormale. M. Spitta * parle d'un somnambule qui, dans son état ordinaire, gardait la conscience de ce qu'il avait fait dans son état extraordinaire. Moi-même j'ai eu l'occasion d'observer avec soin une jeune fdle très intelligente , chez qui, pendant deux ans , se sont manifestés des phénomènes d'hystérie bien caractérisés : hyperesthésies, extases, catalepsie, etc. Il y a plusieurs années qu'elle est complètement guérie. Je l'ai interrogée dernièrement , et je puis garantir la par-

1 Die Schlaf-und Traiimzustànde , p. 267.

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