CHAPITRE III
Le principe de la fixation delà force.
Toute transformation d'une force aboutit à sa fixation partielle. — Origine de la force : une rupture d'équilibre ; fin de la force : l'équilibre. — L'équilibre statique et l'équilibre dynamique. — Fixation des impressions dans la matière "organisée. — Pénétrabilité infinie de la matière rivante.
Si la force se manifestait sous la forme d'un mouvement de propagation ou d'ondulation dans un milieu parfaitement élastitiue , elle resterait constamment identique à elle-même ; à n'importe quel instant de la durée , elle serait ce qu'elle était l'instant d'auparavant, ce qui revient à dire qu'il n'y aurait ni changement ni durée. Jusqu'à quel point celte hypothèse est-elle possible , même idéale-
ment ? Je n'ai pas h m'en préoccuper ; il me suffît de savoir qu'elle n'est pas réalisée *. Nous ne connaissons point de milieu jouissant d'une élasticité parfaite -. Il s'ensuit que, dans les milieux réels, la force doit vaincre des résistances et sort affaiblie de la lutte. Une partie d'elle-même se transforme en une modification imprimée à l'obstacle ; cette transformation est permanente , en ce sens que l'état primitif ne se reformera pas de lui-môme , et partant, il y a de la transformabilité irrévocablement détruite.
Certes la force transformée n'est pas annihilée ; elle continue à être susceptible de produire des effets, puisque toute nouvelle force venant agir sur l'obstacle modifié, le sentira réagir d'une manière qui accusera cette modification même. De sorte que, pendant l'éternité, le choc éprouvé au début imprimera un trait spécial et indélébile à la physionomie de l'univers. Mais cette force ne pourra plus reprendre intégralement sa première forme. Avant cet accident, elle pouvait devenir ceci ou cela ; maintenant qu'elle est cela , il ne pourra plus se faire qu'elle ne soit devenue telle.
On peut caractériser d'un mot ce changement : la force était libre — si je puis me servir de cette
1 On vient de voir qne la vie de l'univers se poursuit entre deux termes extrêmes, mais infiniment éloignés , oii rhypollièse se réalise.
^ On attribue à l'éther cette propriété. Mais l'étherest un milieu hypothétique. Et d'ailleurs il ne laisse pas que d'offrir une certaine cohésion, puisque^la lumière ne le traverse pas instantanément.