‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 51 sur 119 · SIEGE DE LA FORCE · texte numérisé non relu

SIEGE DE LA FORCE

faute d'aliment. D'un autre côté, l'arrêt du mouvement de descente produit de la chaleur, de manière que la force de tension des matériaux supérieurs se transforme peu c^i peu en caloriciue. Il y aura toujours la même somme de matière , avec cette différence que primitivement elle était au haut et que finalement elle est au bas du plan ; et la même somme de force, avec cette différence que la tension est remplacée par la chaleur. Mais ces différences sont considérables.

Inutile, avant d'aller plus loin, dénoter que, dans l'industrie, on ne fait pas d'habitude servir la force de descente uniquement à un travail de remonte. Mais quel que soit le travail auquel elle est affectée, qu'elle doive soulever un marteau , creuser une roche ou broyer le grain, au fond cela revient exactement au même.

Qu'est-ce donc qui se consomme dans ce travail, quel qu'il soit? Ce n'est pas de la matière, c'est une simple différence de niveau. Ce n'est pas l'eau qui meut le moulin , c'est sa capacité de tomber. Elle ne serait d'aucune utilité si elle ne venait de plus haut que les aubes de la roue.

La force ne réside donc pas dans la matière même, mais dans la position de la matière *. Or, on ne se sert d'une différence de niveau qu'en la détruisant, et, quand elle est détruite , elle ne peut se reconstituer.

' J'ai déjà, dans ma Logique scientifique, donné et défendu cette définition de la force, mais en me fondant sur des considérations d'un autre caractère.

C'est quelque chose d'analogue qui se passe dans la transformation de la chaleur en mouvement. On ne peut opérer cette transformation qu'en faisant passer la chaleur d'un corps plus chaud à un corps plus froid, qu'en usant, par conséquent, d'une différence de température.

Si tous les points de l'univers étaient h la même température, si élevée qu'on la suppose, on ne pourrait tirer d'elle aucun mouvement. De l'uniformité ne peut naître que l'uniformité. Si donc on ne peut jamais utiliser qu'une différence detempérature, on ne peut convertir en mouvement qu'une partie de la chaleur des corps. Car, pour opérer la conversion de la totalité, on devrait pouvoir ramener ce corps au froid ahsolu, ou , comme on dit, au zéro absolu detempérature. Pour cela, il faudrait qu'il fût mis en contact avec un milieu qui serait lui-même au zéro absolu. Or, d'abord il n'existe pas, il n'a jamais existé , il ne peut exister de corps ou de milieu au zéro absolu. De plus, si même un être tout-puissant créait quelque part un milieu semblable, le reste de l'univers demeurant dans le même état, il ne se conserverait tel que pendant un instant ; à peine créé, il s'échaufferait et cesserait d'être absolument froid. Une comparaison peut rendre la chose tout à fait claire, bien qu'il n'y ait pas parallélisme rigoureux entre les deux objets comparés. Il est impossible aussi d'utiliser toute la force de chute contenue dans un corps pesant. Car plus on éloigne le point d'attraction, plus la chute est considérable. Il semblerait donc que, pour obtenir le maximum de force vive , on dût reculer le point d'attraction au-

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