PENETRABILITE DE LA MATIERE ORGANISEE
toute nature, mais dont l'écriture est néanmoins indéfiniment susceptible de reparaître au jour vive et nette.
Et voilà pourquoi les caractères du mot aspleîiiuni , qu'un événement sans importance avait inscrits dans mon cerveau, ont pu, une nuit, recouvrer tout leur éclat , quand on avait lieu de croire qu'ils étaient éteints à jamais.
Deux mots de critique avant de finir. On lit chez M. Alfred Maury * : « Nous ne saurions nous souvenir de toutes les impressions que nous avons perçues ; même les plus heureuses mémoires oublieat plus d'actions, défaits, de choses qu'elles ne s'en rappellent ; c'est qu'il n'y a qu'un nombre limité de fibres dans le cerveau, et que chacune n'est susceptible que d'un certain nombre de vibrations. La mémoire d'une chose chasse celle d'une autre , et les faits nouvellement appris font oublier souvent ceux qu'on avait sus .antérieurement. »
Cette idée, assez commune d'ailleurs, d'après laquelle nos souvenirs seraient attachés à des fibres qui ne pourraient en supporter qu'un certain nombre , outre qu'elle est une pure hypothèse , est contraire aux faits. Comment ! M. Maury lui-même cite sa propre expérience et constate que les images les plus fugaces , les rencontres les plus banales , auxquelles il n'a prêté nulle attention, laissent dans son cerveau une tracs fidèle et durable ; c'est ainsi
1 Ls Sommeil et les Rêves , 3* édit. : Perte de la mémoire, p. 404.
que la figure d'un monsieur qu'il doit avoir vu jadis rue de Clichy — mais il ne s'en souvient nullement — se dessine dans ses rêves avec une telle exactitude, qu'il le reconnaît immédiatement dans la rue ; c'est ainsi encore qu'une autre l'ois il est poursuivi de trois noms de pharmaciens associés chacun à un nom de ville de France , et le hasard lui met un jour sous les yeux un vieux journal qui les portait dans sa feuille d'annonce. Est-il en droit, après cela, de soutenir que le contenu de la mémoire est limité, qu'un souvenir chasse l'autre? Moi même, j'ai vu se revivifier en moi le nom barbare de Yasplen'mm et l'image d'une gravure qui ne m'a pas plus frappé que les milliers et milliers d'autres gravures que j'ai eues sous les yeux depuis que je feuillette des livres ; on a observé cent fois chez les hystériques, les extatiques, les hallucinés, des phénomènes de ressouvenir lout-à-fait extraordinaires— un seul de ces faits ne suffit-il pas pour renverser cette assertion plus spécieuse que solide ?
Mais il y a mieux. La transmission aux enfants des qualités et des traits des parents prouve sans réplique l'infinie puissance de condensation de la substance vivante. Car qu'est-ce que l'ovule fécondé? un atome en étendue , et pourtant dans cet atome se sont accumulés et s'accumulent sans relâche tous les caractères physiques de l'espèce et déjà bon nombre de caractères individuels, outre les instincts, les dispositions, le génie peut-être, et le germe des plus brillantes découvertes.
Cependant tout n'est pas faux dans l'opinion qui veut que la mémoire, non-seulement se fatigue,