‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 43 sur 119 · CONSERVATION DES TRACES · texte numérisé non relu

CONSERVATION DES TRACES

Je ne puis entrer ici dans toutes les considérations générales que ce rêve est de nature à suggérer. J'insisterai seulement sur certains traits « d'expérience personnelle « qui y sont impliqués. Et comme le fait de la reproduction de la gravure est au fond le même que celui de ïasplenium, c'est autour de ce dernier que je groiq)erai les questions auxquelles je chercherai h. répondre.

Tout d'ahord, on remarquera qu'une impression qui, vu sa nature, a dû être très faible — ce que montre d'ailleurs toute cette histoire — s'est ravivée dans le sommeil avec la plus grande nelteté. Par voie de généralisation, on est autorisé à inférer de là que toute impression , même la plus insignifiante , laisse une trace inaltérable , indéfiniment susceptible de reparaître au jour. L'histoire et la science d'ailleurs sont pleines de faits qui, au besoin , justifieraient celte assertion. Aux jours de persécution, combien de fois n'a-t-on pas observé

depuis mon enfance, un souvenir très vif d'un paysage (confluent de deux rivières avec une lie iDoisée au milieu) que je reconnaîtrais demain si je me trouvais devant, comme je reconnaitrais n'importe lequel des paysages qui m'ont frappé dans mes voyages. J'avais ce souvenir au moins depuis deux ou trois ans quand je m'avisai de rechercher à quel endroit il s'appliquait; je n'ai pu le retrouver, et mes parents ont fini par me dire que je l'avais rêvé. Tout en admettant la possibilité du fait , je n'avouerais la chose que si j'avais pu explorer méthodiquement tous les pays où j'ai pu passer avant douze ans , ce qui serait très long, car mon pore m'emmenait souvent en voyage ou en excursion ; bref, je suis resté dans le doute le plus complet. "

d'étranges ressouvenirs provoqués par rexallatiou religieuse ? Que ne raconle-t-on pas des convulsionnaires , des somnambules , des hystériques ? Voici donc une première question : Comment un événement aussi mince peut-il , au milieu du flux perpétuel des choses , être l'objet d'une conservation aussi parfaite ? Le fait paraît être un cas particulier de la loi qui veut que rien ne se perde dans l'univers. Amené par là à scruter le sens, la portée et le fondement de cette loi, h côté d'elle j'en formulerai une autre qui lui donnera sa vraie signiflcation. Après quoi , j'ajouterai quelques mots touchant la cause du sommeil et la transmission de la mémoire par voie de génération , parce que ces sujets se présenteront sur mon chemin.

Déplus, le nom ûeVaspIenium fait partie démon vocabulaire en tant que je rêve , mais non en tant que je veille. Si je le possède h mon réveil, c'est parce que je l'ai puisé dans mon rêve , et non parce que je l'ai connu autrefois. Je suis ainsi dans la situation de quelqu'un qui à la fois se souvient et ne se souvient pas ; qui , par exemple , mis face à face avec une personne,- pense l'avoir déjà vue quelque part, mais ne sait plus où. Ce que je voudrais retrouver, c'est d'où est venu dans mon esprit ce nom de Yasplenium. Aussi , quand l'album tombe sous mes yeux, quelque chose se passe en moi comme si un voile se déchirait. Pourquoi est-ce cet album et non mon rêve qui me fait dire : Je me souviens? Qu'est-ce donc, à proprement parler, que la reproduction du passé?

Enfin, à cette question , s'en rattache accessoire-

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