‹ Le sommeil et les rêvesChapitre 56 sur 119 · EMPREINTES SUR LA MATIERE ORGANISEE · texte numérisé non relu

EMPREINTES SUR LA MATIERE ORGANISEE

entre le corps qui s'échauffe et celui qui l'échauffé diminue. De sorte que la tendance vers l'état final s'afifliiblit en se satisfaisant , et cela dans une telle proportion , qu'elle ne perd jamais qu'une fraction d'elle-même. Les choses se passent comme si, pour répartir également la charge sur les deux bassins d'une balance portant des poids inégaux , j'enlevais chaque fois un quart de la différence au plus fort pour l'ajouter au plus faible. De cette façon, l'écart est progressivement diminué de moitié. Mais je pourrais persévérer dans ce travail pendant l'éternité sans atteindre mon but.

Quoique la connaissance que nous avons de la nature intime de la matière organisée soit plus imparfaite encore que celle que nous avons pu acquérir de la matière dite inerte, nous pouvons cependant affirmer que les organismes se comportent à l'égard des forces extérieures et les fixent dans leur substance sous la forme d'un certain état d'équilibre plus ou moins complet.

L'organisme — qu'il soit plante ou animal — est mis en contact par sa périphérie avec les forces qui agissent autour de lui. Ce contact introduit dans la position d'une ou de plusieurs molécules un dérangement qui en entraîne un autre dans les molécules voisines, et ainsi successivement de proche en proche. Qu'on se figure l'action de la force extérieure sous la forme d'une pression ou d'une distension, d'une propagation de calorique ou d'un appel aux propriétés élastiques , le phénomène consiste essentiellement dans une rupture d'un certain

arrangement plus ou moins équilibré des molécules de la superficie, rupture qui s'infiltre dans les profondeurs de la substance vivante, où, en dernier résultat, elle amène un nouvel état d'équilibre. L'ébranlement étant arrêté, il en résulte une modification permanente de l'organisme, permanente en ce sens qu'elle ne se détruira pas d'elle-même. Sur cette modification viendront continuellement s'en grefïer d'autres. Il pourra arriver qu'en apparence une modification antérieurement reçue s'évanouisse. Mais ce sera \i\ un effet illusoire, provenant de ce que des modifications subséquentes, d'une importance plus considérable, masquent [lar leur présence une empreinte relativement faible. C'est ainsi que les surcharges peuvent rendre un texte de manuscrit illisible sans pour cela l'effacer.

Le résidu de l'action extérieure consiste donc simplement en un nouvel arrangement imposé aux molécules. Celles-ci étaient disposées dans un certain ordre, elles avaient entre elles certaines relations, et la manière d'être de chacune d'elles était l'expression adéquate de la manière d'être de tout le groupe dont elle faisait partie. La force étrangère a eu piDur effet immédiat de modifier cet agencement. Pour cela, il lui fallait vaincre des résistances apnt leur point d'appui dans certaines habitudes prises; et le résultat final a été une discipline nouvelle plus ou moins impérieuse , des habitudes nouvelles qui seront plus ou moins dominantes en raison inverse de la vigueur de l'ancienne discipline et des anciennes habitudes, et en raison directe de l'énergie et de la persistance de la cause impressionnante.

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