RECONSTITUTION D'U>' REVE
lézards qui ont l'air de se précipiter tous dans une direction déterminée. Quelle était la date du volume? Année 1861, deuxième semestre (page 35)! Cette seconde édition d'un acte de mémoire si singulier , m'a définitivement déterminé à raconter ce rêve , puis de fil en aiguille i\ m'occuper du sommeil.
Abonné au Tour du Monde depuis sa fondation , c'est donc vers le mois de juillet de cette année 1861, c'est-h-dire plus d'un an avant mon rêve, que j'aurai lu le yoyage au Brésil, de M. Biard, dont cette gravure fait partie. Je l'ai reparcouru à cette occasion, et tous les incidents amusants de son séjour dans cette contrée, se sont représentés à mon esprit. Mais , chose encore à noter, je crois sentir, entre sa narration de l'émigration des lézards et la mienne, une certaine ressemblance d'allure. « ...Tout en travaillant, je voyais des insectes, des lézards passer près de moi et se diriger tous du même
côté Tout ce mouvement ne me semblait
pouvoir annoncer qu'un formidable orage (on se rappelle que dans mon texte je me sers de l'expression orage de neige)... et tout à coup je fus envahi des pieds à la tête par une légion de fourmis... Sur une largeur de dix mètres à peu près, et tellement serrées qu'on ne voyait pas un pouce de terrain, des jnyriades de fourmis voyageuses marchaient, sans s'arrêter devant aucun obstacle... , sans se détourner d'une ligne... Sur un espace qu'on n'aurait pas pu parcourir en moins d'une heure, je ne voyais pas la moindre place oli il fût sans péril de marcher '. »
1 Dans sa lecture sur l'infection et la putréfaction (voir Revue scientifique, 10 juin 1876), M. Tyndall cons-
C'est bien là ce que j'ai vu, à part cette différence qu'aux fourmis de ce récit se sont substitués les lézards de la gravure. Ajoutons cependant encore — car, en pareille matière, les plus petits détails peuvent un jour acquérir de rimporlance — que , dans l'illustration, les lézards, se dirigent de gaucbe à droite, tandis que mon imagination me les a reproduits cheminant de droite à gauche.
Cette double découverte est certes une bonne fortune, et par elle-même, sans autre explication, elle éclaircit déjà ces sortes de rêves qui vous mettent en face d'un paysage que vous n'avez jamais vu, ou vous transportent dans une ville que vous n'avez jamais visitée , tableaux que d'abord vous jugez être tout de fantaisie et qu'un jour, à votre grande surprise, vous reconnaissez être la copie de la réalité '.
tate aussi une remarquable coïncidence. Il explique les effets des bactéries en les comparant à des nuages qui courent cà et là dans le ciel. Or, la même image exprimée dans les mêmes termes se rencontre dans les œuvres d'Ehronberg. Le professeur Huxley lui signale la chose, en ajoutant qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. M. Tyndall juge le cas surprenant, car il prétend n'avoir jamais entendu parler de cette idée d'Ehrenberg. En est-il bien sur ? Cent fois il nous arrive de croire avoir trouvé quelque chose que probablement nous ne faisons que reproduire.
1 Voici un passage d'une lettre que M. P. Tannery m'écrit au sujet des rêves et qui me vient à. propos : «Je suis absolument d'accord avec vous sur le point qu'il n'y a pas de critérium pour distinguer le souvenir d'un rêve du souvenir de la réalité. J'ai, à l'appui de cette proposition, un fait personnel très précis. J'ai,